Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 29 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Yuan : la stratégie secrète des autorités chinoises pour détrôner le dollar

La Chine est en train de mettre en place une stratégie qui consiste à internationaliser le yuan, en rendant possible la sortie et le retour de la monnaie servant à régler des factures avec des pays tiers.

Casse-tête chinois

Publié le
Yuan : la stratégie secrète des autorités chinoises pour détrôner le dollar

Entre 2010 et 2013, la valeur de Yuans échangés à l'international a triplé. Crédit Reuters

Atlantico : Entre 2010 et 2013, la valeur de yuans échangés à l'international a triplé, en passant de 34 milliards à 120 milliards. Qu'impliquerait le fait d'une internationalisation du Yuan ? Quelle stratégie la Chine a-t-elle en tête ?

Jean-François Di Meglio : La stratégie de la Chine est de s'intégrer dans le "concert des monnaies" en préservant les intérêts de la Chine et en évitant les erreurs commises par le Japon et peut-être même les Etats-Unis ou l'Europe. Il s'agit d'acquérir une marge de manœuvre dans les échanges tout en préservant la souveraineté de la devise.

Depuis quand les autorités chinoises pensent-elles vraiment à internationaliser le yuan ?

Quels bénéfices souhaitent-t-elles en tirer ?

Il faut d'abord rappeler qu'internationaliser est en général synonyme de "rendre convertible" et qu'il n'y a pratiquement pas d'exemple de devise internationale non convertible dans le système "post Bretton Woods".

La Chine a commencé à envisager l'internationalisation du yuan entre la crise asiatique de 1997 et la crise financière mondiale de 2008. La crise asiatique a démontré les risques d'avoir une totale libéralisation/convertibilité alors que la Chine aurait pu s'orienter plus vite vers un modèle "à la taiwanaise" d'ouverture relativement rapide de son compte de capital et donc la convertibilité (ouverture d'autorisation pour des étrangers d'investir en Bourse, autorisation pour des résidents d'investir à l'étranger).

La crise financière mondiale a démontré les risques d'abandonner au seul dollar le "privilège exorbitant" d'être la devise mondiale.

La Chine a donc souhaité diversifier ses moyens de paiement tout en laissant aux US la charge de la politique monétaire mondiale, sans pour autant prendre trop de risques de change pour la Chine en conservant trop d'avoirs en dollars qui risquaient de se dévaluer donc d'occasionner des pertes.

La banque centrale a ainsi diversifié très graduellement ses réserves et l'internationalisation a consisté a rendre possible la sortie (et le retour) de yuans servant à régler des factures avec des pays tiers, essentiellement pour des matières premières et sous forme "d'accord de swaps".

Quelles pourront être les erreurs commises par les autorités chinoises si elles allaient trop vite vers un yuan convertible ?

Les erreurs sont anticipées et le rythme est clairement établi au regard des risques encourus, d'où la grande progressivité. Les erreurs commises par exemple par le Japon qui a contre son gré liberalisé sa devise et l'a partiellement internationalisée sont connues et seront évitées. Elles pourraient aussi consister par exemple à "se croire trop riche" en faisant confiance à une trop rapide et exagerée appréciation du yuan (comme le yen dans les années 90), conduisant à des achats d'actifs internationaux trop chers et risquant (comme l'immobilier américain acheté par les Japonais) de perdre de la valeur.

Le principal risque, mais il est bien cerné, serait de fragiliser le système bancaire et financier domestique, en levant les barrières protectionnistes qui le protègent du fait de l'inconvertibilité.

Le yuan a-t-il déjà des chances de rivaliser avec l'euro ou le dollars ?

Absolument, mais pas avant dix ou quinze ans et sans doute pas dans la même configuration géopolitique.

Il faudrait aussi un nouveau système financier, doté de règles différentes, y compris concernant la totale liberté de circulation de capitaux.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Pourquoi-pas31 - 16/07/2014 - 18:51 - Signaler un abus Comme toujours

    la Chine crée ses propres règles et s'exonère des règles et obligations internationales.

  • Par vangog - 17/07/2014 - 19:24 - Signaler un abus La Chine est le grand danger des prochaines décennies...

    Elle a compris que la dette américaine ne pouvait monter jusqu'au ciel et que le monde en avait assez de financer la croissance US, au prix du chomage et de la désindustrialisation des pays les plus socio-démagogues comme la France et les sudistes... Alors, la chine fait ce qu'elle a le mieux appris du libéralisme: elle anticipe la chute du dollar...et attend, t se met sur les rangs! Lorsque le dollar aura été dezingué par la prochaine bulle obligataire ou autre, il entrainera l'Euro avec lui. Ne restera sur les rangs des monnaies de réserve que le Yuan qui attend son hégemonie... Et lorsque la chine sera hégemonique monétairement, ça ne rigolera plus du coté de la CGT et des tenants des 35 heures...peut-être un bien pour un mal, finalement!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-François Di Meglio

Jean-François Di Meglio est président de l'institut de recherche Asia Centre.

Ancien élève de l'École normale supérieure et de l'Université de Pékin, il enseigne par ailleurs à l'IEP Lyon, à l'Ecole Centrale Paris, à HEC ParisTech, à l'École des Mines Paris Tech et à Lille I.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€