Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 26 Avril 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Le coup de fourchette : cap sur Belle-île, cornes de bouc !

Retrouvez cette semaine, comme chaque dernier mercredi du mois, la chronique culinaire du journal mensuel Service Littéraire. Les restaurants "Castel Clara", "La Désirade", "Café de la Cale" et "Roz Avel" sont passés au grill.

Atlantico Lettres

Publié le
Le coup de fourchette : cap sur Belle-île, cornes de bouc !

Des menus de 60 à 120 euros. Crédit Pixabay

Pour ne rien vous cacher, je me suis souvent calé le tambour avec des sardines et maquereaux griffés la Belle-Iloise, sans savoir d’où ça venait. Ignare que je suis, je n’avais jamais fait le rapprochement avec Belle-Île, au large de Quiberon, où Hergé repéra l’Île noire, où Dumas fit mourir Porthos, où Vauban fortifia Le Palais, où les abeilles noires font un miel du tonnerre. Je ne connaissais que la chanson de Laurent Voulzy, “Belle-Île en mer, Marie-galante…”, reprise en chœur à l’époque par Françoise Verny, Yann Queffélec et le regretté Jean-François Josselin, sous l’emprise de boissons qui tabassent, au bord de la piscine du Castel Clara, un hôtel de rêve, palace super laubiche, repaire de quelques flibustiers du flux dardant, où l’on retapisse parfois maître Kiejman, Pierre Nora et Anne Sinclair, et où les tarifs du séjour vous font croire que les socialos, toujours fidèles à Incompétent 1er, roi des loquedus, n’ont pas d’écueil dans leur larfeuil.

Le plumage, hélas, n’a rien du ramage. Question bectance, tout est chichiteux et trop cuit. En revanche, juste à côté, il y a la Désirade, où le daron répète sans cesse « c’est moi le propriétaire », mais où la cuistance slalome au loip entre les bouchons, la formule grain de sel et un homard qui ne m’a pas tué. C’est abondant, bien servi, avec des poissons cuits à la perfection, des gisquettes qui tortillent, des goguenots qui tintent (notamment le collioure), un service force quatre qui vous enthousiasme le Tabarly. Naturlich, le jus d’échalas n’est pas la spécialité du Morbihan, mais dans une région sans vitriol, on se soigne le pape avec des blancos aptes à vous endimancher le coco, poussant la convivialité jusqu’à se ramasser une pistache.

Au loinqué, dans le jojo petit port de Sauzon, on se remplit l’estogom avec le cœur dans les étoiles, au Café de la Cale, où les Gillardeau (pourtant pas du coin), le crabe farci de Barbe-Rouge (Cornes de bouc !), le tartare de lieu (pas commun) et l’exceptionnelle sole meunière, vous permettent de reluquer les mokos qui se poivrent devant les catas, la banane jusqu’aux tongs. La terrine de traviole, on songe alors à la divine jument Sarah Bernardt, installée dans le petit fort militaire des Poulains, où les drisses gambillent la mazurka, qui passait des fricassées à ses amis en évoquant les îles Sandwich, et qui, bonissait-elle, « se repose en se fatiguant ». Les mouettes, là-bas, dans une déco d’émeraude et de falaises immémoriales, viennent vous becter dans la pogne. Gaston Lagaffe serait aux oignes.

Aux oignes, on y est dur de dur au Roz Avel, toujours à Sauzon, déco frégate, dans une venelle qui grimpe, avec figuiers et roses trémières. Imaginez le petit restau strapontin, à la bonne franquette, sans mandoline, qui vous rappelle que les épices s’entichent obligado des produits de la mer. Par tous les diables de l’enfer, comme disait Barbe-Rouge, c’est l’éclatade du gazomètre, du quinquet et des bonbons ! Comme dans la Madelon, les serveuses sont jeunes et jolies, prêtes à vous tirer la langue (au foie gras) et à vous flatter la raie (aux câpres). Le turbot fanfaronne de l’arête dans un délice de légumes croquants à souhait, et l’Aubance, moëlleux de la Loire, vous déculotte les fortifs avec un petit goût de vendanges tardives pas piqué des tututes. C’est diablement inventif et sage à la fois. La penseuse et le trou à soupe sont à la festaga, biffant le souvenir douloureux de ces émigrés débarqués à Quiberon en 1795, cons comme la lune, étrillés par Hoche près de Penthièvre, fusillés en prime. Moralité, chers insulaires, évitez de vous secouer la poêle à marrons avec des malfaisants de n’importe quelle pilosité ! J.M.

Castel Clara, Bangor, 02 97 31 84 21. Carte : 120 €.

La Désirade, Bangor, O2 97 31 70. Carte : 80 €.

Café de la Cale, Sauzon, 02 97 31 65 74. Carte : 60 €.

Roz Avel, Sauzon, 02 97 31 61 48. Carte : 70 €.

Source : Service Littéraire, le journal des écrivains fait par des écrivains. Le mensuel fondé par François Cérésa décortique sans langue de bois l'actualité romanesque avec de prestigieux collaborateurs comme Jean Tulard, Christian Millau, Philippe Bilger, Éric Neuhoff, Frédéric Vitoux, Serge Lentz, François Bott, Bernard Morlino, Annick Geille, Emmanuelle de Boysson, Alain Malraux, Philippe Lacoche, Arnaud Le Guern, Stéphanie des Horts, etc . Pour vous y abonner, cliquez sur ce lien.

Service Littéraire. Le mensuel de l'activité romanesque

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jules Magret

Jules Magret écrit pour Servicelitteraire.fr.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€