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La Chine en pleine conversion écologique

Plusieurs personnalités de haut niveau du gouvernement chinois étaient présentes à la 10ème édition de l’EcoForum de Guiyang, en Chine, dans ce qui s'apparente à une volonté du pays de prendre le leadership de la transition énergétique abandonné par les Etats-Unis.

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La Chine en pleine conversion écologique

 Crédit FRED DUFOUR / AFP

Détentrice du triste record de premier pays émetteur de C02 au monde, derrière l’Amérique, la Chine semble désormais bien déterminée à reprendre le flambeau de la lutte contre le changement climatique abandonnée par le Président américain Donald Trump, qui annonçait, il y a déjà un an, la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, pourtant signés par l’ensemble des pays du monde. Scrutée par une communauté internationale qui pourrait enfin reprendre un peu espoir,malgré une accélération bien plus rapide que prévue du changement climatique (expliquant que le phénomène est de plus en plus évoqué comme « urgence climatique »), la Chine, qui compte plus d’habitants que l’Europe et les États Unis réunis, pourrait, en effet, déployer un plan d’action à la hauteur de ses nouvelles ambitions, affichées haut et fort, de rendre la « Chine plus belle » et d’accélérer son projet d’ « Eco-Civilisation», réaffirmé le 18 Octobre dernier lors du XIXème Congrès du Parti Communiste Chinois[1].

Cette ambition prend des allures de véritable défique hauts dirigeants et principaux décideurs chinois paraissent prêts à relever et qui s’est traduit par une charte visant à respecter les plus hauts standards internationaux en matière d’écologie. On revient de loin… car la Chine a été longtemps pointée du doigt comme destructricede l’environnement. C’est aussi bien sûr le cas des entreprises chinoises,qui souffraient d’une mauvaise image surtout dans les pays africains,du fait de leurs pratiques destructrices de l’environnement largement dénoncées. Aujourd’hui, incitées à un repositionnement,elles semblent avoir déjà commencé à intégrer qu’un engagement en matière de respect de l’environnement pourrait contribuer à redorer leur blason, d’une part, mais aussi et surtout se convertir en un élément d’accroissement de leur compétitivité, d’autre part. Cette évolution qui préfigure une nouvelle approche économique et de responsabilité sociétale des entreprises chinoises, n’est qu’une des illustrations d’une ambition politique beaucoup plus large qui vise à reconquérir une population excédée, au cours des dernières années, par des niveaux de pollution devenus insupportables, mais aussi à se lancer à la conquête de marchés internationaux avec des gigantesques projets de développement en perspective.

C’est aussi certainement la conséquence d’une opportunité politique pour occuper le siège laissé vacant par le Président des États-Unis, qui s’était déclaré « très fier » de sa décision de quitter les Accords de Paris avant de venir titiller par ses mesures protectionnistes le « made in China », mais aussi d’une véritable sensibilité du Président chinois Xi Jinping qui défend l’idée d’Eco-Civilisation (« EC ») comme une « synthèse de l’économie humaine et de la préservation de l’humanité »… le tout « à la chinoise » c’est-à-dire à marche forcée pour un déploiement qui sera sans doute d’une redoutable efficacité, car une « belle Chine » le vaut bien.

C’est dans ce contexte économico-politique que s’est tenu, il y a, à peine quelques jours, du 6 au 8 juillet dernier, l’Eco-Forum Global Annual Conference Guiyang 2018, avec un thème évocateur : « Embrasser la nouvelle ère de l’Eco-civilisation : le développement vert avec une haute priorité pour l’Écologie »

Michele Sabban (R20) et Myriam Maestroni (E5T) devant l’entrée du Palais des Congrès de Guiyang

Cette Conférence annuelle qui fêtait sa 10ème édition, avait lieu à Guiyang, capitale de la province de Guizhou. Le Guizhou est une province du Sud-Ouest de la Chine, à environ 3h de vol de Pékin ou Shanghai, réputée pour la présence de nombreux villages pittoresques, la variété de ses paysages et surtout un patchwork de 18 minorités ethniques aux coutumes ancestrales et au mode de vie traditionnel qui représentent encore un tiers de la population.

En ouverture de ce Forum les autorités avaient choisi de mettre à l’honneur l’ethnie Dong, dont le grand chant figure depuis 2009 au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité.

Cette année, le forum, hissé depuis 5 ans au rang d’événement national, et qui accueillait plusieurs centaines de personnes, dont des personnalités chinoises et internationales de premier rang, prenait des allures d’événement à ne pas rater…  En effet, au cœur d’une région souvent qualifiée de « Suisse chinoise », avec des lieux sublimes comme les chutes de Huangguoshu, les Grottes du Dragon, les grottes de Zhijin ou encore les Monts Danxia, dont certains classés au patrimoine naturel de l’humanité, et plus de 50% de surface boisée, Guiyang a su capitaliser sur sa longueur d’avance en matière d’écologie.

Confortée par un taux de croissance légèrement supérieur à la moyenne chinoise sur les cinq dernières années, cette province a su s’imposer et devenir une vitrine permettant de démontrer qu’il y a moyen de concilier écologie, innovation et croissance… En cela elle constitue donc aussi une parfaite illustration que le pari, au cœur de la nouvelle dynamique éco-politique, lancée par le Président chinois Xi Jinping, en Octobre dernier, lors du 19ème Congrès du Parti, peut se relever. Ce même pari qui s’impose désormais à tout le peuple chinois sous ce terme d’Eco-civilisation (« EC »), vient d’ailleurs d’être inscrit, dans la Constitution chinoise (dans le cadre d’une révision constitutionnelle approuvée, en mars 2018 par l’Assemblée Populaire Nationale, par 2958 voix « pour », deux « contre » et trois abstentions, actant la pensée du Président). On peut difficilement rêver d’un cadre politique plus porteur pour imposer la stratégie définissant la feuille de route jusqu’en 2030et ainsi déployer la mise en œuvre des Accords de Paris.

Visant à renforcer le message du Président, le Forum a été lancé par Madame Sun Chunlan,en sa qualité de Vice-Présidente de la Chine et membre du Bureau Politique du Comité Central du CPC(et d’ailleurs l’une des deux seules femmes du Bureau composé de 25 membres).  Il revenait à cette dernière l’honneur de lancer la Conférence face à une salle gigantesque et totalement comble. Elle a d’abord, de façon très protocolaire, transmis un message du Président Xi Jinping, dont ressortait notamment l’idée que la « construction de la civilisation écologique et d’une belle Chine devaient faire partie du rêve chinois » et qu’aller vers la « nouvelle ère de l’EC » revenait à acter que « notre planète était unique et pouvait survivre sans l’homme, tandis que l’inverse n’était pas du tout vrai ». A cela s’ajoutait un autre parti pris clé pour cette « Eco-Civilisation»,à savoir l’intégration basée sur l’idée que « la protection de la nature doit aller de pair avec la croissance économique dans un esprit de protection de la nature », et qu’ « il y avait urgence à promouvoir le développement durable au niveau global ».

Madame Sun Chunlan, Vice-Présidente de la Chine et membre du Bureau Politique du Comité Central du CPC

Après avoir respectueusement porté le message du Président Xi Jinping, qui apportait son total soutien au Forum, la Vice-Présidente, poursuivit, en son nom en expliquant que « l’édification de l’EC concernait l’avenir de l’humanité et était partagé par tous les pays du monde », car il s’agissait de « promouvoir le développement durable au niveau global ». Elle n’hésita pas à rappeler que « l’Eco Forum de Guiyang, renforcé par l’écosystèmede la région, avait pour but de contribuer à marcher vers une nouvelle ère et en approfondissant la coopération afin de faire avancer la Chine ».A n’en pas douter, le nombre d’invités de tous horizons et de pays assistants ou intervenants venaient corroborer ce propos qui interpellait par sa détermination et son enthousiasme.

Parmi ceux-ci et pour n’en citer que quelques-uns, dont la simple présence ou témoignage semblaient venir soutenir cette nouvelle dynamique chinoise, figurait notamment Antonio Guttierrez, Secrétaire Général des Nations Unies qui affirma : « Le changement climatique avance plus vite que ce qui a été initialement prévu »[2].

En résonnance avec cette affirmation, invitant le monde et en l’occurrence la Chine, à accélérer, Olafur Ragnar Grimsson, l’ex-Président de l’Islande témoignait de son expérience des glaciers polaires qui, en fondant, provoquaient des dégâts climatiques extrêmes. Il rappelait que si un quart de ces glaciers fondait, le niveau de la mer monterait de 2 mètres et changerait la physionomie des côtes et des villes côtières dans le monde, et regrettait que les Accords de Paris aient semblé oublier que 70% de la surface de notre planète était composé d’eau, de mers et d’océans.Il ajouta que le monde devait commencer à « remercier la Chine pour le rôle de pilotage planétaire qu’elle joue, d’autant que jusque-là on n’avait pas l’habitude de la prendre en compte » et l’encourageait à « organiser un sommet mondial de la Civilisation Écologique », considérant qu’aujourd’hui c’était le « pays le mieux placé pour le faire et ainsi envoyer un message important au monde ».

D’Yves Leterme, ex-Premier Ministre du Royaume de Belgique à Hatoyama Yukio, ex-premier ministre du Japon -qui n’hésita pas à citer Mo Tzu, philosophe chinois, qui prônait que « Pratiquer la vertu d'humanité (ren), consistait à s'employer à promouvoir l'intérêt général et à supprimer ce qui nuit à l'intérêt général », en passant par Fatih Birol, nouveau président de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), on pouvait relever une certaine pointe d’optimisme face à la nouvelle vision et au rôle que la Chine semblait vouloir prendre en matière de lutte contre le changement climatique.

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 15/07/2018 - 11:07 - Signaler un abus Du réalisme

    En France l'écologie s'entoure de bons sentiments. On est allé chercher Hulot pour appuyer un peu plus cette idée qu'il faut sauver la planète, que le pet des vaches détruit l'ozone, que nous polluons, le réchauffement, etc, bref, la culpabilisation et tout le bla bla habituel des Cohn Bendit et des Duflot. En réalité les nouvelles techniques qui s'apparentent aux écolos, représentent sans doute le plus fort potentiel de développement économique des prochaines décennies, dans un capitalisme en mal de débouchés. Et ça, les chinois l'ont bien compris. 80 % des panneaux solaires sont déjà chinois. Plutôt que nous bassiner avec de la morale, il faut changer l'approche marketing, et promouvoir les nouvelles technologies de conception de l'habitat. On a toujours fait ça dans le commerce. Arrêtons avec notre hypocrisie franchouillard. Une maison passive c'est aussi utile que son smartphone. Et le smartphone n'est pas écolo.

  • Par vangog - 15/07/2018 - 13:50 - Signaler un abus Ça ne signifie rien « la transition écologiste »!

    C’est du verbiage très dépassé et très inutile. Impossible d’ingurgiter des articles aussi archaïsants...essayez de donner le clavier à des gens sérieux, pas des idéologues ringards!...

  • Par kelenborn - 22/07/2018 - 10:24 - Signaler un abus adorable

    Cette imbécile nous parle d'urgence climatique quand les merdias complices préfèrent parler de changement climatique ( vu les températures enregistrées cet hiver en Amérique et Sibérie). Faut vraiment s'appeler Atlantico pour accepter une pipe d'une telle greluche. Je conseille la lecture du petit dictionnaire anti écologie de H16 qui est bien connu ici pour ses articles foudroyants: on le trouve sur Amazon. Elle me fait penser, en moins dévastée, à une allumée qui sur Agorintox publie des articles que personne ne lit , ni surtout ne conteste car sinon elle censure et qui s'appelle Christelle Néant: ce gros tas pas gâté par la nature s'est inventé le suivi d'une guerre entre de bons russes et de méchants ukrainiens dans le Donbass! Comme la mère Maestroni on a droit à ses photos en treillis et casquée: ce doit être la Madelon de cette équipe de foireux. La c'est pareil: bien sûr que les chinois n'en ont rien à foutre de la sinistre farce climatique: c'est bon pour les gorets nourris par Foucart à l'ImMonde.Mais ils ont fait des investissements pour la vendre aux gogos: ils ont besoin d'allumées comme la mère Maestroni pour faire tourner le business

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Myriam Maestroni

Myriam Maestroni est présidente d'Economie d'Energie et de la Fondation E5T. Elle a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013), Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions). 

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