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Du Yemen au Qatar : ces changements de stratégie qui révèlent le perte d’influence de l’Arabie saoudite

Le prince héritier d'Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane cherche à mettre un terme au conflit au Yémen. Un e-mail qui a fuité -par le biais de personnel diplomatique américain - révèle que le nouvel homme fort du Royaume chercherait à apaiser les tensions dans la région du Golfe.

Situation en voie de normalisation

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Du Yemen au Qatar : ces changements de stratégie qui révèlent le perte d’influence de l’Arabie saoudite

Atlantico : Selon des emails révélés par le site 'the middle east eye", Mohammed ben Salmane, nouvel homme fort du Royaume, souhaiterait mettre fin au conflit au Yemen. Dans le même temps, une amélioration des relations avec le Qatar est en cours, l'Arabie Saoudite ayant ré-ouvert ses frontières aux pèlerins souhaitant se rendre à la Mecque. Comment comprendre ces deux changements de cap, faut il y voir une nouvelle stratégie de Riyad ? 

Roland Lombardi : Effectivement, ce sont de nouveaux signes supplémentaires confirmant les changements de la politique de Riyad dans la région. Dans la crise qui oppose le royaume saoudien et le Qatar, et ce dès le début des tensions, au mois de juin dernier, j’avais déjà annoncé que l’issue serait inévitablement l’apaisement.

Il ne faut pas oublier aussi l’invitation, il y a quelques semaines, par les autorités saoudiennes, de l’éminent dignitaire chiite irakien, Moqtada al-Sadr. Visite qui faisait suite à celle du Premier ministre irakien en personne, Haïder al-Abadi (un chiite lui aussi) en juin. Cette volonté manifeste de normaliser ses relations avec l’Irak, démontre également les nouvelles inflexions diplomatiques de l’Arabie saoudite que j’avais évoquées dans une précédente interview. Quant au Yémen, face à l’enlisement du conflit, il est normal que Mohammed ben Salmane, le prince héritier et pourtant l’un des principaux (si ce n’est le principal) responsables de l’intervention saoudienne, cherche à présent une porte de sortie acceptable.

Alors comment comprendre ces revirements ? Et bien, lorsque les vents sont contraires, on perd son temps et son énergie à naviguer à contre-courant. Les Saoudiens ont fini par l’accepter. Car au final, ils ont bel et bien perdu leur bras de fer avec l’Iran (perte d’influence au Liban, en Syrie et en Irak…) et l’échec de leur politique régionale est patent (déconvenue au Yémen, fiasco total de sa politique régionale de soutien aux salafistes et aux jihadistes, limites de sa diplomatie du chéquier, discrédit dans les opinions du monde arabe…).

Quelles seraient les conditions permettant d'obtenir une fin de conflit au Yemen ? Quels sont les obstacles qui s'y opposent encore ? 

Le Yémen connaît la guerre depuis plusieurs années. De fait, après deux ans et le début de l’intervention de la coalition guidée par Riyad pour appuyer les loyalistes face aux Houthis (les rebelles se réclamant du zaïdisme, une tendance de l’islam chiite) la situation du pays s’est considérablement détériorée. Les « bavures » de la coalition emmenée par les Saoudiens se sont multipliées sans pour autant émouvoir certains responsables occidentaux qui pourtant n’hésitaient pas à verser leurs larmes de crocodile sur le prétendu « massacre » d’Alep perpétré par l’armée russe ! D’après l’ONU, près de 10 000 personnes sont mortes, majoritairement des civils, et il y aurait plus de 40 000 blessés. C’est une véritable crise humanitaire qui touche le pays puisque la famine et les maladies (comme le choléra) s’y développent à grands pas.

 
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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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