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Macron-Trump, vrais ou faux opposés ?

Le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron se sont exprimés à tour de rôle et pour la première fois devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, ce 19 septembre, à New York. La quasi-totalité des analystes et des médias ont souligné l’opposition fondamentale sur tous les sujets entre les deux hommes. Alexandre del Valle souligne au contraire leur complémentarité et leur et convergence.

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En paroles, Emmanuel Macron, qui fait l’apologie du métissage et de l’immigration, semble depuis le début ouvert au communautarisme musulman, tandis que Donald serait un nationaliste raciste et xenophobe d’ailleurs lié aux suprémacistes. En réalité, Macron est bien plus méfiant envers l’islamisme que l’on croit, et même envers l’islam, qu’il a invité à se réformer, ce qui est très islamiquement très incorrect, et quant aux réfugiés qu’il a vanté aux Nations Unies, la France en a accueillis récemment bien moins que les autres grands pays d’Europe de l’Ouest.

De son côté, Donald Trump, le soi-disant « islamophobe » qui apostrophait les pays sunnites du Golfe durant sa campagne et qui dénonçait le danger « islamique », il s’est en fin de compte couché devant son épicentre de ce danger, l’Arabie saoudite wahhabite, également grand allié de la France « laïque » de MM Hollande et Macron. Et le président américain courtise depuis le début la Turquie nationale-islamiste néo-ottomane d’Erdogan, tout en épargnant le Pakistan parrain des Talibans, pays tous absents de la soi-disant liste du « muslim ban », en réalité un « travel ban » à portée très limitée et sélectif... Pour ce qui est de « la lutte contre les migrants » ou le projet de mur « payé par le Mexique », le président américain n’y a jamais réellement cru lui-même et il a déjà renoncé dans les faits, au moment même où il se débarrassait des droitistes « civilisationnistes » et pro-russes Bannon et Flynn.

On pourrait parler également de l’OTAN, que Donald Trump voulait soi-disant démanteler, mais que ses généraux de collaborateurs ne cessent de vanter et rassurer. En fait, les menaces de Trump vis-à-vis de l’Otan, comme celles vis-à-vis des Nations unies, ne sont que des éléments de langage dans le cadre de « deals » visant à obliger les partenaires à contribuer à un niveau plus élevé au fardeau, ce qu’un certain Obama lui-même avait commencé à exiger.

Dernier point commun et pas des moindres, à la différence des très idéologues et moralistes Hillary Clinton ou François Hollande, Macron et Trump n’ont jamais caché leur souhait de réhabiliter la Russie de Vladimir Poutine, l’homme le plus diabolisé de la planète avec Kim Jong Un et Bachar al-Assad. Mais fidèles à leur goût du paradoxe, ils n’ont pas moins critiqué Moscou et son Tsar tout en n’hésitant pas à reconduire les sanctions anti-russes…

Une autre comparaison politique achève de démontrer qu’il n’y a rien de plus naïf et erroné que de juger et comparer les hommes politiques et les séducteurs sur leurs propos avant de considérer leurs actes : rappelons-nous de Jacques Chirac, lors du débat sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne (2001-2005), qui ne cessait de vanter la vocation européenne de ce pays et diabolisait les turcosceptiques, au point de nier les racines chrétiennes de l’Europe et de dénoncer le « club européen » que serait une UE sans la Turquie musulmane. Face à lui, Nicolas Sarkozy inscrivait dans ses campagne pour le contrôle de l’UMP puis pour la présidence de la République en 2007 le refus catégorique de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, et il rappelait en permanence les limites de l’Europe et ses racines « judéo-chrétiennes », tout en fustigeant l’islamisme et la persécution des chrétiens dans les pays musulmans. Et pourtant… Le premier fit inscrire en grande pompe dans la Constitution française une disposition visant à conditionner l’entrée d’un pays important comme la Turquie à un référendum qui serait remporté à coup sûr par les opposants à l’intégration de la Turquie ; tandis que le second fit sauter cet obstacle en catimini pour rassurer les Turcs et compenser - par un fait concret - son refus rhétorique qui ne se traduisit d’ailleurs jamais par un arrêt du processus de négociations en vue de l’adhésion…

 
Commentaires

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  • Par vangog - 23/09/2017 - 08:18 - Signaler un abus Identité contre mondialisme!

    Chacun de ces chefs d'états a pris la bannière de son combat. Donald a endossé le combat pour l'dentité protectrice et créatrice. Il ne se paie pas de mot et dit ce qu'il a à dire aux dictateurs, les yeux dans les yeux. Macron a endossé la vieille armure de la dilution mondialiste orwellienne. Macron préfère la vieille diplomatie de phoques à la française, qui caresse les dictateurs dans le sens du poil, un brin munichoise et collaboratrice...Un se finance tout seul. L'autre est financé par Goldmann-Sachs, Soros et Rothschild...cherchez l'erreur!

  • Par gerint - 23/09/2017 - 12:12 - Signaler un abus Trump a les moyens, pas Macron

    Trump est peut-être un saltimbanque, mais il peut projeter une armée de 100 000 hommes ou plus par ses propres moyens un peu partout très bien équipés tandis-que Macron aurait bien du mal à expédier un petit corps bien constitué et ce que le Général de Villiers est venu dire pour son malheur. Quand on est faible on glose comme Macron mais quand on est fort on mène la danse et dans de nombreux domaines cruciaux ce sont les USA qui dirigent (bien ou mal c’est un autre débat)

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient pour l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

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