Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 22 Juillet 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Macron-Trump, vrais ou faux opposés ?

Le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron se sont exprimés à tour de rôle et pour la première fois devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, ce 19 septembre, à New York. La quasi-totalité des analystes et des médias ont souligné l’opposition fondamentale sur tous les sujets entre les deux hommes. Alexandre del Valle souligne au contraire leur complémentarité et leur et convergence.

Geopolitico-scanner

Publié le
Macron-Trump, vrais ou faux opposés ?

Si l’on analyse les mots qui ont été prononcés ainsi que le ton de chacun des deux dirigeants, la première impression est que le président français a répondu point par point au discours jugé, par beaucoup, outrancier du chef d’État américain. Qu’il s’agisse de la Corée du Nord, de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, du réchauffement climatique et des accords de Paris, ou encore de l’immigration et de la crise des réfugiés, les discours des deux novices charismatiques ont semblé révéler une opposition autant de fond, de forme, que de méthodes et de valeurs.

Que l’on songe au climato-scepticisme de Donald Trump, à son idéologie antimondialiste ou de ses propos guerriers aux relents néo-conservateurs sur l’éventualité de “détruire totalement la Corée du Nord”, les propos du président étatsunien sont apparus en tous points contredits par Emmanuel Macron qui a même semblé remplacer la chancelière Angela Merkel dans le rôle de champion de l’anti-trumpisme et de leader de l’Europe multilatéraliste et politiquement correcte face au populisme menaçant de Trump.  Quoi de plus opposé en en effet aux appels à la générosité et à l’ouverture du jeune prodige-président français que le slogan « Amérique d’abord » du milliardaire américain chantre du souverainisme et verbalement si hostile aux immigrés musulmans et mexicains.

Mieux, après sa fameuse vidéo d’Emmanuel Macron en anglais qui dénonçait, le 1er juin dernier, le retrait américain de l’accord de Paris et proposait que la France comble le vide laissé par l’Amérique climato-sceptique (« Sur le climat, il n'y a pas de plan B parce qu'il n'y a pas de planète B »), le président français a lancé un nouveau défi à Washington en affirmant que l’accord de Paris sur le climat ne serait pas renégocié contrairement aux dires de Donald Trump.

On se rappelle aussi des premières poignées de main viriles -bras de fer- entre les deux dirigeants qui semblent opposer presque physiquement les deux hommes, avant qu’Emmanuel Macron n’invite finalement son homologue Donald Trump au défilé du 14 Juillet à Paris. Cette rencontre dévoila une forme de proximité humaine entre les deux dirigeants, et ce qui deviendra même un moment une complicité de façade n’a pas été démentie depuis et même le 19 septembre dernier au siège new yorkais des Nations Unies.

En réalité, l’image manichéenne de la France universelle et progressiste qui s’opposerait totalement et courageusement au modèle belliqueux et réactionnaire de l’Amérique nationaliste-populiste mérite d’être relativisée.

Derrière les mots, derrière les styles différents, il convient en fait surtout de lire les messages non-dits, lesquels sont trahis autant par les gestes chaleureux que par les accointances humaines qui unissent plus les deux hommes, presque mutuellement fascinés, qu’il n’y paraît. Premièrement, il n’échappe à aucun analyste avisé que les mots ne sont jamais que les mots, en politique comme en diplomatie. De même que les preuves d’amour comptent plus que les mots d’amour pour jauger la sincérité des prétendants, seuls les faits et les actes sur le moyen et long terme comptent sur le plan politique et géopolitique. En effet, à l’instar du célèbre duo de variété incarné il y a des décennies par Alain Delon et Dalida, « parole, parole », les mots ont souvent peu de cohérence avec la pratique, tant en matière de stratégie de séduction galante que de stratégie de communication politique.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 23/09/2017 - 08:18 - Signaler un abus Identité contre mondialisme!

    Chacun de ces chefs d'états a pris la bannière de son combat. Donald a endossé le combat pour l'dentité protectrice et créatrice. Il ne se paie pas de mot et dit ce qu'il a à dire aux dictateurs, les yeux dans les yeux. Macron a endossé la vieille armure de la dilution mondialiste orwellienne. Macron préfère la vieille diplomatie de phoques à la française, qui caresse les dictateurs dans le sens du poil, un brin munichoise et collaboratrice...Un se finance tout seul. L'autre est financé par Goldmann-Sachs, Soros et Rothschild...cherchez l'erreur!

  • Par gerint - 23/09/2017 - 12:12 - Signaler un abus Trump a les moyens, pas Macron

    Trump est peut-être un saltimbanque, mais il peut projeter une armée de 100 000 hommes ou plus par ses propres moyens un peu partout très bien équipés tandis-que Macron aurait bien du mal à expédier un petit corps bien constitué et ce que le Général de Villiers est venu dire pour son malheur. Quand on est faible on glose comme Macron mais quand on est fort on mène la danse et dans de nombreux domaines cruciaux ce sont les USA qui dirigent (bien ou mal c’est un autre débat)

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient pour l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€