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ZAD de Notre-Dame-Des Landes : ce que la victoire du gouvernement révèle de sa propre habileté et de la faiblesse de ses prédécesseurs

Le gouvernement a visiblement joué sur les deux tendances qui composent la ZAD : d’un côté, une tendance d’opposition complète à toute forme de gouvernement, et de l’autre, une autre tendance plutôt sociale et gestionnaire, plus structurée, qui souhaitait conserver ces zones expérimentales.

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ZAD de Notre-Dame-Des Landes : ce que la victoire du gouvernement révèle de sa propre habileté et de la faiblesse de ses prédécesseurs

 Crédit JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Atlantico : Alors que l'échéance concernant les régularisations des zadistes a expiré ce lundi 23 avril à minuit, le climat était à l'apaisement sur le terrain de Notre-Dame-des-Landes. Comment expliquer ce qui apparaît, jusqu'à présent, comme un succès pour le gouvernement ? Quelle a été la méthode efficace dans ce dossier qui a déjà pu user plusieurs gouvernements ?

Sylvain Boulouque : D’une part, c’est compliqué, parce que Macron au départ était favorable. Mais Nicolas Hulot avait posé une condition sine qua à son entrée dans le gouvernement, en l’occurrence que le projet de Notre-Dame-des-Landes soit abandonné. L’hostilité au projet de Nicolas Hulot est la première raison du résultat actuel, car à partir de ce moment-là, le premier obstacle à la résolution de ce conflit était la fin du projet. Ce qui n’était pas la logique des précédents gouvernements. Les autres gouvernements étaient dans une logique industrialiste et de soutien aux lobbys de l’aviation et de la construction. 

Ensuite, le deuxième élément qui explique ce succès est que le gouvernement a malgré tout montré aux zadistes qu’il n’était pas prêt à accepter tout et n’importe quoi et donc qu’il fallait absolument, tant que les zadistes voulaient rester sur la zone de Notre-Dame-des-Landes qu’ils déposent des projets.

Le gouvernement a donc visiblement joué sur les deux tendances qui composent la ZAD : d’un côté, une tendance d’opposition complète à toute forme de gouvernement, plutôt anarchisante et de l’autre une autre tendance plutôt sociale et gestionnaire, plus structurée, qui souhaitait conserver ces zones expérimentales sans rentrer dans un conflit où ils se seraient de toute manière retrouvés perdants parce que le gouvernement avait très clairement dit qu’il ne transigerait pas. C’était dès lors soit la conciliation sur un certain nombre de dossiers, soit une lutte qui sur le long terme semblait être perdue pour les zadistes, parce qu’il n’était pas complètement possible de faire évacuer la ZAD a plus ou moins longue échéance.

Qu'est-ce que ce succès apparent révèle des erreurs d'appréciation des exécutifs précédents ? Faut-il y voir une peur excessive de l'action sur le terrain, une forme d'immobilisme, ou peut-on parler d'un problème de compétence sur le traitement du dossier ?

Je crois qu’il y avait un problème de compétences, dans la mesure où les différents précédents gouvernements - et ce depuis le début du projet, il y a plus de 30 ans, étaient dans une logique complètement industrielle, où on imaginait des aéroports dans toutes les villes de France. Et on ne se posait pas du tout la question de la raréfaction des énergies fossiles ou de la biodiversité. 

Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changées. Certes, il y a un problème avec l’aéroport actuel, qui est trop petit, mais il y a des extensions possibles. Les gouvernements successifs précédents sont restés dans la logique qu’il fallait construire et à tout prix cet aéroport et ont multiplié les erreurs stratégiques, la dernière étant le paradoxale, celle du référendum. Ce dernier, s’il a en effet validé le projet, montre très bien quand on étudie la carte des votes que plus on était éloigné de l’aéroport dans le département Loire-Atlantique, plus on votait oui à l’aéroport. Il y avait donc quelque chose d’aberrant dans cette construction

 
Commentaires

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  • Par moneo - 24/04/2018 - 19:06 - Signaler un abus Attendons la fin

    voyons si la tendance dure qui n'est là que pour combattre le système s'en va ou si elle est expulsée .Pour l'instant on nous enfume le 23 est passé et les ZADISTES sont toujours là ..le reste c'est de la manipulation politique.je trouve l'auteur bien aimable pour le pouvoir.. c'est comme pour les frontières , L'express a dénoncé les affreux identitaires de l'ultra droite ont commis l'irréparable en dressant une frontière symbolique au dessus de Menton avec des message haineux Heureusement les passeurs ont reussi à franchir l'obstacle plus haut et les gendarmes ont abdique face au nombre on a l'ordre de ne rien faire... paroles paroles

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Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il vient de publier sa nouvelle note, La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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