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Et Trump décida d'arrêter de soutenir les rebelles anti Bachar-al-Assad : mais au fait, où en est la Syrie après la chute de l'Etat islamique en Irak ?

Dans ce contexte de partage de la Syrie sur fond de tractations entre grandes puissances qui comptent (Etats-Unis, Russie, Iran), Washington paraît en fin de compte accepter de facto la reprise par l’armée loyaliste syrienne d’une partie du territoire perdu lors du soulèvement de 2011-2012.

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Retour au réalisme géostratégique ou à la Realpolitik ?

La plupart des dirigeants du monde, à commencer par Donald Trump et Emmanuel Macron, ont clairement reconnu que la chute du régime syrien n’est plus la priorité et qu’il n’y a pour l’heure pas d’alternative crédible et viable àla personne de Bachar el-Assad. Jadis en tête dans la croisade anti-Bachar, la France, soutient aujourd’hui comme nouvelle doctrine diplomatique officielle que la destitution du président syrien n’est plus «un préalable», sachant que la précondition de sa destitution, exigée jadis par Paris, Washington, Londres et leurs alliés sunnites, n’a fait que rendre les pourparlers de paix de Genève impossibles et mort-nés.

En réalité, ni la France ni les Etats-Unis ne comptent se désengager de Syrie, mais les Occidentaux, revenus à plus de pragmatisme avec deux maîtres en la matière que sont Macron et Trump, ont compris que s’ils veulent compter dans la Syrie du futur et faire aboutir une solution concrète, ils doivent à la fois continuer de soutenir leurs meilleurs alliés efficaces au sol : les Kurdes, qui tentent de reprendre Raqqa, tout en trouvant un accord minimal avec la Russie qui les a obligés à admettre la présence de Bachar al-Assad et surtout deson régime baathiste-alaouite qui devra être associé à la Syrie du futur dans le cadre d’une transition pragmatique.

Celle-ci, pour être acceptable par Damas et par ses parrains russo-iraniens, devra conserver les structures régaliennes du régime et garantir les intérêts de son noyau-dur et des minorités, tout en y associant des membres d’une opposition réaliste, ceci dans un cadre fédéral qui préservera les apparences d’une unité nationale. Certes, la double perspective d’une indépendance (ou forte autonomie) kurde en Syrie, sous protection américaine durable, et d’une survie d’une partie du régime syrien dans le cadre d’une Syrie fédérale en gestation ne peut que susciter la fureur sinon l’hystérie de la Turquie d’Erdogan qui perd sur deux tableaux, lui qui avait parié en 2011-2014 sur la chute rapide de son ancien « frère Assad » et sur l’écrasement des Kurdes avec la complicité de Da’ech et d’autres groupes jihadistes alors victorieux et appuyés par Ankara…

Dans ce contexte de partage/fédéralisation/quasi partition de la Syrie sur fond de tractations entre grandes puissances qui comptent (Etats-Unis, Russie, Iran), les Etats-Unis de Donald Trump paraissent en fin de compte accepter de facto la reprise par l’armée loyaliste syrienne d’une partie du territoire perdu lors du soulèvement de 2011-2012. C’est ainsi qu’un cessez-le-feu vient d’être conclu dans le sud du pays entre Russes et Américains tandis que le régime syrien canalise ses efforts de reconquête vers l’est du pays et la vallée de l’Euphrate, dernier grand bastion de Da’ech. Avec l’aide décisive de Moscou et Téhéran, le régime de Damas va alors pouvoir se retourner contre les rebelles les plus dangereux les plus près de la capitale et dans le sud puis dans l’Est, processus qui prendra probablement plusieurs années encore et qui sera d’autant plus brutal que les forces rebelles (hors Da’ech-Al-Qaïda) sont lâchées par les Occidentaux et coupées de la Turquie dans le cadre du rapprochement de cette dernière avec Moscou.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 21/07/2017 - 11:41 - Signaler un abus Vietnam

    En résumé, désormais, Poutine, Trump... et micron, sont d'accord : la Syrie et l'Irak doivent rester des états unitaires, gouvernés par des chiites. Pas question d'admettre un Califat sunnite au centre de ces deux pays. Bonne chance à ce projet ! Combien de temps cette solution tiendra-t-elle ? C'est vrai qu'on les a beaucoup bombardé et ils doivent être plutôt démoralisés. A la fin de la guerre au Vietnam, au contraire, les Américains ont admis la création d'un état communiste. Et ils ont évolué par eux-mêmes...

  • Par Anouman - 21/07/2017 - 12:57 - Signaler un abus Pragmatisme

    A. Del Valle nous livre encore une excellente analyse sur ce conflit. On aurait souhaité que ce pragmatisme nouveau qu'il évoque soit appliqué dès le début ce qui aurait probablement raccourci la durée du conflit et l'extension de Daech. Lorsque les Russes sont intervenus (alors que Daech avançait partout) les occidentaux ont dit que ça allait aggraver la situation et renforcer Daech. On voit la profondeur de leur analyse aujourd'hui. Ils ont de plus été obligé de faire quelque chose au lieu de regarder Daech avancer. Que se serait-il passé si les Russes étaient restés chez eux?

  • Par Leucate - 21/07/2017 - 13:39 - Signaler un abus @Anouman

    ""Que se serait-il passé si les Russes étaient restés chez eux?"" Les Russes, qui ont repris du poil de la bête depuis que Poutine a succédé à Eltsine qui ne pouvait pas faire grand chose, étaient obligés d'intervenir. N'oubliez pas que la Russie est un pays en partie musulman, avec une population turco-mongole ancienne dont les Tatars (Kazan et le Tatarstan) qui est en plus voisin des grands Etats musulmans parties prenantes du conflit. Elle est donc directement concernée par ce qui se passe à ses frontières ou à proximité.

  • Par cloette - 21/07/2017 - 14:28 - Signaler un abus Ganesha

    vous dites des choses fausses, les Américains ont perdu la guerre, ils n'ont rien admis du tout .Ils l'ont perdu, comme les Français l'avaient perdue contre les patientes petites fourmis ....

  • Par Ganesha - 21/07/2017 - 14:56 - Signaler un abus Cloette

    Cloette, voici ce que dit Wikipédia : ''Le conflit étant dans l'impasse et de plus en plus impopulaire dans l'opinion publique américaine, les Accords de paix de Paris décident en 1973 du retrait militaire américain. En 1975, le Nord Viêt Nam réalise une offensive contre le Sud Viêt Nam et remporte la victoire : le pays, officiellement réunifié l'année suivante, devient la République socialiste du Viêt Nam. En même temps que le Viêt Nam, le Cambodge et le Laos deviennent eux aussi des pays communistes''. En 1975, les Américains avaient oublié le Vietnam, ils avaient d'autres préoccupations ! === https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Viêt_Nam

  • Par Ganesha - 21/07/2017 - 15:06 - Signaler un abus Autodétermination

    Je pense qu'à long terme, la seule politique valable, c'est de laisser chaque peuple décider de son propre destin. Mais cela peut causer de très longues périodes de souffrances : voyez les situations du Congo belge, du Rwanda et du Burundi après plus d'un demi-siècle d'indépendance !

  • Par cloette - 21/07/2017 - 15:24 - Signaler un abus le motif de la guerre

    était d'empêcher le Sud Est asiatique de devenir communiste , ils ont donc capitulé après avoir déversé pas mal de bombes au napalm sur les petites fourmis .Ils ont également contribué à achever de mettre les Français dehors ...

  • Par Ganesha - 21/07/2017 - 16:15 - Signaler un abus Cloette

    Justement, Cloette, les USA ne sont pas répartis en guerre, lorsqu'un bout de deux ans, le Nord-Vietnam a rompu les accords de Paris de 1973.

  • Par J'accuse - 21/07/2017 - 16:33 - Signaler un abus Qu'attend-on pour exclure la Turquie de l'Otan ?

    On doit cesser de considérer cette dictature islamiste comme un allié. Comment accepter d'être obligé d'entrer en guerre pour la défendre si elle est attaquée ? La Turquie n'a plus rien à faire dans l'Otan, et tout aussi peu dans l'UE pour laquelle elle est toujours officiellement candidate...

  • Par brennus - 22/07/2017 - 09:10 - Signaler un abus Lire les analyses de Del

    Lire les analyses de Del Valle est un bonheur en comparaison des mensonges éhontés qui s'étalent dans les médias mainstream depuis le début de la guerre en Syrie. Dommage on ne le voit jamais a C dans l'air...pour apporter un peu d'air.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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