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Idlib, plus grande base-arrières de djihadistes d’Al-Qaïda dans le monde

Depuis fin août 2018, le thème du « chaos syrien » fait de nouveau la Une de la presse internationale et occidentale.

Géopolitico-scanner

Publié le - Mis à jour le 18 Septembre 2018
Idlib, plus grande base-arrières de djihadistes d’Al-Qaïda dans le monde

 Crédit Omar haj kadour / AFP

Une fois de plus, alors que les forces loyalistes de Damas tentent de récupérer les territoires contrôlés par des rebelles et des terroristes islamistes, ladite « communauté internationale » ne cesse d’alerter sur le « risque de « catastrophe humanitaire » au cas où le régime syrien et ses alliés iraniens et russes parviendraient à reconquérir par des bombardements massifs la zone nord-ouest du pays, Idlib, tenue à 60 % par une coalition terroriste dominée par l’ex-Al-Nosra alias Fatah al-Sham (Al-Qaïda en Syrie), appelée depuis 2017 Hayat Tahrir al-Sham (HTS, 30 000 hommes).

Quant au reste de la province, on sait qu’elle est contrôlée par des groupes salafistes et islamistes rebelles pro-turcs pas si modérés qu’on le dit en Occident et qui se sont réunis en mai 2018 au sein d’une nouvelle coalition créée par la Turquie, « Jabat al-Wataniya al-Tahrir » (Front pour la Libération nationale, FLN). Celle-ci regroupe douze groupes islamistes, dont Ahrar al-Sham Harakat Nour al-Din al-Zenki rivaux du HTS mais tout aussi radicaux, sachant que certains ont été alliés tantôt à l’Etat islamique tantôt à Al-Qaïda-Al-Nosra jusqu’à une période récente au gré des alliances tactiques dans différentes zones. Le FLN intègre certes officiellement des membres de l’ex-ASL (Armée syrienne libre) présentée comme l’opposition armée « modérée » par la Turquie, les Occidentaux et les capitales du Golfe. Cette ASL qui émergea au début de l’insurrection en 2011, était composée au départ de déserteurs de l’Armée Arabe syrienne (AAS), mais personne n’ignore aujourd’hui qu’elle a vite été phagocytée par des islamistes. 

 

L’alqaïdisation de la rébellion « syrienne » dominée par le jihad international mais banalisée par les Occidentaux…  

 
En fait, si Idlib est devenue le plus grand réservoir de Jihadistes d’Al-Qaïda et de combattants islamistes au monde, c’est parce que cette zone est l’une des quatre zones de « désescalade » (Ces 4 zones sont 1/la province d’Idlib (Nord-Ouest) et ses voisines de Hama, Lattaquié et Alep, 2/ la Ghouta orientale, dans la grande banlieue de Damas, 3/ Nord de la province de Homs (centre-Ouest) 4/ Provinces de Deraa et Quneitra, Sud-Ouest). négociée entre Turcs, Russes et Iraniens lors des rencontres d’Astana de mai 2018 et qui ont permis de reprendre La Ghouta, Alep et le Sud du Pays (Kuneitra) aux termes de bombardements massifs contre les récalcitrants mais aussi grâce à des accords de « réconciliation » et d’exfiltration négociés avec des groupes rebelles et jihadistes autorisés momentanément à s’installer à Idlib. Cette dernière ville est par conséquent devenue le plus grand repaire de rebelles et jihadistes en Syrie sous protectorat turc… Les milices sunnites rattachées à l’ASL ainsi que les groupes islamistes les plus puissants (Front islamique, Ahrar al Sham, Jaych al-Islam, Faylaq al-islam, Al-Nosra) qui ont « résisté » à la Ghouta, à Hama, Kuneitra ou Alep ont pensé pouvoir s’y établir durablement afin d’y organiser la reconquête contre le régime syrien qu’ils veulent toujours renverser et qu’ils pilonnent depuis leurs positions. La presse occidentale ne fait pas cas de cette réalité d’harcèlement du régime par les rebelles et les jihadistes opposés à toute négociation en vue de la paix. De ce fait, le régime syrien et ses alliés russes ne pouvaient durablement laisser croitre ce foyer islamo-jihadiste et ils ont donc décidé de reconquérir Idlib où sévissent 90 000 combattants islamistes (dont 25000 Jihadistes d’Al-Qaïda-Al-Nosra-HTS), en partie évacués des ex-fiefs jihadistes (Alep, Homs, Ghouta). 
 
D’une manière générale, le Nord du pays (y compris Afrine et Jarablous purifiée de leurs Kurdes par l’armée turque et les milices islamistes) est une zone problématique pour le régime syrien, puisque à l’ouest de l’Euphrate, en dehors même d’Idlib, l’étrange allié peu fiable de la Russie qu’est la Turquie néo-ottomane d’Erdogan entretient également des milices islamistes turkmènes et arabes à Afrine et Jarablous (Al-Hamza, Ahrar al-Sharqiya, Mourad Sultan) qui y massacrent les Kurdes dans l’indifférence de la « communauté internationale », tandis qu’à l’Est de l’Euphrate, ce sont les milices kurdes (YPG) et kurdo-arabes des Forces démocratiques Syriennes (FDS), protégées par l’armée américaine, qui ont établi un gouvernorat échappant au contrôle du régime syrien. Les milices kurdes et les FDS, bien qu’ayant momentanément les mêmes ennemis islamistes rebelles et jihadistes à l’Ouest que le régime syrien, entreront cependant tôt ou tard en conflit avec le régime de Bachar al-Assad qui voudra recouvrer sa souveraineté dans l’ensemble du Nord lorsqu’il aura repris le contrôle des dernières poches jihadistes du Sud et d’Idlib. Sauf si les Kurdes sont assez raisonnables pour renoncer définitivement à l’indépendance de leur « Rojava » et s’ils acceptent de n’être qu’une province autonome dans le cadre d’une future Syrie non fédérale… ce qui est loin d’être dans leurs plans initiaux et n’arrange pas Washington… 
 

Le jeu de plus en plus trouble d’Ankara

 
La victoire définitive du régime de Damas sur les rebelles et les jihadistes passe donc par Idlib, contrôlée à 60% par les jihadistes du HTS, où vivent trois millions d’habitants dont une grande partie est composée de « réfugiés de l’intérieur ». Si le régime de Damas a averti les populations de l’imminence de bombardements depuis le mois d’août en les invitant à quitter les lieux visés via les « couloirs humanitaires », les islamo-terroristes d’Idlib ont intérêt à garder les civils comme des « boucliers humains » dont les massacres éventuels par des bombardements massifs permettraient d’accuser le régime de « crimes de guerre » et donc de déclencher des « réactions » militaires occidentales. 
 
Rappelons que la Turquie, en tant que « garante », à Idlib, de l’une des quatre « zones de désescalade » négociées avec Damas et Moscou à Astana en mai dernier, était censée séparer les « rebelles modérés » des jihadistes. Mais elle ne l’a ni voulu ni réellement pu, ainsi qu’on l’a constaté avec son protégé le Front National de Libération (FNL), lequel réunit, avec l’ex-Armée Syrienne libre « modérée », des groupes tout aussi fanatiques et jihadistes qu’Al-Qaïda ou Daech. On peut citer notamment Ahrar al-Cham, Jaich al-Ahrar qui se sont opposés aux accords d’évacuation et de paix négociés à Astana avec Damas sous le parrainage de Moscou, Téhéran et Ankara. 
 
 
Commentaires

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  • Par ciara - 15/09/2018 - 19:35 - Signaler un abus Toujours

    Toujours la même politique tartuffe de l'Occident dans cette région. On est contre Daesh mais on soutient, en catimini les rebelles contre Assad. La guerre chimique n'est qu'un prétexte. Les américains n'ont pas compris ,malgré le 11 Septembre, que l'islamisme était le réel et le seul danger qui menace l'Occident. Ils ménagent les Turcs, l'Arabie saoudite, alors que ces deux là financent et soutiennent le terrorisme international. Combien de morts faudra-t-il encore pour que nous comprenions ou est notre principal adversaire.?????

  • Par Anouman - 15/09/2018 - 19:43 - Signaler un abus Idlib

    Les occidentaux continuent de faire ce qu'ils ont fait depuis le début de cette guerre, c'est à dire se tromper d'ennemi. Très bon article comme d'habitude avec A. Del Valle.

  • Par Klaus02 - 15/09/2018 - 23:34 - Signaler un abus L'Idlibistan sera purgé tôt ou tard...

    ...malgré les US et Erdogan parce que Poutine le veut. CQFD Excellente analyse très complète et très détaillée d'Alexandre Del Valle.

  • Par Atlante13 - 16/09/2018 - 09:55 - Signaler un abus Article toujours aussi bien documenté.Merci

    et les tartuffes de la gaucho-gangrène sont toujours aussi efficaces. Erdogan doit bien rigoler, il a une armée de tueurs à a disposition. Merci aussi à la Merkel.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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