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1 300 espèces menacées : comment les oiseaux sont en train de disparaître dans l'indifférence générale

Le manque de nourriture et les pesticides sont en partie responsables de la disparition des oiseaux.

Atlantico Green

Publié le - Mis à jour le 1 Septembre 2014
1 300 espèces menacées : comment les oiseaux sont en train de disparaître dans l'indifférence générale

Les aigles font partie des espèces menacées Crédit Reuters

Atlantico : Depuis plusieurs années, les rapports sur la disparition des oiseaux se multiplient (lire un exemple ici). Sont-ils trop alarmistes, ou au contraire devrions-nous les prendre plus au sérieux ? 

Luc Semal : Ces rapports rendent compte d’un phénomène objectivement observable, à savoir une baisse préoccupante des effectifs de nombreuses espèces d’oiseaux, dans de nombreuses parties du monde.

Ils montrent que ces baisses d’effectifs ont conduit à des disparitions d’espèces, continuent à le faire et vont continuer à le faire. Ils méritent donc assurément d’être pris au sérieux.

Quant à savoir s’ils sont alarmistes, tout dépend de ce que l’on entend par ce mot. Ils ne sont pas alarmistes au sens courant, péjoratif du terme, qui réduit l’alarmisme à une tournure d’esprit systématiquement négative et apeurée. En revanche, ils tentent effectivement de nous alerter sur l’ampleur et la gravité d’un phénomène difficilement observable dans la vie quotidienne, quoique bien réel. Il est difficile d’observer par nous-mêmes que nous voyons moins d’oiseaux autour de nous qu’il y a dix, vingt ou trente ans, et heureusement que ces rapports sont là pour nous aider à en prendre conscience. C’est une forme d’alarme.

Le nombre d'oiseaux en voie de disparition augmente t-il ? Quelles en sont les causes ? 

Globalement, oui. Il faudrait évidemment prendre le temps de détailler, car les efforts de conservation menés depuis quelques décennies ont permis d’améliorer la situation de certaines espèces – par exemple celle du faucon pèlerin, qui avait presque disparu de France dans les années 1970, à cause de la pollution au DDT qui s’accumulait dans son corps et fragilisait la coquille de ses œufs.

Mais ce genre de belles histoires ne devrait pas détourner notre attention de la tendance générale, qui est plutôt à l’augmentation du nombre d’espèces d’oiseaux en voie de disparition. Cette tendance s’explique par plusieurs facteurs dont les effets se cumulent : la destruction et la fragmentation des habitats naturels, nécessaires à de nombreux oiseaux pour se nourrir et se reproduire, notamment lorsqu’ils sont sensibles au dérangement ; certaines évolutions des pratiques agricoles ; la pollution par les pesticides et la raréfaction des insectes ; l’introduction d’espèces non indigènes dans les milieux insulaires ; les premiers effets du réchauffement climatique ; etc. C’est généralement le cumul de plusieurs de ces facteurs qui peut finalement se révéler fatal pour telle ou telle espèce.

Et tous ces facteurs découlent eux-mêmes de la phénoménale accélération, au cours des deux derniers siècles, et plus encore au cours des soixante dernières années, de la croissance de la population humaine et de ses activités. En ce sens, l’augmentation du nombre d’espèces en voie de disparition est l’un des symptômes de cette époque géologique nouvelle que l’on appelle l’Anthropocène. Avec la puissance des énergies fossiles, l’humanité – ou du moins sa partie la plus riche – serait devenue capable de rivaliser avec les forces géologiques, au point de pouvoir bouleverser le climat et de précipiter l’extinction de nombreuses espèces.

Existe-t-il différents stades dans la disparition des espèces ? Comment sait-on si une espèce est en voie de disparition ou d'extinction ? 

On parle généralement de disparition lorsqu’une espèce n’existe plus en un endroit donné, tout en existant encore ailleurs : par exemple, le loup avait disparu de France, mais il en restait d’importantes populations au-delà des frontières – et c’est justement pourquoi des loups italiens ont pu revenir en France dans les années 1990. En revanche, quand une espèce n’existe plus nulle part, on parlera plutôt d’extinction. Chronologiquement, l’extinction vient généralement clore une longue liste de disparitions locales.

On peut évidemment dater une extinction, si l’on sait quand est mort le dernier représentant de cette espèce. Mais il est plus intéressant de regarder cette date comme l’aboutissement d’un processus d’extinction, au cours duquel se réduisent tant les effectifs de l’espèce que leur aire de répartition. L’aspect vicieux de la chose est que ce processus peut être long, et passer relativement inaperçu en l’absence de suivi scientifique : chaque disparition locale risque de n’être regardée que comme une perte minime pour l’espèce, potentiellement réversible ou compensable. C’est donc plutôt la dynamique générale des populations qui devrait retenir notre attention, en réinscrivant toute disparition locale dans la tendance générale de l’espèce : participe-t-elle à un processus d’extinction ?

On sait clairement qu’une espèce est en voie d’extinction lorsque beaucoup de ses populations locales ont disparu, et que rien n’indique que cette tendance soit en passe de s’inverser. Et cela d’autant plus que les dernières populations seront particulièrement sensibles aux aléas qui, normalement, ne suffiraient pas à balayer une espèce – une épizootie, une catastrophe naturelle, une guerre à proximité de la réserve, etc. En Nouvelle-Zélande, les populations de kakapos – un magnifique perroquet terrestre au plumage vert – sont passées de quelques dizaines à quelques centaines au cours des dernières décennies : la tendance est donc bonne, mais l’espèce reste si rare et vulnérable qu’elle demeure en danger critique d’extinction.

 
Commentaires

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  • Par yeneralobregone - 31/08/2014 - 15:34 - Signaler un abus pure propagande escrologiste

    habitant a la campagne dans une zone bocagère, je peut certifier qu'autour de moi, les oiseaux ne sont pas en train de disparaitre : on voit de tout, cigognes , éperviers, buse en nombre, pic-boeuf, hérons, ramiers, cygnes ... j'ai mème vu l'année dernière, dans mon prés, deux volatiles qu'il nous a été impossible d'identifier... surement échappé du parc ornithologique à 20 km ? il s'agit de prétendre que les espèces sont en danger, pour que le législateur, toujours prés à satisfaire l'electeur qui regarde la TV, déclare la protection de l'espèce : comme le vautour dans les pyrenées atlantiques, qui maintenant, son si nombreux, qu'ils attaquent les veaux et les vaches affaiblis, quand ils ne dévorent pas vivante, une randonneuse qui à fait une chutte dans un ravin...

  • Par Milsen - 01/09/2014 - 10:06 - Signaler un abus Myopie

    Il faut regarder plus loin, vers les zones péri-urbaines, là où la raréfaction des oiseaux est patente. Jardins d'agrément saturés de pesticides et herbicides entrainant la disparition des insectes et graines de "mauvaises herbes", les privant de nourriture; abattage des grands arbres et autres modifications de leur habitat... Que deviendra l'homme s'il reste la seule espèce sur une trop grande partie de la surface terrestre? "Escrologie"? je préfèrerai...

  • Par yeneralobregone - 01/09/2014 - 20:34 - Signaler un abus @milsen

    aujourd'hui, à 10 km d'une ville de 50.000 habitant et à 50 km d'une ville de 2 millions d'habitants, j'ai coupé du regain ( trés abondant cette année vu les pluie de juillet, alors que les escrologistes nous avaient dis que le climat méditérranéen allait remonté dans le nord de la france ... ) tout l'aprés midi, en compagnie de buses et de faisans, qui cohabitent remarquablement bien avec les activité humaines ... la faune des grandes villes est exeptionnellement abondante ... c'est la monoculture qui reduit la biodiversité, pas l'agriculture, qui au contraire l'acroit ... or les lois environnementales favorisent la monoculture et l'agriculture industrielle, qui est la seule à pouvoir financer les " mises aux normes ".... les écologistes sont tout simplement des menteurs, ils mentent à dessein afin d'avancer leur pions. comme les communistes dont ils sont les fils spirituels, au millieu du 20ième siècle,

  • Par ISABLEUE - 03/09/2014 - 15:13 - Signaler un abus Pour les oiseaux, mettezaussi des clochettes

    à vos psychopathes de chats qui tuent pour le plaisir..

  • Par langue de pivert - 03/09/2014 - 17:59 - Signaler un abus Nature : no futur !

    Les ennemis des oiseaux (et de la biodiversité en général) ? Pas la peine de faire le tour du monde ! On a une ministre de l'écologie qui organise le massacre des loups, qui pense à celui de vautours...et des flamants rose pour satisfaire et se faire acclamer devant micros et caméras par une populace de demeurés (descendants directs de ceux qui clouaient les chouettes sur les granges aux siècles passés : on cherchant bien on doit encore en trouver :-) Le grand tétras est encore chassé en France ! Des chasseurs psychopathes tirent sur tout ce qui bouge et vol ! (ce qui ne se mange pas est "nuisible" et doit donc être tué, piégé, empoisonné, enfumé massacré !) Les pesticides et les insecticides déversés par tonnes sur les cultures tuant les "auxiliaires de culture" (juste retour des choses les épandeurs en crèvent aussi ☺ !) Les chats effectivement, les chiens errants (tuent le bétail plus que les loups !) Les randonneurs des villes qui veulent une nature aseptisée où pouvoir brailler et transpirer en trainant leurs bâtons ! Pas d'insectes, pas de reptiles, pas d'herbes qui piquent et grattent ! La nature est cernée par les cons ! No futur la nature !

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Luc Semal

Luc Semal est maître de conférences en Science politique (Cesco-Muséum National d'Histoire Naturelle), chercheur associé au Ceraps (Université Lille 2) et enseignant à Sciences po Lille et Sciences po Paris. Ses recherches portent principalement sur la théorie politique verte (green political theory), l’écologie politique (décroissance, transition, développement durable), la sociologie des mobilisations environnementales, les politiques de biodiversité et les sciences de la conservation.

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