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Quand le dragon annamite bouscule le Négus éthiopien et quand les géants de la Sibérie préhistorique liquident les heures : c’est l’actualité des montres de ce joli mois de mai

Mais aussi les orchidées dans leur terreau de nacre, la fusion chromatique de l’invisible visibilité, les records de vitesse d’un "retour en vol" …

Atlantic-tac

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Quand le dragon annamite bouscule le Négus éthiopien et quand les géants de la Sibérie préhistorique liquident les heures : c’est l’actualité des montres de ce joli mois de mai

HUBLOT : Le défi technologique d’une translucidité oxymorique…

Allez savoir pourquoi les riches amateurs de montres s’éprennent si volontiers de ces boîtiers en verre saphir coloré, qui joue de leur transparence naturelle pour révéler la complexité du mouvement qu’ils protègent. Ce saphir synthétique prend ici pour la première fois une étonnante teinte bleuté, dont l’uniformité chromatique est un défi technologique : pour créer ce boc de saphir bleu, qui sera ensuite usine, il s’agit de fusionner de l’oxyde d’aluminium à du chrome autour des 2 000°C, pour obtenir un des matériaux les plus résistants aux rayures qui soient en même temps qu’un des plus transparents.
Le cadran et ses attributs ont été traités ton sur ton, de même que le bracelet. C’est évidemment très coûteux, mais cette montre « alchimique » est la démonstration d’une tentation oxymorique : celle de la « visible invisibilité », qu’on pourrait définir comme une quête de l’anti-ostentation spectaculaire chez ceux qui ont tant à cacher qu’ils se piquent de translucidité. C’est bien connu : les riches ne savent pas ce qu’ils veulent !
 
 

HYT : L’ivoire des géants disparus dans les gouffres du temps…

Dans la série des montres un peu étranges que peuvent mitonner les jeunes créateurs indépendants de la Suisse horlogère, voici une Skull Vida que vous n’oublierez pas de sitôt. Elle est signée HYT, ce remuant laboratoire disruptif, qui a choisi d’exprimer le temps non plus avec des aiguilles, mais grâce à la progression d’un fluide dans un capillaire. Ce qui paraît simple, mais la maîtrise de la précision de cet affichage fluido-mécanique a fait de HYT une des start-ups suisses les plus prometteuses dans le domaine du med tech (les nouvelles technologies médicales : on imagine bien tout ce qu’on va pouvoir injecter à l’intérieur du corps avec des tels micro-mécanismes). Sur ce cadran sans la moindre aiguille, il est environ 10 h 10, comme vous pouvez le lire sur le fluide noir qui encadre le crâne, à la hauteur du zéro de ce « 10 ». HYT, c’est aussi une rupture esthétique : ce crâne – dont les dents sont les « pompes » qui font circuler le liquide noir dans son capillaire – est une vanité contemporaine, mais elle est sculptée dans un bloc d’ivoire de mammouth fossile, découvert dans le permafrost dégelé de la lointaine Sibérie. Si bien que ce symbole de mort nous renvoie à la préhistoire, en lançant un point entre l’aube de notre civilisation européenne et ses actuelles techniques d’avant-garde. Difficile de résister à la fascination de ce crâne…
 

FRANCK MULLER : Des orchidées en grande forme…

Il serait absurde de cantonner la manufacture Franck Muller dans le galbe très étudié de ses habituels boîtiers « tonneau ». Franchement rectangulaire mais délicatement cambrée, la collection Long Island se décline également au féminin (32 mm de large pour 42 mm de haut), avec une série de montres Flower décorés de bouquets d’orchidées et de ces longs chiffres arabes stylisés qui fondent l’identité de la maison Franck Muller. Neuf cadrans pour les neuf couleurs d’orchidées dont les pétales en relief se détachent sur le fond de nacre aux teintes assorties, dans la lumière du sertissage de diamants qui concentrent le regard sur le bouquet de fleurs (il existe des versions encore plus serties). L’ensemble est d’une grande élégance, sans mièvrerie, avec même beaucoup de caractère dans l’expression d’une vision féminine de l’heure…
 
 

BAUME & MERCIER : Un chronométrage unique pour le demi-siècle de la Cobra…

La Cobra Daytona est le coupé sportif le plus légendaire de la grande Amérique automobile : carrossées et motorisées par le non moins légendaire Carol Shelby, ces coupés – il n’y en avait que six, qui valent aujourd’hui leur pesant de millions de dollars – ont battu d’innombrables records du monde dans les années 1960. La marque suisse Baume & Mercier a décidé de leur rendre hommage, à commencer par la toujours légendaire association du bleu et du blanc qui permettaient d’identifier à coup sûr ces bolides aux lignes d’une fluidité parfois égalée, mais jamais égalée. Le nouveau chronographe Clifton Club Shelby Cobra se présente comme un chronographe deux compteurs de 44 mm, dont chaque détail est inspiré par les détails des coupés Cobra : on notera sur le cadran la mention rouge « 196 MPH », qui correspond au record de vitesse (315 km/h, soit 196 mph) battu par la Cobra CSX2299 dans la ligne droite de Mulsanne, sur le circuit des Vingt-Quatre Heures du Mans, en 1964. Raffinement horloger de ce chronographe automatique en édition limitée à 196 exemplaires : une fonction « retour en vol » (fly-back pour les Anglo-Saxons), qui consiste à faire revenir à zéro l’aiguille des secondes sans interrompre l’opération de chronométrage en cours…
 
 

ROLEX : Un record du monde pour le Dragon de l’Annam…

Bao Daï, l’ex-dernier empereur du Vietnam, aimait autant les belles femmes que les belles montres. Lors de son séjour à Genève pour les pourparlers de 1954, alors que les Français venaient de renoncer à leur empire colonial asiatique, Bao Daï avait demandé à Rolex de lui vendre la montre la plus rare et la plus précieuse jamais réalisée par la manufacture genevoise. Ce n’est pas ce genre de demande « impériale » qui aurait pu choquer la direction de Rolex, qui lui a donc livré, dans le palace où il résidait, une montre en or qui était à la fois la plus « compliquée » (en plus de l’heure, elle indiquait le jour, la date, le mois et les phases de lune) et la plus coûteuse de tout le catalogue, puisqu’il s’agissait d’une pièce unique au cadran serti de diamants. Léguée à son fils parce que c’était sa montre préférée, ce « triple calendrier » référence 6062 de Bao Daï – le Dragon de l’Annam – était une légende chez les collectionneurs, qui considérait cette montre comme la Rolex la plus « ultime » et la plus « absolue » à ajouter à leur collection. Atlantic-tac (21 avril) vous avait raconté, voici quelques semaines, le combat des empereurs qui se préparait pour les enchères de Genève, où seraient dispersées des montres ayant appartenu aux empereurs de trois continents et des trois derniers siècles : empereurs de la Chine, empereur Haïlé Sélassié d’Éthiopie, empereurs ottomans, tsars et tsarines russes, sultan de Brunei, familles impériales européennes et donc empereur du Vietnam. Le vainqueur de cette bataille géopolitique posthume est Bao Daï, dont la Rolex a dépassé les 5 millions de francs suisses (un peu moins en euros), sous le marteau d’Aurel Bacs qui opérait pour Phillips : c’est à ce jour la Rolex la plus chère jamais adjugée. La montre Patek Philippe d’Haïlé Sélassié n’a pas dépassé les 3 millions de francs, alors que celle du sultan de Brunei ne trouvait pas preneur à 6 millions de francs, pas plus que les mandolines horlogères des empereurs chinois ne trouvaient preneur à un million de francs pièce. Les empereurs ne sont plus ce qu’ils étaient…
 
 

ANURA RAFAEL : Un somptueux porte-plume qui donne l’heure…

Vous ne connaissez probablement pas le nom de ce créateur fou de design, né dans une famille suisse d’horlogers et d’architectes. Formé aux techniques de l’ingénierie horlogère, il avait donc de qui tenir, mais il se faisait une idée très particulière de son destin : « Ce n’est pas en faisant comme les autres qu’on devient quelqu’un ». Il était donc parfaitement logique qu’il en vienne à créer sa marque, mais sans rien faire comme les autres : voici donc sa première création sous son nom. « Write Time » n’est ni un instrument d’écriture, ni un objet du temps, mais les deux à la fois, le goût de la bienfacture helvétique assurant le lien entre les deux univers. D’un côté, un style-plume – classiquement luxueux – en or rose gainé d’alligator, mais coiffé d’une curieuse capsule de haute horlogerie, en saphir transparent, qui permet de lire l’heure en écrivant tout en pouvant se porter au poignet. Sur le plan de la mécanique horlogère, c’est assez pointu, avec un « tourbillon » – « complication » considérée comme le summum de l’art horloger – pour animer et régler un mouvement mécanique linéaire et cylindrique qui comporte 472 composants : la lecture latérale de l’heure s’affiche sur des disques peints à la main, le remontage étant assuré par une couronne cannelée. Le dispositif de verrouillage/déverrouillage de la capsule horlogère est soigneusement breveté. On veut bien vous avouer le prix, mais prenez auparavant la peine de vous asseoir et comptez près de 250 000 euros pour ce stylo qui donne l’heure. C’est très précisément ce genre d’objets du temps composites venus de Suisse qu’adoraient se procurer les souverains du Céleste Empire au cours de ces quatre derniers siècles…
 

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

 
 
 
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Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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