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Menaces sur Mohamed Ben Salmane : retour sur l’attaque du 21 avril dernier contre le palais royal et le prince-héritier saoudien

Afin d’y voir un peu plus clair sur le jeu de cache-cache de MBS depuis la fusillade du 21 avril passé à Riyad qui a visé le prince-héritier saoudien et qui aurait blessé gravement « MBS », Alexandre del Valle a interrogé deux spécialistes reconnus du Moyen-Orient qui ont longtemps vécu dans les pays du Golfe et qui ont reçu des informations de première mains qui nous permettent d’y voir un peu plus clair : Emmanuel Razavi, grand Reporter et fondateur de Global Geonews, et Ghislain de Castelbajac, ancien analyste du SGDN et consultant pour plusieurs monarchies du Golfe arabo-persique.

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Publié le

MBS et le pouvoir saoudien bien plus fragiles qu’on le croit

Une chose est certaine : l’attaque contre MBS démontre une fois de plus l’extrême fragilité du pouvoir en Arabie saoudite, pays à l’Etat défaillant, voire inexistant, divisé par les logiques tribales, religieuses, les luttes de pouvoirs entre branches de la famille royale (Sudairis/Saoud) et tiraillé entre une opposition modernistes, des fanatiques religieux et des opposants islamistes radicaux. Toujours est-il que dans ce climat de pré-guerre civile consécutif à une succession que les experts avaient prévu problématique et sanglante, Mohamed Ben Salmane s’est caché depuis le 22 avril et continue à jouer à cache-cache.

A juste titre, il se méfie de tous, même de son armée et de la police saoudienne, sa garde propre personnelle ayant été renforcée et complétée par des mercenaires étrangers jugés plus fiables que ses sujets...  MBS, appelé cyniquement le « mort vivant » par certains qui estiment ses jours comptés, a donc décidé de totalement disparaître de la scène médiatique nationale, régionale et internationale, lui qui était pourtant si visible jusqu’en avril dernier. Il en va de sa survie à court et moyen terme. Les saoudo-euphoristes et « MBSolâtres » qui voyaient déjà l’Arabie saoudite devenir un havre de tolérance, de paix et de progressisme grâce à MbS se sont peut-être réjouis aussi hâtivement et imprudemment que ceux qui pensaient en 2011 que le « printemps arabe » allait sceller la fin de la peste de l’islamisme et du choléra des dictatures nationalistes… il n’en a rien été et les espoirs naïfs ont été plus que déçus. Souhaitons que la Saoudie de MBS qui bat les records d’exécutions et impose par le haut et les purges les réformes ne se termine pas comme « l’hiver islamiste » qui a succédé au « printemps arabe »…

Rumeurs, fake-news saoudiennes ou scénarii ? 

Concernant les rumeurs de disparition ou de mort de Mohamed Ben Salmane, qui ont couru et courent encore, Ghislain de Castelbajac est catégorique : elles sont infondées et ont été clairement démenties par les faits : « Apparemment blessé sans que son pronostic vital ne fût engagé, MBS n’est plus réapparu officiellement durant plusieurs semaines, alimentant ainsi les rumeurs de sa mort au plus grand bonheur des officiels iraniens, rebelles houthis, gouvernement irakien, dont certains revendiquaient même le fait d’armes ! » En réalité, on sait de façon sure que « MBS a participé le 5 juin dernier à un Iftar (repas de rupture du jeûne du Ramadan) avec un officiel de haut niveau dans le domaine des finances du Royaume ». Certes, il est vrai que le prince-héritier saoudien « paraissait soucieux, mais il est incontestablement en bonne santé », selon cette même source proche de l’expert. On sait par aussi que le 22 mai déjà, MBS a échangé au téléphone avec le président français Emmanuel Macron puis avec la Premier Ministre britannique Theresa May, le 3 juin dernier. D’autres photos ont montré le prince héritier saoudien avec son oncle Muqrin bin Abdallah ou avec des employés de maison ou avec le président yéménite Hadi. Malgré cela, le fait que MBS ait presque totalement disparu de la scène médiatique mondiale est tout de même révélateur de l’extrême tension qui règne en Arabie saoudite et des menaces sérieuses en provenance de l’opposition islamiste-wahhabite extrémiste interne, des milieux chiites yéménites houtistes, de l’Iran ennemi et voisin, ou encore de la part d’opposants-rivaux saoudiens qui auraient tenté d’en finir avec l’homme qui veut bouleverser les codes, moderniser ce pays de bédouins et qui a humilié les princes et hommes d’affaires les plus puissants du pays. 

 
Commentaires

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  • Par Benvoyons - 08/06/2018 - 09:53 - Signaler un abus Enfin 1 article qui met tout sur la table & à chacun d'y trouver

    aussi son chemin. Mais la conclusion me fait froid dans le dos car qu'il n'aille pas trop loin ou arrête contre l'Iran Chiite pour pouvoir continuer ses réformes mais en fait accrédite totalement la fin du régime Saoudien car les Religieux ne l'accepteront pas. En fait l'Iran a déjà ses mains en Arabie Saoudite sans y avoir mis ses bottes. Si l'Arabie Saoudite saute les Occidentaux seront complètement piégés pour l’Énergie car l'Iran sera un Grand maître chanteur. Donc finalement cela veut dire pour éviter une trop grande pression il faut impérativement faire des accords avec la Russie & les multiplier sur le Pétrole & Gaz il en vas de nos hivers au chaud & à la survie de nos industrie. Moscou attend pour enfin monter les prix & ainsi réduire la puissance USA en Europe. Donc l'Europe est de plus en plus fragile avec n'importe lequel schéma stratégique.Sauf si nous finançons urgemment stratégiquement le Gaz de schiste en France dont elle dispose une réserve pour plus de 100ans ce qui laisse de quoi venir pour les pressions des uns et des autres.

  • Par J'accuse - 08/06/2018 - 10:55 - Signaler un abus Un excellent article

    Entre les rumeurs exagérées des uns, et les "circulez, y'a rien à voir" des autres, on voit bien les réalités et on comprend bien les enjeux. Merci.

  • Par JonSnow - 08/06/2018 - 11:12 - Signaler un abus Alexandre Valle, une valeur sûre!

    C'est pour des articles comme celui-ci que je me suis abonné. J'ai appris quelque chose que je n'ai lu nulle part ailleurs.

  • Par kelenborn - 08/06/2018 - 14:31 - Signaler un abus Ouf ou plutôt double ouf

    Voyant que Del Valle était aux commandes , j'ai craint que l'article ne se termine quand MBS serait...à la retraite!!! Mais non 3 pages c'est raisonnable! Ouf aussi car pour une fois Benvoyons est sur les rails: Rauffer peut retourner sur le Bon Coin vendre ses romans policiers parfumés au loukoum! Oui, la au moins, on est dans le crédible et c'est vrai que l'on ne sort pas très optimiste de la lecture! Sans être aussi con que BHL qui voyait carrément derrière les prétendus printemps arabes Marianne s'exhibant en petite culotte, on pouvait se dire, d'abord que l'Islam est bien en crise et connait des soubresauts violents et atroces comme la bête immonde qui crève, ensuite que cela ne pouvait venir que du coeur: l'Arabie, coincée entre modernité et fin programmée du règne du pétrole comme moyen de diktat. Del Valle nous rappelle utilement que c'était aller vite en besogne. Je ne me prononcerai pas sur l'analyse des choix stratégiques: en revanche l'occident a une claire responsabilité: les gaz et pétroles de schiste sont bien une des strtégies pour tuer la bête: Trump l'a fait, Macroléon continue à jouer à Starwars ..

  • Par Tande - 08/06/2018 - 15:56 - Signaler un abus C'est juste une question de vocabulaire

    "nu comme un vers". Mes serait-il poète à ses heures? Ver aurait été plus approprié...

  • Par Marie-E - 08/06/2018 - 16:08 - Signaler un abus Del Valle

    Lombardi, Rodier, Mongrenier... De bonnes analyses qui sortent du lot d'âneries et de lieux communs qu'on peut lire dans la plupart des média Occidentaux sur le Proche Orient

  • Par kelenborn - 08/06/2018 - 16:08 - Signaler un abus Tande

    Oui mais un Vert tende .... quitte à corriger! Quand la pomme est verte le ver est déjà dans le fruit ce qui la rend tendre! hein ! ça t'en bouche un coin! pas le ver bien sur !!! En vers et contre tous, un verre pourquoi tu tousses?

  • Par assougoudrel - 08/06/2018 - 16:47 - Signaler un abus Trump doit être inquiet

    Il a obtenu un marché d'armement à 400 milliards de dollars; si MBS perd la partie, que deviendront les armes issues des usines d'armement qui doivent tourner à plein régime aux USA? Pour épuiser tout ça, il faudra déclencher une guerre loin des Etats-Unis. Comme pour l'Irak, on "soupçonnera" des armes de destruction massive en Iran et, comme Bush, on rajoutera le bordel dans le bordel existant. Trump jurera sur le moteur de sa bagnole que l'Iran prépare quelque chose de malsain et on pourra voir, à nouveau, les membres du Congrès prier, la Bible à la main, avant l'assaut de troupes. La guerre contre l'Irak a permis de payer, rentabiliser et essayer (avec succès) l'avion furtif qui était prévu pour la guerre froide. Le mur est tombé, le Pentagone avait commandé 130 de ces avions, mais, faute de guerre froide, il n'a n'avait pu acheter que 20 de ces appareils sur 130, sachant que 20 milliards de dollars avaient été dépensés par le constructeur pour créer le premier. Si MBS n'y est plus, la même histoire de répétera et les américains feront à l'Iran comme ils ont fait pour l'Irak, mais qui voudrait les suivre, car il n'y a plus de Tony Blair? Macron peut-être avec un fusil Chassepot

  • Par assougoudrel - 08/06/2018 - 16:51 - Signaler un abus Pardon

    j'ai dit deux fois 130... L'histoire se et non de

  • Par assougoudrel - 08/06/2018 - 16:53 - Signaler un abus Que dit la Russie,

    "allié" de l'Iran dans tout ça? Merci à Mr Del Vallé pour ces précisions.

  • Par Bobby Watson - 09/06/2018 - 14:41 - Signaler un abus Un article documenté

    Un avis libre. Manifestement, Atlantico n'a pas de Rafale ni de missiles à vendre... Merci à Alexandre del Vall pour cet avis éclairé

  • Par kelenborn - 09/06/2018 - 15:37 - Signaler un abus oui

    Raufer doit être parti à l'enterrement: on ne le voit plus

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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