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2048, la fin des sushis sauf à ce que nous changions radicalement nos modes de pêche

Selon une étude du WWF, si rien n'est fait pour contrecarrer le phénomène de la surpêche, d'ici 2048, tous les stocks de poissons pourraient s'effondrer. Un changement irréversible à moins de changer drastiquement l'exploitation que l'on fait de la faune océanique.

Atlantico Green

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2048, la fin des sushis sauf à ce que nous changions radicalement nos modes de pêche

Atlantico : Selon une étude du WWF, si rien n'est fait pour contrecarrer le phénomène de la surpêche, d'ici 2048, tous les stocks de poissons pourraient s'effondrer. Quelles seraient les conséquences de cette catastrophe écologique, mais aussi climatique, et comment cela se manifesterait dans notre quotidien ?  

Robert Calcagno : La disparition des poissons, ou en tout cas de certains poissons, n’est malheureusement pas le scénario d’un film catastrophe, mais une triste réalité ! La surpêche est un long processus qui s’est propagé à travers le monde. Le Prince Albert Ier de Monaco s’inquiétait déjà en 1921 des ravages des premiers chalutiers à vapeur le long des côtes européennes et craignait que des milliers de pêcheurs ne se retrouvent sans emploi. Daniel Pauly, l’un des plus grands spécialistes mondiaux des pêches, à qui nous avons d’ailleurs décerné en novembre dernier la Grande Médaille Albert Ier, a montré comment la pêche s’est intensifiée à travers le monde au-delà du raisonnable.

A partir du milieu des années 1980, les quantités pêchées dans le monde se sont mises à décliner légèrement, alors même que l’effort de pêche continuait à croître rapidement. Nous appelons ce problème le "peak fish" : plus d’efforts et moins de poissons.

C’est un désastre écologique, mais aussi humain, car la pêche nourrit ou fait vivre des centaines de millions de personnes à travers le monde, et ce sont les plus fragiles qui pâtissent en premier de la raréfaction des poissons, tandis que jusqu’ici, le phénomène est pour nous presque invisible : des espèces pêchées plus loin, plus profond, apparaissent sur les étals alors que les stocks facilement accessibles déclinent. Là où nous ne voyons qu’une petite augmentation des prix, c’est la survie de millions de personnes qui est en jeu. L’interaction entre océan et climat est un champ d’étude très dynamique. De nombreux travaux visent à quantifier la contribution des poissons au stockage durable du carbone au fond des mers. Inversement, le réchauffement global de la planète diminuera la productivité des eaux tropicales, dont dépendent les populations les plus vulnérables !

Déjà aujourd'hui, beaucoup de restaurateurs font importer du poisson à travers les continents à cause des difficultés qu'ils ont à trouver des produits de qualité. Outre le désastre écologique que cela implique, est-ce un signe plus concret que la pénurie s’accroît déjà ?

Le poisson est depuis longtemps la principale denrée échangée au niveau international. En France comme en Europe, 70% des produits de la mer sont importés. C’est moins une question de qualité, qui reste très bonne pour les produits locaux, que de quantité : nous consommons toujours plus de produits de la mer, alors que la productivité de l’océan est naturellement limitée…quand nous n’avons pas nous-mêmes poussé les stocks à l’effondrement.

Au niveau mondial, l’aquaculture a pris le relais d’une pêche en déclin et fournit à peu près autant que la pêche. Mais en Europe, elle reste très limitée à l’exception du saumon norvégien. Nous n’apprécions pas la vue des parcs à poissons le long de nos côtes, alors nous allons chercher ces derniers à l’autre bout du monde !

2048 est une date qui paraît encore lointaine dans l'imaginaire collectif. Comment pourrait-on faire pour sensibiliser plus efficacement à ce phénomène ?

Les scénarios catastrophes très brutaux ont l’avantage superficiel d’attirer l’attention, de marquer les esprits, mais je ne partage pas l’utilisation trop fréquente, et quelquefois caricaturale, de ce procédé. Nous savons que le catastrophisme ne convainc pas et ne mobilise pas. Il faut passer aux solutions positives, ouvrir des portes, montrer le chemin. C’est pourquoi l’Institut océanographique explique les enjeux généraux de la pêche et oriente rapidement le public vers des conseils pratiques pour agir en consommant mieux. Des labels existent pour identifier les produits à privilégier, car leur exploitation préserve la ressource et l’environnement. Nous sommes partenaires du WWF, du Marine Stewardship Council (label MSC) et de l’Aquaculture Stewardship Council (label ASC) pour la Semaine de la pêche responsable qui aura lieu fin février, et nous proposerons à cette occasion informations et conseils.

D’une manière plus large, évitons les excès. Ce n’est pas propre au poisson qui, à dose modérée, est bon pour la santé et bon pour l’environnement. Le poisson pêché en mer ne consomme pas d’eau douce et émet très peu de CO2, contrairement aux élevages terrestres, bœuf en tête ! Sans forcément aller jusqu’au végétalisme, sachons modérer notre consommation de protéines. Mais puisque l’on parle d’engagement au quotidien, je tiens à souligner que tout n’est pas lié à la pêche. Si nous voulons que la mer reste vivante et productive, il faut veiller à la qualité de l’eau, supprimer les rejets de déchets plastiques, de produits phytosanitaires qui génèrent des zones mortes… 

 

 
Commentaires

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  • Par cloette - 08/01/2017 - 15:11 - Signaler un abus Et le mercure

    Dans le poisson ? Vrai ou faux ?

  • Par Olivier K. - 11/01/2017 - 20:09 - Signaler un abus Idée géniale!!

    Pourquoi pas proposer à nos soumariniers de faire des exercices de torpillages sur les challuts qui ramassent tout en vu de faire de la farine de poisson?

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Robert Calcagno

Robert Calcagno est directeur général et porte-parole de l’Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco, depuis 2009. Il pilote à ce titre le Musée océanographique de Monaco et la Maison des océans, à Paris.

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