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Quand les officiers du sultan se camouflent, quand les arbitres florentins francisent leur élégance et quand les rebelles suisses jouent la transparence : c’est l’actualité des montres...

Mais aussi la coruscation des aiguilles qui cassent les codes, la sobriété typographique d’un alphabet suisse et la mécanique qui réécrit les minutes en langue de bois…

Atlantic-tac

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Quand les officiers du sultan se camouflent, quand les arbitres florentins francisent leur élégance et quand les rebelles suisses jouent la transparence : c’est l’actualité des montres...

On se demande ce que cachent ces mécaniques de haute complexité enrobées de saphir trop translucide pour être honnête…

REBELLION : L’hyper-complexité mécanique en toute transparence…

Les horlogers suisses sont des fashion victims comme les autres, mais pas des fashionistas. Ils cèdent avec un empressement collectif épatant aux incertains caprices des modes technologiques. Hier, ils ne juraient que par les « tourbillons » mécaniques (complication mécanique qu’ils affectent aujourd’hui de mépriser) ou par des « montres conceptuelles » (concept watches) qui n’en pouvaient plus d’épater le bourgeois. Aujourd’hui, c’est la ruée vers la rétro-nostalgie et le néo-classique. Côté matériaux, on n’en avait plus que pour le titane, puis la céramique et le carbone. Le nouveau chic, c’est le « verre saphir » (le corindon synthétique utilisé pour les verres de montre), utilisé comme boîtier de montre à condition qu’il y ait un mouvement ultra-compliqué à exhiber par transparence, sur 360°. Bon exemple : ce tourbillon 540 Magnum de Rebellion (sur fond rouge, on comprend mieux la complexité mécanique de l’ensemble ; ci-dessus : un détail du mouvement).

Pour avoir une idée du défi industriel que représente la mise au point d’un seul de ces boîtiers, il suffit de savoir que son usinage et son polissage représentent plus de trois mois de travail ! Côté mécanique, on notera le « tourbillon » surdimensionné à 4 h (structure en magnésium, chargée de gérer le tic-tac de la montre), ainsi que les maillons de « chaîne de vélo » sur le côté gauche du boîtier : c’est ainsi que l’énergie des deux barillets (dix jours de réserve de marche) est transmise au tourbillon. Veillez tout de même à ne pas laisser tomber cette montre mécanique sur le marbre de votre salle de bains : très résistant aux rayures, le verre saphir l’est beaucoup moins à certains chocs. Sic transit

HUBLOT : L’obsession virginale d’une pureté translucide…

Autre exemple de cet exhibitionnisme mécanique, la montre LaFerrari de Hublot, récemment présentée par Atlantic-Tac (22 janvier). Hublot récidive un mois plus tard, avec, cette fois, une Big Bang sculptée dans ce verre saphir quasiment aussi résistant que le diamant, dont la transparence fait rêver. Ici, même le cadran en résine synthétique tient à ne rien cacher, de même que les aiguilles qui ne conservent qu’une couche luminescente pour la nuit – jusqu’au bracelet en silicone qui se fait translucide. À ce niveau d’obsession pour la nitescence, on se prend à se demander ce que peuvent bien cacher ces montres en nuisette et ce que veut nous signifier cette plongée obsessionnelle des horlogers dans une nouvelle limpidité. Une envie éthique de laver plus blanc après l’ère des « montres de corruption » pour pétro-monarques et narco-trafiquants ? Une quête de pureté virginale retrouvée dans la coruscation des nouveaux matériaux ? Une volonté de changer les codes classiques d’un luxe engoncé dans ses caparaçons d’or et de platine ? Une réponse lumineuse à l’inquiétude que font naître des montres connectées au sombre Big Brother des mégabases de données ? À moins que ce ne soit une nostalgie grand format du seul vrai matériau précieux de cette planète, le diamant, si abondant en mini-cristaux et si exceptionnel en grammages plus importants. Le vrai luxe, c’est peut-être quand une montre hors de prix (comptez un peu moins demi-million d’euros) a l’air d’être moulée dans du… plastique incolore !

 
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Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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