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Macron-Trump, vrais ou faux opposés ?

Le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron se sont exprimés à tour de rôle et pour la première fois devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, ce 19 septembre, à New York. La quasi-totalité des analystes et des médias ont souligné l’opposition fondamentale sur tous les sujets entre les deux hommes. Alexandre del Valle souligne au contraire leur complémentarité et leur et convergence.

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Ceci est d’autant plus vrai pour des politiques en baisse dans les sondages et en quête de regain de popularité, chacun tentant aussi et surtout de briller aux yeux de ses propres électeurs, même en parlant d’universalité comme l’a fait Macron, car en France, où l’histoire même de la République a fondé le néo-patriotisme révolutionnaire sur des thèmes à prétention universels, parler au monde ne veut pas dire que l’on parle à tout le monde.

Certes, les désaccords existent vraiment entre les deux hommes. Toutefois, Trump et Macron ont comme premier point commun, très important, un pragmatisme à toute épreuve, fait de capacité de souplesse multidirectionnelle, puis de maniement des paradoxes et contradictions hors du commun. En effet, si Donald Trump, l’ancien démocrate pro-Clinton devenu l’adversaire républicain d’Hillary, l’américain libéral très peu chrétien et favorable à l’avortement devenu le héros des fondamentalistes protestants ; le globaliste favorable aux guerres interventionnistes des démocrates et néo-conservateurs devenu anti-interventionniste, isolationniste et nationaliste, est coutumier des paradoxes et revirements, de son côté, l’ancien banquier Emmanuel Macron n’est pas mal non plus : le chou-chou de l’Establishement politiquement correct et du progressisme a su gagner le respect des deux chefs d’Etat les plus politiquement incorrects et diabolisés de la planète, Trump et Poutine ; il a su séduire en France autant la droite que la gauche ; il a dans son gouvernement un ministre des Affaires étrangères issu du parti socialiste du président sortant qu’il a trahi, puis un ministre de l’Education nationale plus conservateur que ceux de tous les présidents de droite passés ; et celui qui incarne soi-disant les Bobos de la finance mondialiste fit l’une de ses toutes premières visites pré-électorales de courtoisie chez le plus à droite des politiques français catholiques et anti-mondialistes, Philippe de Villiers, qui le reçut alors avec joie au Puy du Fou.

En réalité, les oppositions de parole et de principe entre Trump et Macron, qui imposent ainsi chacun à leur manière leur image de marque et fidélisent de la sorte leurs électeurs et appuis respectifs, sont dans les faits avant tout des pragmatiques capables de deals, de grands écarts, de réalisme cynique et même d’une forme particulière de tolérance puisqu’ils n’ont pas de socle idéologique défini mais plutôt des postures de communication, même celle du premier est vulgaire et basique quand celle du second est raffinée et empreinte de haute cullture.

Des points de convergences potentiels….

Les deux hommes peuvent parfois même se rejoindre en dehors de leurs créneaux centraux. Par exemple sur la Corée du Nord, de même que les propos outranciers du « tigre de papier » Trump sont à relativiser et masquent mal les négociations cyniques en cour avec la Chine et à venir avec le régime du dictateur nord-coréen, que Trump avait d’ailleurs salué positivement durant la campagne, de même les propos apparemment plus pacifiques de Macron n’ont pas empêché celui-ci de déclarer, dans une interview en marge du sommet onusien, que tenter de négocier ne signifiait aucunement écarter l’éventualité d’une guerre... Sur la Syrie, les deux hommes ne sont pas si éloignés que l’on croit non plus, en tout cas dans les faits, et ils partagent les mêmes ambiguïtés et paradoxes : s’ils ont dit tour à tour qu’il fallait « punir » le « criminel » dictateur syrien, Bachar al-Assad, ils ont également tous deux précisé à plusieurs reprises que le régime syrien n’était « pas l’ennemi » des Etats-Unis, au contraire du terrorisme islamiste.  

 
Commentaires

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  • Par vangog - 23/09/2017 - 08:18 - Signaler un abus Identité contre mondialisme!

    Chacun de ces chefs d'états a pris la bannière de son combat. Donald a endossé le combat pour l'dentité protectrice et créatrice. Il ne se paie pas de mot et dit ce qu'il a à dire aux dictateurs, les yeux dans les yeux. Macron a endossé la vieille armure de la dilution mondialiste orwellienne. Macron préfère la vieille diplomatie de phoques à la française, qui caresse les dictateurs dans le sens du poil, un brin munichoise et collaboratrice...Un se finance tout seul. L'autre est financé par Goldmann-Sachs, Soros et Rothschild...cherchez l'erreur!

  • Par gerint - 23/09/2017 - 12:12 - Signaler un abus Trump a les moyens, pas Macron

    Trump est peut-être un saltimbanque, mais il peut projeter une armée de 100 000 hommes ou plus par ses propres moyens un peu partout très bien équipés tandis-que Macron aurait bien du mal à expédier un petit corps bien constitué et ce que le Général de Villiers est venu dire pour son malheur. Quand on est faible on glose comme Macron mais quand on est fort on mène la danse et dans de nombreux domaines cruciaux ce sont les USA qui dirigent (bien ou mal c’est un autre débat)

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient pour l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

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