Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 23 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Comment les Frères Musulmans ont fait de l'Afghanistan le terrain de jeu du djihadisme moderne

Alors que l’Afghanistan s’enlise dans le fanatisme et la guerre avec le retour en cours des Talibans, alors que le soutien historique des Talibans, le Pakistan, pays qui possède la bombe atomique, est de plus en plus l’otage des fanatiques religieux et poursuit sa politique de soutien à de nombreux mouvements islamo-terroristes dans le monde, dont le Cachemire et l’Afghanistan, il est intéressant de faire un point sur ce qu’on appelle la zone « AF-PAK » (Afghanistan-Pakistan), en donnant la parole à Emmanuel Razavi, Grand reporter spécialiste du Moyen-Orient et de l’organisation des Frères Musulmans, qui vient de signer un nouveau roman géopolitique, « Matin Afghan » (éditions du Menhir), inspiré de faits réels, qui revient, à travers sur l’intervention de la coalition en Afghanistan après 2001.

Géopolitico-scanner

Publié le
Comment les Frères Musulmans ont fait de l'Afghanistan le terrain de jeu du djihadisme moderne

Alexandre Del Valle : Est-ce pertinent de faire le lien entre les deux pays, l’Afghanistan prisonnier des terribles Talibans, qui contrôlent toute la zone « pachtoune », et le grand frère pakistanais et voisin, lui-même peuplé en partie de Pachtoune qui sont très proches de leurs frères afghans-talibans comme eux ? 

Emmanuel Razavi : En fait le Pakistan entretient une relation toujours très ambigüe avec les Talibans : l’Etat pakistanais n’a jamais mis un terme à sa relation avec les Talibans, dont il est pourtant par ailleurs victime de façon récurrente… Il y a une semaine seulement, à Peshawar, les Talibans ont ainsi attaqué une fois de plus une école, ce qui a entraîné la mort d’une dizaine d’enfants. Des actes comme celui-ci sont hélas fréquents, mais ce pays les analyse de facto comme des dommages collatéraux et joue de fait un joue dangereux, puisqu’il tolère et parfois protège des groupes terroristes de ce type par essence incontrôlables.

Le Pakistan, à l’instar de certains pays du Golfe dont j’ai parlé dans d’autres ouvrages et dans vos colonnes, a donc une attitude géopolitique que l’on peut qualifier de schizophrénique, attitude attestée notamment par le fait qu’islamabad laisse essaimer sur son territoire les Talibans depuis des décennies. Cet Etat, et en particulier une branche de ses services secrets militaires, l’ISI, qui avait inauguré la politique du soutien aux jihadistes sous la guerre froide en Afghanistan face aux Russes, continue aujourd’hui de soutenir une partie des Talibans en Afghanistan. Je dis bien une partie, car les Talibans sont divisés en deux mouvances aux stratégies divergentes : la mouvance qui a une « vocation » plus territorialiste (afghane), opposée au Pakistan, et la seconde tendance, plus pro-pakistanaise, liée à certains pans de l’armée pakistanaise qui considère l’Afghanistan comme sa chasse gardée. La porosité entre les zones « pachtounes » (nom de l’ethnie installée des deux côtés de la frontière), la zone afghane et la zone pakistanaise, est donc bien rélle, car les Talibans, qui sont en majorité issus de l’ethnie pachtoune, considèrent que la frontière entre les deux pays (qui coupe leur ethnie) est artificielle. Ceci rappelle la logique de Daesh, à ceci près que les Talibans veulent édifier non pas un califat mondial mais à l’échelle régionale, leur but étant le contrôle de la zone « afghano-pachtoune » dont la frontière interne qui coupe les deux pays n’est pas reconnue. Il est donc très clair que ces 30 dernières années, le Pakistan a tout fait pour déstabiliser l’Afghanistan, ce que les Américains savent très bien, et nous aussi ! Nous avons parfois de drôles d’alliés dans la lutte contre le terrorisme auquel souscrit officiellement le Pakistan…Il est vrai que les Pakistanais ont toujours vu l’Afghanistan comme base-arrière et une profondeur stratégique face à l’Inde dans le cadre d’une guerre avec ce voisin honni, ennemi suprême, contre lequel trois guerres ont été livrées et perdues : l’Inde. Rappelons que, d’un point de vue stratégique et tactique, la région afghane montagneuse a toujours été un bourbier pour toute armée étrangère, ceci depuis l’armée britannique des Indes, et l’armée pakistanaise a toujours voulu en tirer profit et la contrôler.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

Voir la bio en entier

Emmanuel Razavi

Diplômé de Sciences politiques, Emmanuel Razavi est grand reporter. Spécialiste du golfe persique, il a notamment collaboré avec Planète, Arte, M6, France 24, Valeurs Actuelles, le Figaro Magazine, le Spectacle du Monde et Paris Match. Il est auteur de plusieurs essais et  documentaires sur le Proche et le Moyen-Orient.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€