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Bulle immobilière
et villes fantômes en Chine

65 millions de maisons et de très nombreux bâtiments publics vides en Chine.

Béton

Publié le

Photos satellite Google et reportages à l'appui, de nombreux médias évoquent, le problème de quartiers et de villes nouvelles entières qui ne réussissent pas à attirer de habitants, tout en évoquant une bulle immobilière et la surévaluation des biens immobiliers dans certaines grandes villes. Les chiffres varient, mais la bulle immobilière est bien là.

Le Quotidien du Peuple parlait le 6 juillet 2010 d'une étude de la State Grid Corporation of China (compagnie d'électricité) sur 660 villes estimant à 65,4 millions le nombre d'habitations n'affichant aucune consommation électrique pendant plus de 6 mois.

Des constructions neuves qui permettraient de loger près de 200 millions de Chinois selon le même article. 

Un article du Daily Mail de décembre 2010 cite le cas de quartiers neufs mais inhabités de la ville de Bayannaoer, image Google à l'appui (ci-dessus) : un hotel de ville, lui aussi neuf mais vide et un projet soutenu par la banque mondiale. Une petite recherche permet de trouver des détails que le quotidien britannique ne donne pas. 

Bayannaoer est située au nord de la Chine, dans la région autonome de la Mongolie Intérieure. C'est une agglomération de près de 2 millions personnes. La banque Mondiale soutient bien à hauteur de 80 millions de dollars un projet d'assainissement d'eau approuvé en 2011. Mais pas facile de trouver des chiffres sur le taux d'occupation de l'immobilier de cette ville. Par contre pour Kangbashi, elle aussi en Mongolie Intérieure, le problème est bien chiffré selon un reportage du magazine Marianne du 31 juillet 2010. Au lieu d'1 million d'habitants sur ses 30 km2, les boulevards à quatre ou six voies sont vides, il n'y a que 28 000 habitants dont 10 000 fonctionnaires.

Le Daily Mail cite aussi l'Académie chinoise des Sciences Sociales : sur 35 villes, les prix de l'immobilier dans 11 d'entre elles sont de 30 à 50 % au dessus des prix du marché.

Il y a donc un problème, mais les estimations varient : selon une étude de CLSA (filiale du Crédit Agricole basée en Asie qui conseille les investisseurs) qui a interrogé 200 promoteurs dans 54 villes chinoises, il n'y aurait "que" 16,6 millions de logements vides en Chine, ce qui serait raisonnable à l'échelle d'un pays d'1,3 milliard d'habitants. Le CLSA ajoute qu'il n'y a pas, contrairement aux USA, des milliers ou des millions de Chinois qui ont acheté à crédit des maisons qu'ils n'arrivent finalement pas à payer, et doivent abandonner aux banques. Le problème n'en est pas moins, bien réel.

Cette bulle immobilière est bien illustrée par un étonnant reportage australien diffusé, en mars 2011, dans l'émission Dateline (ci-dessus) qui montre une galerie commerciale géante quasiment vide depuis six ans (ce que ne dit, ni ne montre son site officiel), après avoir été saluée par le New York Times à son ouverture comme un symbole de la consommation chinoise. On admire au passage une reproduction d'un canal vénitien, du campanile de la place St Marc, avant d'écouter Gillem Tulloch un analyste Britannique de Forensic Asia, spécialiste du marché immobilier, basé à Hong Kong qui considère que la bulle immobilière est géante par rapport à celle des USA.

Un reportage de l'agence de presse économique Bloomberg, diffusé en mai 2011, s'intéresse lui aussi au phénomène avec d'impressionnantes d'images de Kangbashi (voir aussi l'article de Time) une ville bâtie au milieu de nulle part pour un million d'habitants souvent citée dans les articles sur les villes fantômes.

Cette frénésie de construction est soutenue par l'Etat chinois. Répond-elle à un besoin réel anticipé, avec raison, par le gouvernement chinois, ou bien annonce-t-elle une crise immobilière sans précédent, avec des prix qui s'effondrent ? L'avenir le dira.

 
Commentaires

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  • Par Thomas Bishop-Garnier - 24/06/2011 - 14:57 - Signaler un abus Quand la Chine s'effondrera, ...

    En attendant que la Chine s'effondre, c'est la Chine qui vieillit !

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Gilles Klein

Gilles Klein, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs blogueur, Le Phare depuis 2005, et utilisateur quotidien de Twitter depuis 2007.

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