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S.A.P.E., un (formidable) livre d’Héctor Mediavilla

Le photographe Héctor Mediavilla a reçu, en 2014, le Grand Prix du Livre de Mode, pour « S.A.P.E. » paru aux éditions Intervalles. Un livre consacré à un mouvement fascinant et, souvent, très mal compris et encore plus mal commenté. Bienvenue dans le monde extraordinaire des Sapeurs du Congo.

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S.A.P.E., un (formidable) livre d’Héctor Mediavilla

Il existe à Brazzaville et à Kinshasa une tradition de « sapeurs », c’est-à-dire d’adeptes de la « Société des Ambianceurs et Personnes Elégantes ».

L’élégance est partout. Même aux fins fonds du Congo.

En effet, il existe à Brazzaville et à Kinshasa une tradition de « sapeurs », c’est-à-dire d’adeptes de la « Société des Ambianceurs et Personnes Elégantes ».

Le photographe Héctor Mediavilla a suivi durant sept ans les principaux représentants de ce courant vestimentaire unique en son genre. Le résultat est une découverte sociale des plus fascinantes.

Les rites d’exhibition de ces personnalités reposent sur une élégance de la démesure et une démesure de l’élégance détachées de toute nécessité professionnelle ou pratique.

Au contraire, il s’agit proprement de parades, dans des lieux spécifiques et à des moments précis, ainsi que de joutes « sartoriales » qui n’ont aucun lien avec leur environnement quotidien.

C’est d’ailleurs ce qui fait l’originalité de la démarche : ce pur investissement de plaisir narcissique servant à la construction légendaire d’une identité qui relève de toute évidence du dandysme.

Amoureux d’accessoires envisagés de manière purement décorative (lunettes, cannes, cigares, chapeaux…), les sapeurs adorent les couleurs les plus singulières et emmènent ainsi le style masculin sur un terrain extraordinairement audacieux.

La liberté d’expression de ces sapeurs est surprenante pour notre conception occidentale car elle investit le vestiaire masculin classique et le transcende par une conception du vêtement comme outil de prestige et de créativité en décalage avec le soin normé et mesuré des coutumes occidentales.

Il est vrai qu’aujourd’hui, même à Paris, porter un costume en dehors de certains milieux peut passer pour une outrance de sapeur ! Au moins les gentlemen congolais ne doivent-ils pas faire face au fameux « Tu vas à un mariage ? »…

Le contraste permanent entre un environnement souvent misérable et l’outrance vestimentaire ressort avec une grande force visuelle qui souligne la dignité de la démarche des sapeurs.

A cet égard, les photographies proposent un regard particulier et sont beaucoup plus parlantes que certaines approches du phénomène dont la grille de lecture idéologique anticolonialiste finit, paradoxalement, par être d’un grand paternalisme.

Tancer les Africains en jugeant qu’ils portent « un masque blanc » parce qu’ils choisissent des vêtements occidentaux, c’est exiger d’eux un comportement spécifiquement « africain » fantasmé (préfère-t-on l’Afrique vêtue d’un simple pagne ?).

Cela revient à donner des leçons de « négritude » à l’Afrique et justement à passer à côté de l’originalité de leur approche vestimentaire et identitaire.

L’adoption du costume « occidental » a peu à voir avec une supposée soumission coloniale (sauf s’il faut considérer que l’adoption de l’informatique et de la vaccination sont aussi de scandaleuses trahisons culturelles) mais se signale plutôt comme un rêve d’exotisme spécifiquement africain qui est comparable au snobisme de l’anglomanie française de la fin du XIXe siècle.

 
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Jean Szlamowicz

Jean Szlamowicz est maître de conférences à Paris IV-Sorbonne. Linguiste, traducteur et critique de jazz (Jazz Hot), il est aussi producteur et président de Spirit of Jazz (www.spiritofjazz.fr).

Il est l'auteur de Détrompez-vous ! Les étranges indignations de Stéphane Hessel décryptées, Editions Intervalles.

 

 

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