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De l’ardente nécessité de défendre l’art de (bien) porter la cravate… (partie 2)

Hugo Jacomet, blogueur star de l'élégance parisienne, s'est penché sur les éléments de style masculins. Cette semaine, deuxième épisode sur la cravate.

Atlantico chic

Publié le - Mis à jour le 8 Décembre 2011
De l’ardente nécessité de défendre l’art de (bien) porter la cravate… (partie 2)

Les meilleures cravates sont fabriquées en soie. Crédit Marinella

Gentlemen,

Nous continuons donc notre série sur l’art de porter la cravate avec, aujourd’hui, un article sur quelques fondamentaux à connaître sur le sujet. Certains passages de cet article étant inspirés du Livre « The Suit » paru aux éditions Collins, nous avons laissé entre parenthèses certains termes techniques qui sont bien plus précis en anglais qu’en français.

Savoir choisir une cravate de qualité et, plus important, savoir la coordonner avec vos chemises et vos vestes, demande de connaître quelques fondamentaux concernant cet objet en apparence "anodin", mais au final, assez sophistiqué et complexe. Voici donc quelques principes-clés à comprendre et à maîtriser.

Les meilleures cravates sont entièrement fabriquées en soie, car la soie est une matière plus résistante, plus brillante et plus flexible que les autres matières. Toutefois, les cravates en laine et/ou en cachemire se marient fort bien avec les flanelles et les tweeds en hiver. Même chose pour les cravates en lin, celles en mélange lin/soie ou celles en popeline Irlandaise (mélange de soie et de laine) qui fonctionnent à merveille en été.

Aucune autre matière ne produira de vraies belles cravates.

En ce qui concerne la doublure, la laine est un "must" car non seulement elle permet la réalisation de jolis nœuds, mais en outre, elle permet à la cravate de retrouver sa forme originale après avoir dénoué son nœud simple (« Four in Hand ») ou son Windsor.

Les bonnes cravates sont réalisées à la main, et si nous parlons de vraies belles cravates, ce point est non négociable. Ainsi, une cravate faite-main n'est jamais rigide ni inerte, comme les "cravates" faites à la machine, mais reste à l'inverse toujours fluide et souple.

Si toutefois l'intégralité de la cravate n'est pas réalisée à la main, il est fondamental qu'au moins le pli de la partie intérieure soit fermé, à ses deux extrémités, par un point d'arrêt fait main et que la colonne vertébrale  soit cousue à la main avec une "maille coulée" ("slip stitch") qui est un fil un peu "lâche" qui, tout en maintenant la cravate, lui laisse un peu de liberté de mouvement, lui permet d'être fluide et de revenir aisément à sa forme normale lorsque le noeud est défait. C'est un point très important à retenir et très facile à repérer : si, sur l'envers, les deux parties de la colonne vertébrale sont cousues de manière très serrée, il s'agit d'une cravate de pauvre qualité faite à la machine. En revanche si cette couture vous semble un peu "lâche", cela indique une couture faite main et donc une cravate de tradition réalisée dans les règles de l'art.

La face intérieure de chaque extrémité ("tipping") doit être de la même matière que la cravate elle-même. Sur les cravates (très) haut de gamme, ces faces ne sont pas du tout recouvertes car la cravate est réalisée intégralement à partir d'un carré de soie plié sept fois, sans doublure ni triplure afin que ce soit la soie elle-même qui confère l'épaisseur à l'objet.

Crédit Marinella

La plupart des cravates étaient réalisées de cette manière par le passé, mais l'effet conjugué de la hausse du prix de la soie et de la disparition progressive des artisans maîtrisant ce savoir-faire, ont fait considérablement monté le tarif de ces cravates de grande tradition.

Les cravates de bonne qualité mais plus "communes" sont les cravates appelées les "double-quatre plis" ("double four folds"), dont l'apparence globale se rapproche des sept plis à la différence notable qu'elles utilisent moins de soie, qu'elles sont doublées et que ses extrémités sont recouvertes.

Bien évidemment, ces raffinements sont uniquement psychologiques, car seul celui qui portera la cravate sera en capacité de voir ces différences et encore, s'il prend le soin de retourner l'objet et de l'ouvrir avec délicatesse.

En ce qui concerne la largeur des cravates, la "mode" nous explique que cela change très souvent comme si les standards de l'élégance variaient d'une année sur l'autre. Ce qui n'est, bien entendu, pas vrai.

La largeur d'une cravate anglaise traditionnelle est de 3 pouces 1/4 (8,2 cm), ce qui est, selon nous, la largeur minimum d'une cravate classique. Les italiens, de leur côté, ont toujours préféré les cravates plus larges et leur exubérance notoire, mais assumée, les a souvent conduits à l'excès sur le sujet. Et bien que leurs cravates soient parmi les plus belles du monde (Marinella en tête), faites attention à ce que celles-ci n'excèdent pas 4 pouces (10,2cm), ce qui constitue la limite supérieure de l'objet.

Quand il s'agit de choisir quelle cravate porter avec quelle chemise ou quelle veste, deux points majeurs doivent être pris en considération : la couleur et le niveau de formalisme. En ce qui concerne le premier point (la couleur), la couleur prédominante de votre cravate devrait refléter une couleur présente dans votre chemise ou votre veste ou bien être complémentaire aux deux comme par exemple une cravate jaune portée avec un blazer bleu et une chemise bleue et blanche.

Si votre cravate présente deux ou plusieurs couleurs dominantes de densité égale, alors au moins l'une d'entre elles devra refléter une couleur présente sur votre chemise ou votre veste, et les autres ne devront pas "agresser" les couleurs de ces dernières. Si toutefois les couleurs de votre cravate sont toutes différentes de celles de votre chemise ou de votre veste, TOUTES les couleurs de votre cravate doivent être complémentaires avec celles de votre chemise et de votre veste.

Les cravates présentant 3 couleurs ou plus donnent la quintessence de leur effet uniquement lorsqu'elles sont entourées de vêtements aux tons particulièrement discrets. La combinaison de cravates multicolores avec des chemises et des vestes elles mêmes multicolores peut être vite désastreuse, criarde et vulgaire. Toutefois, ceux qui possèdent une expérience pointue des sujets sartoriaux ont montré que cela était possible  avec une maîtrise parfaite de l'harmonie potentielle des couleurs : quelles couleurs peuvent fonctionner avec quelles couleurs et quelles couleurs "abîment" et "agressent" quelles couleurs. ? Ce savoir, très précieux, est un "mix" d'expérience personnelle et de connaissances sartoriales.

Les hommes expérimentés peuvent également faire varier la couleur de leurs cravates à la faveur des changements de saisons : des couleurs brillantes et vibrantes au printemps et en été, et des couleurs plus douces avec des tons foncés en automne et en hiver.

Le niveau de formalisme nécessaire aux différentes occasions entre également en ligne de compte, dans le choix d'une cravate, car les cravates sombres sont généralement plus formelles que les cravates plus claires. Et quelle que soit son type, la cravate en soie est toujours plus formelle que celles fabriquées en lin, en laine ou en cachemire.

Les cravates en tricot avec un bas droit sont les moins formelles de toutes et s'harmonisent très bien avec des cols "button-down" et des vestes sport voire des costumes informels en tweed

Les cravates Club, avec des petites insignes sur fond uni, sont les suivantes sur l'échelle du formalisme. Si les insignes sur la cravate représentent un club spécifique ou une école dont vous n'avez jamais fait partie, vous ne devriez pas porter cette dernière.

Ceci étant, de nombreuses cravates club proposent des images d'animaux, d'équipements sportifs et d'autres choses assez fantasques. Les cravates "Adam Smith", omniprésentes chez les idéologues conservateurs, en sont le meilleur exemple.

Crédit : Adams Smith Ties : la cravate des conservateurs américains est uniquement produite par "The Leadership Institue", institut qui forme les élites conservatrices aux USA

Les cravates rayées sont, de prime abord, plutôt informelles, mais tout dépend de la façon dont elles sont portées et de leur couleur, car elles peuvent également atteindre un niveau de formalisme réel.

Très versatiles, et se mariant à merveille avec les chemises à carreaux, les cravates à rayures devraient faire partie de toutes les garde-robes masculines. En effet, ce petit objet en apparence anodin possède deux propriétés très spectaculaires : celle de rétrécir les visages trop larges et celle "d'affuter" les visages trop doux.

Nées en Angleterre en tant que symbole d'appartenance à tel ou tel régiment militaire, ou à telle ou telle école, il existe autant de modèles de cravate à rayures que de régiments ou d'écoles, sans compter les nombreux modèles n'ayant aucune connexion avec ces institutions puisqu'elles sont plus simplement sorties de l'imagination d'un designer.

Les Anglais considèrent comme un outrage le fait de porter la cravate d'une institution dont vous n'avez jamais fait partie. Cela les mets même (légitimement selon nous) en colère. Nous vous déconseillons donc formellement de porter de telles cravates outre-manche.

Aux Etats-Unis, en revanche, personne ne s'émeut de la "violation" de ces traditions au demeurant très peu connues outre-atlantique. Le mieux, ceci dit, est de porter les versions Italiennes des cravates rayées qui, non seulement, ne correspondent à aucun régiment ni aucune école, mais en outre apportent une créativité dans le tissage des rayures en faisant varier l'intensité du tissage de ces dernières du bas vers le haut. A l'inverse les rayures anglaises sont uniformes (dans tous les sens du terme !) et réalisées avec du Reps de soie.

Traditionnellement, les rayures doivent descendre de la gauche vers la droite (du point de vue de celui qui porte la cravate). Certains prétendent que c'est pour s'harmoniser avec la façon dont les vestes sont boutonnées (la gauche par dessus la droite), une pratique issue de l'utilisation d'épées pour les gentlemen : en effet la grande majorité des hommes de l'époque étant droitiers (naturellement ou de manière forcée), ils portaient leur épée sur la hanche gauche ce qui impliquait que les boutons de leur vestes soient à droite.

Quand la maison Brook Brothers lança ses "Repp Ties" aux Etats-Unis, elle fit donc exprès de proposer des cravates dont les rayures étaient inversées (donc de la droite vers la gauche) de façon à se distinguer des cravates de régiments anglais !

Crédit : Brooks Brothers

Mais pour notre part, nous préférerons nettement le "mode" original, car considérant que les poches poitrines des hommes sont toujours positionnées à gauche et que chaque homme bien mis y insère toujours une pochette, les rayures de la cravate qui descendent de la gauche vers les droite forment une ligne très propre que les yeux peuvent appréhender aisément, alors que dans le cas contraire, les rayures qui descendent de la droite vers la gauche créent un creux ou une dépression.

A suivre,

Cheers, HUGO

 

 
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Hugo Jacomet

Fondateur et éditeur de "Parisian Gentleman", Hugo Jacomet est une plume reconnue dans le domaine du style masculin.

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