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L'apocalypse des abeilles moins grave que prévu ?

Certes les abeilles, domestiques ou non, sont aujourd’hui moins nombreuses. Mais, si ce déclin est inquiétant, c'est bien la disparition des insectes pollinisateurs qui serait une catastrophe naturelle.

Une histoire de buzz

Publié le - Mis à jour le 11 Août 2015
L'apocalypse des abeilles moins grave que prévu ?

Les fleurs et les insectes pollinisateurs ont évolué ensemble. L'un ne pourrait exister sans l'autre. Ils sont complètement liés. Crédit Reuters

Atlantico. La disparition des abeilles est souvent annoncée, pourtant le nombre de colonies d'abeilles domestiques est en progression notamment aux Etats-Unis. La tendance aurait-t-elle évolué depuis la prise de conscience de cette problématique ?

François Lasserre : Lorsque l'on parle de la disparition des abeilles, il s'agit du son de cloche du monde de l'apiculture. C'est donc l'effondrement d'une seule espèce d'insectes : l'abeille domestique. Effectivement, l'homme l'exploite depuis des millénaires, l'a aussi croisé et l'a rendue docile pour éviter de se faire piquer, ce qui est normal. Et puis, cet insecte va polliniser les champs sur lesquels on déverse des pesticides. C'est un indicateur qui nous dit "Attention, vous faites n'importe quoi en industrie et agronomie".

Mais, il ne s'agit que d'une espèce d'insectes. Tout ce que l'on entend sur les abeilles est totalement anthropocentré puisqu'il ne s'agit que des abeilles domestiques. Ces dernières ne sont en effet pas les seuls insectes pollinisateurs. Ainsi, il y a un cortège qui pollinisent les fruits et légumes. En France, sur mille espèces, il n'y a qu'une espèce d'abeilles domestiques et qui est élevée de manière artificielle et qui vit de façon extraordinaire en colonies. Ce sont ces abeilles qui produisent du miel. Les abeilles sauvages et solitaires sont meilleures pollinisatrices que les domestiques.

Dans cette famille d'insectes qui pollinisent et que l'on appelle les hyménoptères, il y a les guêpes, des cousines des abeilles. Certes elles politisent moins, mais elles participent tout de même à la pollinisation des carottes ou du fenouil qui ont des fleurs courtes. Une guêpe qui vient dans votre assiette chercher de la viande va nourrir ses enfants avec ce butin car ceux-ci sont carnivores. La guêpe en revanche mange du sucre, c'est la raison pour laquelle elle va sur les fleurs.

Parmi les insectes pollinisateurs, il y a aussi les mouches. Adultes, elles sont floricoles, c'est-à-dire qu'elles vont sur les fleurs et, par conséquent, elles pollinisent. Toutes les mouches, sous toutes leurs formes, sont d'excellentes pollinisatrices. Et elles sont tout de même 5000 en France. Les moustiques, les cousins participent eux aussi, de même que les punaises. Tous les papillons sont pollinisateurs. Ce cortège représente donc plusieurs milliers d'espèces. Si vous supprimer l'abeille domestique, c'est affreux parce que vous n'aurez plus de miel, de propolis et de cire, mais le reste de la biodiversité continuera à vivre.

Quelles sont les causes de ces phénomènes ? Tous les pays sont-ils touchés de la même manière ou les Etats-Unis restent un cas particulier ?

Il y a moins d'abeilles qu'avant c'est un fait, mais cela est dû à notre utilisation abusive de la nature. Ou que l'on aille, on n'offre pas la place au spontané, au sauvage, surtout en France. Dès que des champs ne sont pas cultivés, on parle de jachère, de friche, de terrain vague. Nous sommes dans un pays avec une mentalité très "jardin à la française", où dès que ça dépasse, on n'aime pas. En revanche, les insectes, la nature, les oiseaux, eux adorent le spontané. L'homme fait diminuer cette biodiversité et cette richesse.

Dans une prairie sauvage, il y a de nombreux nectars de variétés différentes. Les insectes, comme les hommes, s'ils mangent toujours la même chose, vont être en carence. Il leur faut une variété de propositions et d'offres de variétés de fleurs. Pour l'ensemble des insectes et de la faune, c'est primordial. Lorsque l'homme s'installe quelque part, c'est la politique de la terre brûlée. On rase tout et on recompose à notre image. On ne laisse jamais la place aux autres êtres vivants déjà installés.

Un champ de colza offert aux abeilles domestiques, mais sur lequel on déverse des pesticides et d'engrais chimiques, ces abeilles seront faibles et risquent de mourir. 

En résumé, pour la mort des abeilles, on parle de conséquences multifactorielles, c'est-à-dire de nombreux facteurs, qui, cumulés, empoisonnent les abeilles.

Si ces insectes venaient à disparaître, quelles seraient les conséquences ?

Si les pollinisateurs venaient à disparaître nous aurions une nourriture extrêmement pauvre puisque nous ne mangerions que les végétaux qui se reproduisent sans fleurs comme le blé, l'orge, les céréales. S'il n'y a plus de pollinisateurs demain, nous n'aurions plus de fruits issus de fleurs. Et des fruits issus de fleurs que nous mangeons tous les jours, mais aussi les concombres, les cornichons, les courgettes et les aubergines qui sont des fruits d'un point de vue botanique.

Les fleurs et les insectes pollinisateurs ont évolué ensemble. L'un ne pourrait exister sans l'autre. Ils sont complètement liés. Et une fleur est un organe sexuel dont la couleur, la forme et le goût servent à attirer les insectes.

Mais, les hommes ne seraient pas les seules victimes de cette disparition. En effet, prenons l'exemple d'une vache. Elle ne se nourrit que de foin et la luzerne par exemple est pollinisée. Un nombre également très élevé d'animaux mange des fruits comme des singes, des oiseaux, les renards, les ours, les fouines.

 

Quelles sont les solutions pour tenter d'endiguer la fin des abeilles ?

En France, on n'est très peu élevés à la biodiversité. Quand on devient dirigeant ou que l'on travaille dans l'agriculture, on n'a aucune idée de l'impact de l'homme sur la nature. Il faut vite remettre de l'environnement et de la sensibilisation à la nature dans l'éducation. En France, les sujets sont cloisonnés et, par conséquent, les gens ne sont pas touchés par les sujets qui ne semblent pas les concerner.

Chacun est acteur. En effet, nous mangeons tous matin, midi et soir, il suffit de choisir les aliments qui ont le moins d'impact négatifs sur l'environnement. Lorsque l'on achète des fruits et légumes, ils ont été visités par un insecte pollinisateur. Autant prendre celui qui a été le moins impactant pour les insectes pollinisateurs. Ainsi, lorsqu'on le peut, il est préférable d'acheter des fruits non traités par des pesticides.

Le bio peut agir sur la santé, certes, mais il a aussi un impact sur la santé de l'environnement. Il faut penser à tous les animaux qui sont passés dans le champ, les insectes ou le hérisson, où sont cultivés les fruits et légumes que vous achetez.

Chez soi, on peut aussi penser aux insectes qui viennent chez vous. Pour bien les accueillir, il suffit de leur proposer le gîte et le couvert. Evidemment, personne n'a envie d'être envahi par les insectes. En revanche, dans chaque jardin, il est préférable de laisser 10 à 20 % de l'espace totalement tranquille. Les animaux n'ont pas de frontières. Ainsi, les campagnols et les mulots pourront se balader. Les chenilles pourront s'installer et un papillon pourra donc s'envoler.

L'homme doit prendre conscience qu'il n'est pas le seul être vivant sur Terre.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 09/08/2015 - 09:39 - Signaler un abus Abeilles

    Voici un article bien de bon sens. Nous le savons depuis longtemps, ou devrions nous en souvenir:IL FAUT RAISON GARDER.

  • Par KAFADAROFF GERARD - 18/08/2015 - 11:55 - Signaler un abus Syndrome disparition abeilles

    Infos intéressantes mais il ne faudrait pas oublier que l'état sanitaire des ruches est souvent désastreux et là ce n'est pas un problème environnemental mais un problème de gestion des ruches par les apiculteurs

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François Lasserre

François Lasserre est auteur d'un ouvrage de vulgarisation sur les insectes, J'observe les insectesédité chez La Salamandre, et vice-président de l'Office pour les insectes et leur environnement. Il est également co-président de Graine Ile-de-France, un reseau de structures qui font de l'éducation à l'environnement.

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