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Erdogan en tournée dans le Golfe : comme un parfum de retour à l’Empire ottoman

Stratège islamiste néo-ottoman par excellence, le président turc Recep Tayyip Erdogan a toujours su que le meilleur moyen de séduire voire d’hystériser les Arabes - jadis ennemis historiques des Turcs - est de paraître plus pro-palestinien (donc pro-arabe) qu’eux, plus musulman-sunnite et plus « anti-sioniste que les leaders arabo-musulmans sunnites eux-mêmes.

Turquie

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Erdogan en tournée dans le Golfe : comme un parfum de retour à l’Empire ottoman

Ainsi culpabilisés, ces derniers – surtout les autocrates du Golfe et autres pays proches d’Israël et de l’Occident - comme l’Arabie saoudite ou l’Egypte - sont alors discrédités par leurs propres masses qui voient dans la Turquie néo-ottomane post-kémaliste d’Erdogan le « protecteur » des musulmans du monde que leurs propres dirigeants ne sont pas.

Cette idéalisation de la Turquie néo-ottomane, qui rétablit peu à peu un califat virtuel plus intelligemment que celui terroriste de Da’ech, a été particulièrement évidente depuis les révolutions arabes, lorsque l’habile président turc a totalement défendu le projet panislamiste des Frères puis a pour cette raison rompu de façon fort opportuniste avec l’Egypte de Moubarak (et plus tard de Al-Sissi) puis avec ses anciens « frères » Mou’ammar Kadhafi et Bachar al-Assad, afin  d’apparaître comme le seul « vrai » défenseur » des musulmans et des Arabes face à leurs ennemis internes et externes « mécréants » et « apostats ».

Et la chose est d’autant plus crédible aujourd’hui que cette Turquie néo-sultanesque s’est débarrassée de son laïcisme, s’est réislamisée, s’est éloignée de facto et de jure de l’Europe « en voie de pourrissement » (dixit Erdogan), puis a provoqué de graves crises diplomatiques avec l’Etat hébreu depuis le coup de gueule d’Erdogan lors du G8 en 2008 puis surtout avec l’affaire de la flottille de Gaza (Navi Marmara) en 2010.

La Turquie d’Erdogan espoir et exemple pour les Frères musulmans

Depuis, nombre de musulmans du monde entier sont désormais persuadés que la Turquie moderniste - jadis laïcarde créée par Atâtürk « l’apostat » - n’est plus ce pays « traître à l’islam » qui imitait l’Occident et était le meilleur allié stratégique d’Israël, mais au contraire le nouveau et plus zélé défenseur des Palestiniens, notamment des adeptes du mouvements islamiste Hamas, frère-musulman et terroriste.

C’est dans le cadre de cette politique panislamiste d’Ankara consistant à séduire les Arabes pour rétablir la « profondeur stratégique » de la Turquie dans ses anciennes possessions ottomanes, que le président turc (qui a aussi pris fait et cause pour le Qatar et les Frères musulmans mis à l’index par l’Egypte et les monarchies du Golfe) a exhorté les musulmans du monde entier à "visiter" et "protéger" Jérusalem, après des violences meurtrières liées à l'installation par Israël des détecteurs de métaux à l’entrée de l'esplanade des Mosquées/Mont du Temple. Le néo-sultan a une fois de plus su trouver les paroles les plus pertinentes pour gagner les cœurs des islamistes et des antisionistes musulmans du monde entier, jouant sur la corde sensible du pathos religieux : « Je voudrais lancer un appel à tous mes concitoyens et aux musulmans du monde entier : que tous ceux qui en ont les moyens (...) effectuent une visite à Jérusalem, à la mosquée (…). Venez protégeons tous ensemble Jérusalem"…

 
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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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