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Quand les gabelous en rajoutent dans la terreur "liquide" et quand les chenilles font défiler les heures : c’est l’actualité des montres dans l’attente du Père Noël

Mais aussi le bronze des scaphandriers qui investit les poignets, un équipement de haute horlogerie digne du Nautilus (ce n’est pas une Nautilus) et un moineau siffleur qui se croit tout permis sur sa tortue…

Atlantic-tac

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Quand les gabelous en rajoutent dans la terreur "liquide" et quand les chenilles font défiler les heures : c’est l’actualité des montres dans l’attente du Père Noël

Jailli de la carapace d’un chélonien mécanique, l’insolent passéridé se permet quelques trilles…

ALERTE AUX FRONTIÈRES : La montre suisse, voilà l’ennemi !

Pas très gentil pour l’horlogerie suisse, le Père Noël 2017 : dans sa hotte, une nouvelle réglementation de l’Union européenne, adoptée en commission – et en douce ! – par le Parlement de Strasbourg et bientôt publiée au Journal officiel de l’Union européenne, donc applicable dans les meilleurs délais. De quoi est-il question ? d’une nouvelle définition de l’« argent liquide » qui entre et qui sort des frontières de l’Union[la limite légale est aujourd’hui de 10 000 euros en devises] : au nom de la lutte contre le blanchiment d’argent sale et contre le financement du terrorisme, la définition de cet « argent liquide » est élargie aux pièces d’or, aux cartes de crédit prépayées, aux pierres précieuses et aux… « marchandises servant de valeur très liquide avec un ratio valeur/volume très élevé ».

Le lièvre a été levé par Business Montres (16 décembre) et, depuis, les opinions convergent pour considérer que les montres suisses sont effectivement ces « marchandises servant de valeur très liquide avec un ratio valeur/volume très élevé ». Chacun sait que les montres suisses (neuves ou vintage) encapsulent un maximum de valeur sous un minimum de volume : les policiers de la Brigade financière parisienne en ont eu la démonstration récente avec l’affaire des deux marchands japonais escroqués à hauteur de deux millions d’euros payés en faux billets de 500 euros pour sept Rolex de collection – il aurait fallu 57 kilos d’or et 57 lingots pour passer la frontière avec la même valeur qu’avec ces sept montres ! Donc, aux frontières de l’Union, donc de la Suisse, qui est enclavée entre la France, l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche (tous pays fertiles en amateurs d’horlogerie), les douaniers pourront contrôler la valeur totale des biens de luxe que portent une personne, en cash et en objets de luxe faciles à monnayer. Valeur totale qui pourra être, selon la nouvelle réglementation, inférieure ou supérieure à 10 000 euros et donc soumise à déclaration administrative : on imagine les complications…

Certes, la nouvelle définition européenne de cet « argent liquide » ne cible pas explicitement les montres, mais les douanes françaises (citées par Business Montres) ont parfaitement compris de quoi il s’agissait et les douaniers se frottent les mains à la pensée de pouvoir interroger, « à la tête du client », tous les porteurs de belles montres qui n’auront pas songé à se munir d’une facture ! Les autorités suisses font semblant de regarder ailleurs en considérant que les montres ne sont pas visées par ces nouvelles dispositions, ce que démentent les douaniers ! Il est vrai que toute menace sur le fait de porter des montres de luxe en passant les frontières aurait un impact maximum sur les ventes, notamment sur ce commerce parallèle qui a transformé les montres (neuves ou vintage) en véritable « monnaie parallèle » internationale. En ne désignant pas clairement les montres dans ce nouveau règlement accepté par le Parlement européen, le calcul de la Commission européenne est machiavélique : d’une part, une définition trop précise aurait été un casus belli anti-suisse, la Confédération étant le seul État enclavé au cœur de l’Union à disposer d’une industrie horlogère haut de gamme ; d’autre part, la définition est assez vaste pour concerner, dans l’immédiat comme dans le futur, toutes les « monnaies parallèles » prisées des riches (les montres, les grands vins, les voitures de collection aujourd’hui, demain d’autres « fétiches ») et tous les « instruments monétaires » imaginés par les financiers pour transférer des fonds par-dessus les frontières [il semblerait que l’Union s’apprête à laisser à chaque État le soin de lister ces « marchandises de valeur très liquide », qui ne seront pas les mêmes à la frontière franco-suisse et à la frontière roumano-moldave]. En tout cas, sale temps pour les montres suisses…

 
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Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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