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Pollution à tous les étages : des déchets humains découverts au plus profond des océans

Des scientifiques de l'université d'Aberdeen en Ecosse ont étudié le niveau de pollution dans l'océan Pacifique au niveau de fosse des Mariannes, située à une profondeur de 10 000 mètres. Les taux de PCB et de PBDE, deux agents chimiques très polluants, qui y ont été découverts, sont à des niveaux sous-estimés jusqu'à présent.

Atlantico Green

Publié le - Mis à jour le 20 Février 2017
Pollution à tous les étages : des déchets humains découverts au plus profond des océans

Atlantico : Une étude réalisée par des chercheurs de l'Université d'Aberdeen et publiée par la revue Nature Ecology and Evolution montre que les fonds marins sont touchés par des pollutions dues à des produits chimiques. Les chercheurs se sont concentrés sur les PCB et les PBDE. Les agents polluants ont été découverts au niveau de la fosse des Mariannes, dans la partie Ouest de l'océan Pacifique, à 10 000 mètres de profondeur. Comment expliquer la présence de ces polluants dans l'océan Pacifique alors que leur usage est réglementé depuis les années 1970 par les Etats-Unis ? Quel peut-être le lien entre les courants à la surface des océans et les fonds marins pour que ces agents se retrouvent si profondément immergés ?

Olivier Dufourneaud : Les processus de transport de ces produits chimiques, tels qu'évoqués par les chercheurs, restent assez méconnus. Il faut savoir que les petits animaux qui vivent à ces profondeurs-là ne se nourrissent que de déchets, de cadavres et d'excréments de ce qui vit à la surface de l'océan. Il y a une couche dans l'océan qui dépend de la photosynthèse, comme sur la terre ferme, avec une chaine alimentaire qui est basée là-dessus. A 10.000 mètres de profondeur, il fait nuit en permanence. De ce fait, il n'y a pas de photosynthèse. L'alimentation de ces tranchées-là, c'est ce qui va tomber de la surface, dont des polluants. Ces produits chimiques, en premier lieu, n'ont pas été jetés volontairement. Ils se sont retrouvés accrochés à la matière qui tombe depuis la surface. Ils ont été avalés et assimilés par les animaux de ces profondeurs. 

Ce qui est certain, c'est que nous avons affaire à des composés chimiques qui ont été créés par l'homme à des fins particulières, que ce soit pour faire de l'isolant, des transformateurs pour ce qui concerne les fameux PCB. Il s'agit de composés chimiques qui posent des problèmes similaires à celui de l'amiante. On découvre désormais des propriétés très intéressantes de produits chimiques que l'on est capable de synthétiser facilement. Ils ont une utilité pendant quelques dizaines d'années et les chercheurs finissent par découvrir qu'ils ont des effets néfastes pour la santé, et qu'ils sont extrêmement dommageable pour l'environnement. A ce moment-là, les entreprises arrêtent soudainement de les utiliser. C'est le cas pour ces produits comme les PCB qui ont été détectés dans l'océan. Les Etats-Unis ont arrêté de les utiliser il y a quelques décennies mais on découvre qu'ils ne se dégradent pas instantanément, ils restent toujours bien présent dans la nature, et notamment dans l'océan. Ils parviennent à voyager sur de très longues distances et ils arrivent dans des lieux improbables et inattendus à ces grandes profondeurs.

Ces produits chimiques ne se contentent pas de se déposer au sol. Ils rentrent et sont absorbés par les organismes animaux ou végétaux qui arrivent à les assimiler. L'ampleur de leur concentration est vraiment impressionnante. Le phénomène d'accumulation devra être compris. On est face à une accumulation qui a pris beaucoup de temps, qui ne s'est pas faite en quelques semaines. Cela fait des dizaines d'années que ces produits ont été synthétisés par l'homme, qu'ils naviguent de cours d'eau en rivières pour se retrouver au fond des océans. 

La pollution des océans est telle que ce que l'on appelle le sixième continent avec tout le plastique n'est qu'une partie de la pollution totale. Différents organismes de l'Onu ont réalisé des études à ce sujet. La masse de plastique qui flotte à la surface ne représente que de 10 à 15% de la pollution. Le reste de cette pollution se retrouve dans la colonne d'eau et dans les fonds marins. L'Ifremer a réalisé des vidéos avec des sous-marins et des robots à plusieurs milliers de mètres de profondeur et à des dizaines de kilomètres des côtes. Les petits bouts de plastique et les autres déchets sont visibles. Ils s'accumulent au fond. Tous les océans les accumulent. C'est l'un des aspects du problème de la pollution. L'autre problème, ce sont les particules invisibles. Les micro-débris de plastique et les polluants chimiques font l'objet d'un nombre d'études plus important. Ils sont beaucoup plus facilement ingérés par les poissons qui les prennent pour des petits planctons. Les polluants chimiques sont d'autant plus nombreux qu'ils sont transportés par les petits résidus de plastique où ils s'accrochent.  

Cette étude porte sur les produits chimiques comme les PCB. Cependant, quels sont les autres produits que l'on peut retrouver dans les océans ?

On a parlé de toutes les formes de plastiques et de polluants qui se baladent dans l'océan. Il y a un autre produit que l'on connaît, c'est le dioxyde de carbone. On en parle pour ses effets sur le climat. On le retrouve principalement dans l'atmosphère, mais il est également présent dans l'océan. Il est facilement absorbé par l'océan qui regroupe la moitié des émissions de gaz à effet de serre issues des activités humaines. L'océan s'acidifie progressivement. Cette acidification a été identifiée il y a moins de dix ans. Aujourd'hui, on en mesure les conséquences sur la façon dont les petits crustacés construisent leurs coquillages de calcaire. Les fondements de la pyramide alimentaire peuvent en être profondément impactés. 

Le dioxyde de carbone acidifie d'abord la surface des océans, mais petit à petit, il finit par réchauffer les profondeurs des océans. Ce qui peut paraître étrange, c'est que l'on est vraiment sur un phénomène planétaire. Les endroits extrêmement reculés, comme les pôles, finissent par être impactés. Ils se réchauffent plus vite que les zones tempérées. Ces endroits finalement très reculés, hors de toutes activités humaines, souffrent encore plus. Une voiture qui émet du CO2 en Europe ou aux Etats-Unis, et c'est l'Arctique ou les petites îles qui en sont impactés, en étant touchés par les cyclones et les tempêtes. Les effets négatifs de la pollution ne restent pas isolés au-dessus de nos têtes. 

Quelles pourraient-être les mesures concrètes à prendre par les gouvernements et les institutions pour réduire les risques d'augmentation de cette pollution, ou moins, la contrôler ?

C'est une question très difficile qui ne peut pas appeler de réponses simples. Il y a deux facteurs. Le premier, c'est de travailler à l'échelle mondiale. Un très beau succès a été le protocole de Montréal, qui a permis d'interdire certains gaz qui détruisaient la couche d'ozone. Depuis cet accord, on peut constater que la couche d'ozone est en train de se reconstituer progressivement. 

Il faut arriver, dans ce même ordre d'idées, à interdire à l'échelle de la planète les polluants les plus nocifs. Pour les émissions de gaz carbonique, il faut que les COP de l'ONU, comme celle de Paris en décembre 2015 ou celle de Marrakech plus récemment, arrivent à des accords et des mesures concrètes de réduction des émissions de gaz à effets de serre. Aucun pays ne peut échapper à cette pollution. 

Il faut enfin bien avoir en tête l'inertie de ces phénomènes-là. Ils seront présents pour très longtemps. Ces composés chimiques sont présent très longtemps dans les océans et dans l'atmosphère. Les efforts que l'on fait aujourd'hui auront un impact dans le siècle à venir. C'est de l'anticipation. Il faut de la précaution pour éviter d'aggraver cette pollution qui est bien avancée. Il faut faire attention à la nocivité de nos produits chimiques, de nos activités qui auront des conséquences à long terme. Mais cela demande un effort mondial.  

 
Commentaires

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  • Par belette - 19/02/2017 - 17:28 - Signaler un abus encore un marchand de peur

    Ce scientifique a sûrement raison pour certaines choses... Mais il en rajoute sans doute un peu. Il parle du dioxyde de carbone comme un poison horrible. Bon, en français, c'est du gaz carbonique. Sans gaz carbonique, les plantes meurent et nous aussi. Certes il n'en faut pas trop. Mais il en faut aussi. Alors, ne pas le dire franchement, cela fait... douter du reste.

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Olivier Dufourneaud

Ingénieur passionné du monde sous-marin, Olivier Dufourneaud a commencé sa carrière dans le domaine de l’aménagement du territoire et des infrastructures de transports, intégrant le développement durable au cœur des projets, avant de rejoindre l’Institut océanographique comme Directeur de la politique des océans. Dans le cadre de la médiation que propose l’Institut océanographique entre scientifiques, entreprises et décideurs, il aime questionner la possible cohabitation entre activités humaines et milieu naturel, et les conditions d’une vraie pratique durable des océans.

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