Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 19 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

1 300 espèces menacées : comment les oiseaux sont en train de disparaître dans l'indifférence générale

Le manque de nourriture et les pesticides sont en partie responsables de la disparition des oiseaux.

Atlantico Green

Publié le - Mis à jour le 1 Septembre 2014

Avons-nous connaissance d'espèces d'oiseaux qui se seraient éteintes ? 

Oui, beaucoup, notamment dans les îles. Le plus connu est probablement le dodo, qui vivait sur l’île Maurice. Mais il y en a des dizaines d’autres, notamment dans les archipels qui abritaient beaucoup d’espèces endémiques, c’est-à-dire qui n’existaient nulle part ailleurs et qui avaient évolué à l’abri des prédateurs continentaux.

De nombreuses espèces et sous-espèces se sont ainsi éteintes à Hawaï, dans les Mascareignes, en Nouvelle-Zélande, etc. Et d’autres sont probablement en train de s’y éteindre.

Sur les continents, les extinctions d’oiseaux ont été moins nombreuses, mais il y en a eu. En Europe, la dernière a été celle du grand pingouin : jusqu’au XVIIIème siècle environ, on pouvait l’observer sur les côtes canadiennes, groenlandaises, scandinaves, britanniques… où il était souvent chassé pour sa viande, sa graisse, ses œufs ou ses plumes. Mais à mesure que le trafic maritime augmentait dans l’Atlantique nord, les chasseurs sont allés chercher les grands pingouins jusque sur les îlots les plus escarpés. Ces oiseaux ont ainsi été poursuivis partout où ils nichaient, et le dernier couple a été tué au large de l’Islande, en 1844.

Une autre espèce européenne a peut-être disparu plus récemment : le courlis à bec grêle, qui niche ou nichait quelque part en Russie et hivernait au Maghreb. Il faisait régulièrement halte en Europe, et même en France lors de ses grandes migrations, et n’était pas particulièrement rare au début du XXème siècle. Mais les observations se sont réduites à peau de chagrin dans les années 1980 et 1990, avant de totalement s’arrêter au début des années 2000. Si l’espèce n’est pas encore éteinte, le processus d’extinction est tellement avancé qu’il paraît déjà irréversible. Mais peu de gens se préoccupent du courlis à bec grêle, comme si l’on avait déjà oublié qu’il avait un jour été abondant. Comme pour le grand pingouin, c’est une forme de normalisation rampante : on s’habitue à son absence au point d’oublier qu’il a un jour été présent.

Quelles peuvent être les conséquences de la disparition de ces espèces ? 

A court et moyen terme, les raréfactions, disparitions et extinctions d’espèces contribuent à un processus d’homogénéisation biotique : partout ou presque, les espèces les plus vulnérables voient leurs effectifs décliner, et sont remplacées par un petit nombre d’espèces généralistes que l’on retrouve partout – les merles noirs, les mésanges charbonnières, etc. Beaucoup des espèces qui existent encore en France à l’heure actuelle ont virtuellement disparu pour le grand public, qui n’a aucune chance de les croiser…

Les espèces généralistes sont passionnantes, et certaines sont magnifiques, mais on peut se demander ce que l’on perd si elles devaient être à terme les seules à subsister dans notre monde. Perdre une espèce, c’est perdre quelque chose d’autre qui nous préexistait et que nous aurions pu apprendre à connaître, à aimer, à détester… C’est toujours une perte esthétique, qui appauvrit notre existence en nous privant d’une rencontre. Certains éthiciens assument aussi un point de vue plus instrumentaliste, en affirmant que chaque espèce constitue une richesse potentielle, par exemple dans le cadre d’éventuels usages pharmaceutiques ou éco-touristiques. D’autres insisteront plutôt sur la valeur intrinsèque de l’espèce éteinte, en disant que l’évidence de son existence suffisait à lui conférer le droit d’exister, en soi et pour soi.

Enfin, là encore, il faut réinscrire chaque extinction ou disparition dans le phénomène de grande ampleur qu’est la sixième extinction de masse. Cela signifie que le cumul des extinctions finit lui-même par poser problème. La disparition de nombreuses espèces d’oiseaux des champs, qui sont des auxiliaires des cultures, pourrait par exemple accroître la présence des insectes ravageurs. Tout cela est très délicat à anticiper, d’autant plus que l’homogénéisation biotique ne concerne pas seulement les oiseaux… La disparition des oiseaux n’est que l’une des facettes les plus documentées d’une érosion massive de la biodiversité globale dont, finalement, nous dépendons.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par yeneralobregone - 31/08/2014 - 15:34 - Signaler un abus pure propagande escrologiste

    habitant a la campagne dans une zone bocagère, je peut certifier qu'autour de moi, les oiseaux ne sont pas en train de disparaitre : on voit de tout, cigognes , éperviers, buse en nombre, pic-boeuf, hérons, ramiers, cygnes ... j'ai mème vu l'année dernière, dans mon prés, deux volatiles qu'il nous a été impossible d'identifier... surement échappé du parc ornithologique à 20 km ? il s'agit de prétendre que les espèces sont en danger, pour que le législateur, toujours prés à satisfaire l'electeur qui regarde la TV, déclare la protection de l'espèce : comme le vautour dans les pyrenées atlantiques, qui maintenant, son si nombreux, qu'ils attaquent les veaux et les vaches affaiblis, quand ils ne dévorent pas vivante, une randonneuse qui à fait une chutte dans un ravin...

  • Par Milsen - 01/09/2014 - 10:06 - Signaler un abus Myopie

    Il faut regarder plus loin, vers les zones péri-urbaines, là où la raréfaction des oiseaux est patente. Jardins d'agrément saturés de pesticides et herbicides entrainant la disparition des insectes et graines de "mauvaises herbes", les privant de nourriture; abattage des grands arbres et autres modifications de leur habitat... Que deviendra l'homme s'il reste la seule espèce sur une trop grande partie de la surface terrestre? "Escrologie"? je préfèrerai...

  • Par yeneralobregone - 01/09/2014 - 20:34 - Signaler un abus @milsen

    aujourd'hui, à 10 km d'une ville de 50.000 habitant et à 50 km d'une ville de 2 millions d'habitants, j'ai coupé du regain ( trés abondant cette année vu les pluie de juillet, alors que les escrologistes nous avaient dis que le climat méditérranéen allait remonté dans le nord de la france ... ) tout l'aprés midi, en compagnie de buses et de faisans, qui cohabitent remarquablement bien avec les activité humaines ... la faune des grandes villes est exeptionnellement abondante ... c'est la monoculture qui reduit la biodiversité, pas l'agriculture, qui au contraire l'acroit ... or les lois environnementales favorisent la monoculture et l'agriculture industrielle, qui est la seule à pouvoir financer les " mises aux normes ".... les écologistes sont tout simplement des menteurs, ils mentent à dessein afin d'avancer leur pions. comme les communistes dont ils sont les fils spirituels, au millieu du 20ième siècle,

  • Par ISABLEUE - 03/09/2014 - 15:13 - Signaler un abus Pour les oiseaux, mettezaussi des clochettes

    à vos psychopathes de chats qui tuent pour le plaisir..

  • Par langue de pivert - 03/09/2014 - 17:59 - Signaler un abus Nature : no futur !

    Les ennemis des oiseaux (et de la biodiversité en général) ? Pas la peine de faire le tour du monde ! On a une ministre de l'écologie qui organise le massacre des loups, qui pense à celui de vautours...et des flamants rose pour satisfaire et se faire acclamer devant micros et caméras par une populace de demeurés (descendants directs de ceux qui clouaient les chouettes sur les granges aux siècles passés : on cherchant bien on doit encore en trouver :-) Le grand tétras est encore chassé en France ! Des chasseurs psychopathes tirent sur tout ce qui bouge et vol ! (ce qui ne se mange pas est "nuisible" et doit donc être tué, piégé, empoisonné, enfumé massacré !) Les pesticides et les insecticides déversés par tonnes sur les cultures tuant les "auxiliaires de culture" (juste retour des choses les épandeurs en crèvent aussi ☺ !) Les chats effectivement, les chiens errants (tuent le bétail plus que les loups !) Les randonneurs des villes qui veulent une nature aseptisée où pouvoir brailler et transpirer en trainant leurs bâtons ! Pas d'insectes, pas de reptiles, pas d'herbes qui piquent et grattent ! La nature est cernée par les cons ! No futur la nature !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Luc Semal

Luc Semal est maître de conférences en Science politique (Cesco-Muséum National d'Histoire Naturelle), chercheur associé au Ceraps (Université Lille 2) et enseignant à Sciences po Lille et Sciences po Paris. Ses recherches portent principalement sur la théorie politique verte (green political theory), l’écologie politique (décroissance, transition, développement durable), la sociologie des mobilisations environnementales, les politiques de biodiversité et les sciences de la conservation.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€