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Est-ce que c'est grave de ne pas se souvenir de ses rêves ?

Pourquoi certaines personnes ne se rappellent-elles jamais leurs rêves ? Est-ce le signe qu’elles dorment mieux, plus longtemps ? Ont-elles, du coup, moins d’imagination ? Perd-on quelque chose à dormir d’un sommeil lisse et sans image ? Nous avons posé la question à la chercheuse Perrine Ruby qui, avec son équipe, a mis en évidence la grande différence entre les grands et les petits rêveurs…

L'Atlanti-question du lundi

Publié le - Mis à jour le 21 Octobre 2014
Est-ce que c'est grave de ne pas se souvenir de ses rêves ?

"Rêve d'Orient", tableau de Charles-Amable Lenoir. Crédit Wikipédia commons

Barbara Lambert : Certaines personnes ne se souviennent jamais de leurs rêves. Est-ce le signe qu’elles dorment plus ou mieux que les "rêveurs" ?

Perrine Ruby : Nous avons réalisé des études avec des gens jeunes, en bonne santé, avec un sommeil complètement normal. On ne peut donc pas dire que les grands rêveurs, que nous appelons, nous, « rapporteurs de rêve », sont des gens qui dorment mal, ou qui souffrent de problèmes de sommeil. La découverte que nous avons faite, c’est que les personnes qui se souviennent souvent de leurs rêves ont un temps d’éveil cumulé plus important au cours de leur sommeil que ceux qui s’en souviennent moins. En moyenne, les grands rêveurs ont des éveils d’environ deux minutes alors que les petits rêveurs ont des éveils d’environ une minute.

Ce sont des éveils courts dont on ne se souvient pas forcément au réveil. Comme il y a plus d’éveil dans le sommeil des grands rêveurs, les gens se disent que leur sommeil est perturbé. Or ce n’est pas du tout le cas. Le sommeil des grands rapporteurs de rêve est normal : tous les paramètres de sommeil que nous avons mesurés sont dans la norme. Les grands rêveurs ont des phases d’éveil plus longues dans leur sommeil, mais leur sommeil reste normal. Il ne faut pas traduire le fait d’avoir plus de phases d’éveil pendant le sommeil par « sommeil fragmenté », encore moins par « mauvais sommeil ».

Cela veut dire que ce n’est pas la qualité du sommeil qui est en cause, mais la forme du sommeil ?

Voilà : ils dorment différemment, c’est tout. Ils ont une façon de dormir qui est différente, une organisation cérébrale qui est différente. Différent, ça ne veut pas dire « moins bien ».

Comment définiriez-vous, alors, la différence entre les "grands" et les "petits rapporteurs de rêve" ?

Ce que l’on peut dire d’après nos résultats, c’est que, les grands rapporteurs de rêve ont un cerveau plus réactif aux stimuli de l’environnement par rapport aux petits rapporteurs de rêve. Nous avons fait entendre à nos volontaires un enregistrement continu de sons simples parmi lesquels nous avions introduit, à intervalles réguliers, des prénoms, tantôt le leur, tantôt un autre qui ne leur était pas familier. Ces prénoms étaient présentés à un rythme aléatoire, donc ces personnes ne pouvaient pas s’y habituer. Ce que l’on a constaté, c’est que les grands rêveurs avaient une réponse cérébrale plus ample au moment où apparaissait le prénom. Nos résultats font apparaître que les gens qui se souviennent souvent de leurs rêves et ceux qui s’en souviennent rarement, en plus d’avoir des profils psychologiques différents, ont aussi des profils neuro-physiologiques différents.

C’est-à-dire ?

Je mets dans la case physiologique le profil de sommeil et la réactivité cérébrale, et dans la case psychologique les traits de caractère. Certaines études ont en effet montré que les grands et les petits rapporteurs de rêve avaient des personnalités différentes. A partir de tests utilisés en psychologie, une série de questions a été élaborée pour mesurer l’ouverture à l’expérience et la créativité des « sujets ». Il en est ressorti que les scores des grands rapporteurs de rêve étaient plus grands que ceux des petits rapporteurs de rêve. Plusieurs études ont également montré une corrélation entre petite fréquence de rapport de rêve et ce qu'on appelle "l’alexythymie". Ce trait de caractère désigne une difficulté à reconnaître ses émotions et à les exprimer verbalement. Plus ce trait de caractère est important, moins il y a de rapports de rêve. Ce que nous avons montré, nous, c’est qu’il y a un sommeil différent entre les deux groupes, mais également un fonctionnement cérébral différent.

 
Commentaires

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  • Par lexxis - 20/10/2014 - 09:12 - Signaler un abus POUR LE BANDEAU

    Jusqu'à présent, on se souvient encore de quelque chose, mais on se rappelle quelque chose…Merci de rectifier.

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Perrine Ruby

Perrine Ruby est chercheur dans l’équipe Dynamique Cérébrale et Cognition du Centre de Recherche en Neuroscience de Lyon (CRNL) et Professeur à l’Université de Swansea (Royaume Uni). Elle s’intéresse à la cognition sociale au sommeil et au rêve avec des techniques comportementales et de neuroimagerie

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Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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