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Pourquoi la dévaluation n'est pas la solution miracle à tous les maux de la zone euro

L’euro a baissé de 8% depuis ses plus hauts par rapport au dollar en quelques mois, ce qui donne une bouffée d’air économique appréciable. Néanmoins, l’impact positif d'une dévaluation massive serait réel mais plus limité que beaucoup l’espère.

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Pourquoi la dévaluation n'est pas la solution miracle à tous les maux de la zone euro

L’euro a baissé de 8% depuis ses plus hauts par rapport au dollar en quelques mois.

Panne de croissance, chômage et endettement excessif… à tous ces maux, une des solutions miracles consisterait à dévaluer pour créer un choc de compétitivité : sortir de l’euro, recréer le franc et le dévaluer de 20% par exemple.

Le problème de cette solution est assez simple à comprendre : la création du franc et sa dévaluation immédiate arriveraient après la disparition ou la sortie de l’euro. Or cela provoquerait un désastre sur les marchés : explosion du marché obligataire (donc hausse des taux), effondrement de la valeur des actions du fait des sorties des investisseurs internationaux, ruée des particuliers pour sortir des capitaux de leur banque et récupérer des devises, arrêt de l’investissement des entreprises françaises et internationales en France, incapacité de l’Etat de faire face à ses engagements sociaux, arrêt de l’économie, perte massive de pouvoir d’achat.

Restons dans le cas où c’est simplement l’euro qui est "dévalué". Notons d’abord que l’euro a baissé de 8% depuis ses plus hauts par rapport au dollar en quelques mois, ce qui nous donne déjà une bouffée d’air économique appréciable.

L’impact positif est réel mais plus limité que beaucoup l’espère.

Un euro à 1,24 contre le dollar profite à nos entreprises exportatrices qui peuvent regonfler leurs marges et rentrer dans un cercle vertueux d’investissements et d’embauches.

Hélas, la désindustrialisation de la France limite l’impact positif sur l’ensemble de l’économie française. En effet, la France compte finalement peu d’entreprises exportatrices et la compétitivité de la France ayant baissé dans beaucoup de domaine, une baisse des prix de quelques pourcent ne suffit pas à améliorer véritablement la situation. La baisse mesurée vécue actuellement est donc salutaire mais n’exonérera pas la France de profondes évolutions pour réellement sortir du marasme actuel.

La BCE doit elle tenter de mettre en œuvre des mesures "à la japonaise" pour faire baisser l’euro plus fortement ?

Les Japonais ont mis en œuvre des injections massives de liquidités qui ont pour but de faire baisser le yen et relancer l’économie. Mise en œuvre depuis 2012, cette politique n’a pas pour le moment porté ses fruits : les effets négatifs de la dévaluation du yen sont apparus rapidement. Les consommateurs japonais dont les gains salariaux ont été absorbés par le renchérissement des importations et par des hausses de taxes ont finalement vu leur pouvoir d’achat baisser ! L’inverse de ce qui était recherché.

Inutile de dire que cet exemple n’est pas suffisamment probant pour que la BCE s’aventure dans une politique du même genre.

Tout au plus peut-on envisager une poursuite de la politique menée actuellement.

En fait, la méthode "allemande" est mise en œuvre : comme dans les années 70 en Allemagne, c’est la stabilité de l’euro qui est privilégiée. Si on en juge par les résultats à l’époque, cette politique a été pertinente, l’Allemagne a nettement mieux traversé les chocs pétroliers que la France et ses multiples dévaluations.

De plus, les "guerres des changes" par les incertitudes qu’elles génèrent conduisent à des tensions sur le plan économique et freinent les investissements. La BCE ne s’engagera pas sur cette voie.

Le problème français ne sera donc pas résolu par un choc de dévaluation seul mais aussi par des efforts et des réformes visant à rétablir la compétitivité globale de l’économie française.

Enfin, n’oublions pas que pour l’épargnant, une dévaluation massive est une catastrophe. Sans aller jusqu’à un retour au Franc qui conduirait à une baisse de 30 à 40% de l’épargne constituée, une baisse massive de l’euro conduirait à une perte de pouvoir d’achat équivalente de l’ensemble de l’épargne des Européens… et comme les Français sont de grands épargnants, ils seraient les plus pénalisés.

Finalement, la politique menée actuellement par la BCE est à la fois la plus réaliste et la plus raisonnable pour l’économie et l’épargne des Européens.

 

 
Commentaires

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  • Par Benvoyons - 10/11/2014 - 13:11 - Signaler un abus Enfin quelqu'un de lucide. Ouf cela fait plaisir qu'une personne

    écrive avec bon sens. Les comiques du Yaka vont se déchainer dans les commentaires avec le retour Miracle du Franc de la planche à billets à mouvement perpétuelle, la dévaluation qui enrichie les Français. En fait les adeptes du Socialisme (de droite ou de gauche se sont les mêmes)

  • Par vangog - 11/11/2014 - 02:10 - Signaler un abus Oui, ne changeons rien...continuons avec détermination..

    ...notre petit train-train qui achèvera de desindustrialiser la France, nous transformera tous en chômeurs perpétuels, transformera nos enfants et nos petits enfants en générations de sacrifiés à la social-démagogie des quelques imbéciles qui ont gouverné la France, ces quarante dernieres années...puis avançons comme des moutons apeurés vers le précipice qui nous engloutira... Si cet "analyste" avait été plus sérieux, il nous aurait expliqué pourquoi les nombreux pays qui dévaluent leur monnaie, n'aboutissent pas au tableau cataclysmique qui prélude son article, et la Grande Bretagne en premier lieu, qui voit relocaliser des entreprises, qui voit son chômage baisser, sa croissance accélérer....bref! Tout l'inverse des prédictions de ce type de prophète de malheur. Alors! Explication?...

  • Par Outre-Vosges - 11/11/2014 - 02:28 - Signaler un abus Rien à faire avec le tempérament français

    Je l’ai toujours dit : entre la crise de Mai 68 et l’arrivée de l’euro j’ai vu le franc perdre quatre fois sa valeur par rapport au mark et cependant les Strasbourgeois n’ont jamais arrêté d’aller faire leurs courses à Kehl car tout y était moins cher ; c’est que, dès qu’il y a dévaluation, les commerçants augmentent mécaniquement leurs prix d’autant pour conserver leurs marges. Puisque le bon peuple est assez bête pour accepter docilement des hausses exagérées ils n’ont aucune raison de se gêner. Mon père me racontait qu’entre les deux guerres la Grande-Bretagne avait pu dévaluer sans qu’on vît une augmentation des prix, mais le tempérament britannique n’a rien de commun avec le nôtre.

  • Par AlainPitous - 11/11/2014 - 17:10 - Signaler un abus Oui ..ne changeons rien.

    La situation de la Grande-Bretagne est totalement différente de celle de la France : elle ne fait pas partie de la zone Euro. Avant de revenir au Franc il faudra sortir de la zone Euro. Ce qui entrainera d'énormes sorties de capitaux de la France avec des conséquences sur le niveau des taux, le système bancaire. Pour l'accélération de la croissance en Angleterre...ils viennent de revenir au niveau de 2008 avec un système social qui n'est pas celui de la France. Mon propos est bien de dire que les chocs sur les changes sont néfastes et que la BCE n'a pas comme rôle de faire des réformes en France. Réformes nécessaires et préalables à toute amélioration.

  • Par AlainPitous - 11/11/2014 - 17:10 - Signaler un abus Enfin...

    Merci "Benvoyons" pour votre commentaire !

  • Par AlainPitous - 11/11/2014 - 17:17 - Signaler un abus Rien à faire ...

    Effectivement je partage votre remarque : elles indiquent aussi que les solutions "toutes faites" ou "importées" ne peuvent pas s'appliquer systématiquement en France. En tout cas je pense vraiment que la France n'est pas actuellement en mesure de supporter un double choc : sortie de l'Euro, création du Franc avec dévaluation immédiate. Les effets négatifs l'emportent largement sur des bénéfices hypothétiques étant donné que moins de 300000 entreprises exportent en France, l'effet compétitivité serait quasi nul à l'échelle de la France. Par contre le prix des matières importées exploserait, l'épargne serait sanctionnée et le cout de la dette exploserait (à moins que l'on décide de ne pas rembourser !) Merci en tout cas pour votre commentaire "Outre-Vosges".

  • Par vangog - 12/11/2014 - 00:52 - Signaler un abus @Alain Pitous Les effets négatifs ne l'emporteront sur

    les effets positifs, qu'en cas de crise de confiance dans la nouvelle monnaie. Si les investisseurs, au vu des premières réformes de Marine Le Pen, estiment qu'elle a des chances de reindustrialiser progressivement la France, de la remettre au travail et de combattre toutes les inégalités créés par la gauche (UMP et UDI inclus) et qui sont de multiples freins à la croissance, alors, les investisseurs retrouveront le chemin de la France, la consommation en berne repartira, les PME et TPE retrouveront leurs marges et réemployeront... Si vous préférez continuer à vous enfoncer dans les sables mouvants gauchistes, sans réagir, libre-à-vous, mais n'entrainez pas la France avec vous! La valeur d'une monnaie n'est pas dépendante de son évaluation par rapport au marché, mais de la confiance qu'inspirent ses dirigeants. Notre monnaie, l'Euro, malgré sa chute provisoire (en attendant le prochain QE américain...), est faussement évaluée, sur la base du Mark, et cette surévaluation, ainsi que notre dépendance à notre garant allemand, sont très préjudiciables à la croissance. Voilà pourquoi les investisseurs quittent la France! Combien de temps croyez-vous que tiendra la France?...

  • Par Ganesha - 12/11/2014 - 01:15 - Signaler un abus Egoïsme à Courte Vue

    Une bonne partie des lecteurs et des commentateurs d'Atlantico sont des retraités, ils ont des loisirs... Cet article leur est destiné, et le message est tout à fait explicite : ''si vous votez pour Marine Le Pen, vous serez ruinés''! D'abord, Marine nous a bien expliqué ici que sa venue au pouvoir ne signifierait en aucun cas le passage immédiat au Franc. Mais plutôt dans une négociation avec nos partenaires européens sur la façon de sortir du désastre catastrophique pour tout le continent où a mené la politique absurde du couple Merkel-Barroso ! Vous ne sortez presque plus jamais de chez vous, mais, au moins, regardez-vous de temps en temps par la fenêtre (ou la télé) ce qui se passe au dehors ? Vous êtes égoïstes et avares pour vos petites économies, c'est assez naturel. Mais vous avez des enfants ! Que la France et l'Europe s'effondrent, cela n'a vraiment aucune importance, du moment que vous passiez les quelques années qui vous restent à vivre dans le plus complet immobilisme ? Le spectacle qu'offre actuellement l'UMP : Copé disparu, Fillon qui s'adresse à un traitre UMPS pour assasiner Sarko : ce sont sur ces crétins là que vous comptez pour redresser votre pays ?

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Alain Pitous

Alain Pitous, Directeur Général Adjoint Associé de Talence Gestion (@alainpitous).

Talence Gestion est une société de gestion de portefeuille indépendante spécialisée dans la gestion sous mandat pour les particuliers et la gestion de fonds commun de placement en actions.

Précédemment, il a été pendant 5 ans (2009-2014) Deputy CIO d’Amundi (850 Milliards d’Euro sous gestion) et gérant du fonds Amundi Patrimoine de 2012 à juillet 2014.

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