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Entretien avec un ex-djihadiste pas comme les autres : David Vallat, des gangs islamistes de Lyon à la prévention de la radicalisation en passant par la case prison…

David Vallat a accepté de répondre à nos questions, en ces temps où l’on parle constamment de « déradicalisation ». Il vient de fonder avec l’universitaire Amélie Myriam Chelly, un Centre d’analyse des islamismes et des radicalismes, l’AIPER, qui ambitionne d’être le premier réel instrument efficace de déradicalisation.

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Entretien avec un ex-djihadiste pas comme les autres : David Vallat, des gangs islamistes de Lyon à la prévention de la radicalisation en passant par la case prison…

David Vallat a accepté de répondre à nos questions, en ces temps où l’on parle constamment de "déradicalisation". Il était intéressant de donner la parole un quelqu’un qui sait de quoi il parle. D’autant qu’il vient de fonder avec l’universitaire Amely Myriam Chely, un Centre d’analyse des islamismes et des radicalismes, l’AIPER, qui ambitionne d’être le premier réel instrument efficace de déradicalisation, ceci après des échecs ubuesques d’associations tantôt opportunistes tantôt incompétentes qui n’ont enregistré à ce jour aucun résultat probant.

Souhaitons à l’AIPER de parvenir à relever ce défi en jouant un rôle croissant au service de la sécurité de nos concitoyens qui doivent évoluer dans de sociétés multiculturelles de plus en plus multiconflictuelles…

Vallat est parti en mars 1994 en Afghanistan dans le camp de Khalden. Récupéré par les terroristes algériens et en contact avec des émirs du GIA (abou Fares, Rachid Ramda) ou avec l'idéologue palestinien Abou Qatada, réfugié à Londres, il met sur pieds une filière d'armes depuis la Bosnie jusqu'à l’Algérie. Il est alors désigné responsable du fameux groupe islamo-terroriste de "Chasse sur Rhône". Il fréquentera dans ce cadre le célèbre terroriste franco-algérien Khaled Kelkal, auteur d’une série d’attentats en 1995. Arrêté le 29 septembre 1995, Vallat purge sa peine sans victimisme ni culture de l’excuse. Libéré pour bonne conduiteen décembre 1999, fort d’une culture acquise en prison par l’obtention de diplômes et la lecture de milliers de livres, il ressortira étonnamment meilleur du pourtant terrible univers carcéral.

En 2012, c’est de son "silence radio" qu’il va sortir, notamment après les tueries de Mohamed Merah. Et en 2015, il commence même à apparaître au grand jour dans les médias. Face à l’horreur croissance du terrorisme de "troisième génération" et à la montée du phénomène Daesh qui fascine de plus en plus de jeunes en France, il décide de mettre en place "une riposte vidéo d'explication du phénomène djihadiste", en association avec le collectif du LBB, notamment après la tuerie du 13 novembre au Bataclan. En 2016, il publie un essai intitulé "Terreur de jeunesse". Il participe à la campagne "on a toujours le choix", avec le ministère de l’intérieur et "stop djihadisme" en novembre 2016. Il intervient régulièrement dans les prisons. Une nouvelle vocation de contre-radicalisation est née. Il ne s’arrêtera plus.

Alexandre Del Valle : Avec votre parcours atypique d’ancien djihadiste repenti mais qui a purgé sa peine et sans ressentiment ni culture de l’excuse, vous êtes un des rares ex-djihadistes véritablement déradicalisé. Comment avez-vous changé ? Quand ? Dans quelles conditions ?

David Vallat : On peut considérer que ma déradicalisation s'est passée en trois étapes principales : la première, c’est le traitement qui m’est réservé lors de ma garde à vue, de l’instruction de l’enquête ainsi que mon procès. Lors de ma garde à vue, en pleine vague d’attentats, après une tentative d’attentat sur le TGV Lyon-Paris, le 26 août 1995, je ne suis pas maltraité, moins encore torturé, on me fait passer une visite médicale à l’issue de la garde à vue alors que – et je l’apprendrai plus tard – deux tentatives d’attentat auront lieu durant ces quatre jours, attentats dont les revendications seront prises au sérieux car apportant des détails techniques que seuls les terroristes pouvaient connaître. Et dans ces revendications il y aura la demande de me faire libérer. Je suis donc clairement identifié comme un membre, à ce moment-là, de ce groupe qui frappent mon pays mais pour autant, je ne subirais aucun mauvais traitement.

Lors de l’instruction, la juge fera part d’une vraie objectivité, et considérera les éléments factuels me mettant hors de cause à partir du 29 juin 1995. Cette instruction se fera à charge et à décharge. La seule inéquité pénale avec tous les autres mis en examen de mon pays aura été une aggravation de la peine encourue pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste qui passera de cinq à dix ans. C’est le seul cas avéré de rétroactivité pénale de la Ve République. Mis à part ce traitement particulier, je n’ai pas eu à subir de loi scélérate.

Lors de ma détention également, j’ai pu passer des diplômes. Il s’agit là pour moi d’un premier doute dans mes convictions s’agissant de définir qui étaient mes réels adversaires. Ceux que je considérais être mes frères me faisaient passer sous le coup d’une fatwa de condamnation à mort en juillet 1995, alors que ceux que je considérais être mes adversaires me traitaient avec humanité.

Il y a eu ensuite la lecture intensive. Lors de mon incarcération l’administration pénitentiaire me signifie que je n’ai le droit d’emprunter que deux livres par semaine à la bibliothèque. Avec mon esprit retors, je déciderai d’en lire deux par jour en plus d’une lecture complète du Coran, en arabe, par mois. Au bout de quelques mois de cette lecture intensive, mes critères et ma grille de lecture du monde changeront. Je procèderai à un "reset" total de mes convictions politiques pour commencer à voir le monde de façon plus large.

La troisième chose aura été la proximité avec des détenus n’ayant pas du tout le même profil que moi. Il y avait bien quelques mises en examen pour terrorisme et appartenant aux mouvances corses, kurdes et basques. J’ai été la première promotion de mise en examen pour terrorisme en lien avec l’islamisme, issu du cru national. Cette proximité avec d’autres détenus, dont certains sont devenus des amis alors que nous étions tous dans la même galère m’a fait prendre conscience de l’ineptie de les considérer comme des "charbons de l’enfer".

Vous intervenez régulièrement dans la presse et vous avez votre propre vision de la déradicalisation. Est-elle réellement possible ?

Elle ne peut l’être à mon sens que si le sujet concerné en émet la volonté. A défaut de quoi celle-ci restera impossible. En revanche, il est possible de faciliter ou permettre les conditions qui puissent amener le sujet concerné à se poser à nouveau des questions. C’est le préalable nécessaire, le questionnement intérieur à toute réforme de son engagement. Il faut donc, pour ce faire, créer ces conditions et notamment éviter le regroupement des profils dans des unités où ils seraient tous réunis. Car l’effet de groupe primera sur les individualités. Il y a également nécessité absolue à former les agents intervenants auprès des personnes concernées de l’idéologie et de l’univers de sens qui les animent. Nous pouvons nous inspirer également des programmes à destination de nos soldats sur la gestion du stress post-traumatique. Nous savons aujourd’hui que même nos soldats, lorsqu’ils ont été en zone de guerre, ont nécessité d’une prise en charge de sorte qu’ils ne rentrent pas chez eux sans avoir évacué leurs traumatismes. Nous pouvons conclure donc que l’articulation de la déradicalisation doit se faire sur a. la connaissance de l’idéologie et de l’univers de sens des sujets concernés, b. l’évitement du regroupement de ce type de profils, c. l’application du retour d’expérience de la gestion du stress post-traumatique.

 
Commentaires

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  • Par OLYTTEUS - 23/03/2018 - 19:03 - Signaler un abus Je suis très contente de lire

    Je suis très contente de lire les propos d'un déradicalisé qui me paraissent très justes ; une remarque: la liberté de conscience est habituelle dans la religion chrétienne et l'Occident,modelé par cette religion; pas dans la religion musulmane : on est soumis à Dieu. Quand M. PIVOT dit que ceux qui lisent sont moins cons, voilà un itinéraire de vie rectifié en grande partie par cette lecture!!!!

  • Par MIMINE 95 - 24/03/2018 - 09:34 - Signaler un abus DAVID VALLAT

    a eu la chance de ne pas naitre dans l'une de ces familles musulmanes du style Merah qui vous programme le cerveau dans la haine de l'autre et de l'esprit critique dès le berceau. C'est sans doute là, le point le plus important de sa capacité à se remettre en cause. C'est pour cela aussi que j'ai une immense admiration pour Abdelghani Merah. Il y en a bien d'autres comme Abdelghani en France mais croyez moi, le chemin qu'ils empruntent est particulièrement périlleux et difficile. Il ne faut pas qu'ils attendent de la protection du coté de l'état, Mohamed Louizi en connaît un rayon sur le sujet, lui qui subi un véritable harcèlement judiciaire de la part "frérots musul" de la région Lilloise. Ces frérot dont M aubry fut si proche à une certaine époque, et que d'autres politiques de droite comme de gauche continuent à brosser dans le sens du poil car : " le vote, comme le pognon, n'a pas d'odeur ".

  • Par wanda60 - 24/03/2018 - 09:37 - Signaler un abus menaces

    Nous n'avons pas besoin de mecs comme ça, qui font leur métier de l'assassinat de leurs compatriotes et qui, quand les carottes sont cuites, mutent opportunément vers un autre business, on monte une université et on cache sa radicalité musulmane derrière une façade de repentance. Ce qu'il nous faux, le reste ayant échoué, ce sont des soldats entrainés et soutenus par des politiques sans courage, qui jusqu'ici ne sont bons qu'a s'empiffrer sur notre dos. personnes sont mortes hier pas leur faute.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 24/03/2018 - 12:10 - Signaler un abus Faire confiance à un

    Faire confiance à un déradicalisé est faire confiance à un...."Traitre un jour, traître toujours !", la rédemption n'existe que dans l'esprit des "catho-gogos" qui le veulent tellement, qu'ils finissent par y croire, alors rien à foutre qu'ils se radicalisent un peu plus en prison du moment qu'ils sont définitivement hors d'état de nuire....Poutine ne s'y trompe pas, il punit les traitres ou qu'ils soient......Ca laisse un petit espoir sur la nature humaine.

  • Par REVERJOVIAL - 24/03/2018 - 12:26 - Signaler un abus l'islam et synonyme de régression dans tout les domaines

    La pratique de l'islam est malheureusement dans la plupart des pays ou elle est religion d'état en contradiction avec la liberté , la tolérance et le progrès. l'Islam n'a rien produit en découverte scientifique importante depuis le moyen âge contrairement à l'Occident, et sans le pétrole tout ces pays seraient d'une pauvreté abyssale. Le musulman de base qui choisit en masse l'Europe pour y vivre est tellement aliéné par sa religion qu'il est incapable de se poser les raisons de sa misère, de la violence, de la décadence de sa culture, et au contraire alimente sa jalousie et sa haine contre nous par le complotisme, avec la complicité d'une partie de la gauche.

  • Par kelenborn - 24/03/2018 - 16:52 - Signaler un abus BON

    Ce type est honnête ( du moins je le pense) intelligent, plus que certains qui écrivent ici en tout cas. J'ai du attendre la troisième page mais c'est venu:il ne faut pas céder au discours terroriste sur l'islamophobie , même si cela devait conduire à dire que la rhétorique d'un islam pacifique n'est que pipeau. Reverjovial a raison: l'Islam n'a rien produit d'intelligent! Il y a eu un terrorisme d'extrème gauche (Action directe , Bande à Bader ) il s'est éteint avec la mort du marxisme qui ne survit que dans des cervelles imbéciles comme celle de Poutou ou de Leroy Crassepoutine. Si le coeur du terrorisme ( Iran, Arabie...) s'effondre, le reste disparaitra. Le plus grand danger et le plus grand scandale est aujourd'hui constitué par les Plenel, De Haas, Boniface , Joffrin Mouchard et cie qui sont à l'islamisme ce qu'étaient Déat, Laval ou Violette Morris au nazisme! C'est là que les coups doivent être portés!

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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