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Xavier Niel : Irrésistible ou irrésisté ?

Dans une récente interview sur le plateau de C à vous, Xavier Niel a réussi (sans difficulté) à évincer une question gênante à propos de la politique de dividendes d'Iliad.

Sans défense

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Deuxièmement, répondre à propos de la distribution de dividendes de Free que : "c’est rien", " on ne verse rien", c’est induire les auditeurs gravement en erreur. Xavier Niel possède près de 55% de sa société Iliad. Pour l’année 2014, ses dividendes personnels, soit 55% des 21,6 millions distribués, s’élèvent donc à 11,9 millions d’euros, soit près de 990 000.euros par mois (plus de 600 fois le smic par mois !). 900.000 euros par mois, en moyenne depuis 10 ans, prélevés sur son entreprise. Monsieur Niel payant des impôts sur ces dividendes, on peut penser qu’il ne les ignore pas tout à fait, à moins sur son statut de milliardaire passe qu’il considère qu’un revenu de 900.000 € par mois, "c’est rien" !

Troisièmement, il est inapproprié de diviser un dividende par un EBITDA. Cela ne se pratique jamais dans le monde de la finance. Celui-ci se réfère toujours au même ratio qui a du sens, le ratio dividende versé divisé par bénéfice net, dit "Pay-out". Le 100% mentionnés ci-dessus est le pay-out de Sanofi. Dans le cas de la société de Xavier Niel, le pay-out de 2014 est de 8% (21,6 m€ sur 278,4 m€ de bénéfice net). Sur les 10 dernières années, il a oscillé entre 7% et 18%. Le chiffre de "0,… rien" induit donc sciemment l’auditeur en erreur. Mais une fois encore, les journalistes fassent à lui ne disent rien. Passivité ? Incompétence ? Absence de travail ? Quand on voit qu’Anne-Sophie Lapix demande à son "invité" s’il verse des dividendes, et combien, alors que la société est cotée en course, et que cette information est donc disponible en 2 minutes en ligne sur internet, cela rappelle une triste réalité de notre pays : les journalistes  ne travaillent plus, ils font de l’interview people…

Il ne reste plus qu’à l’artiste Xavier Niel de finir son numéro de 45 secondes : "société de croissance… on ne reverse rien, on prend notre cash pour investir". Là, son public est conquis. "Bravo" crie la journaliste enthousiaste à la fin de la tirade. On aurait voulu qu’elle se lève et qu’elle l’embrasse. Un vrai happy-end comme on les aime.

Pendant ce temps, les journalistes ont évité les mises en lumière de contradictions. Mettons de côté le fait qu’Apple ou Microsoft aux USA , ou Eurofins Scientifi en France, versent des dividendes élevés (pay-out de 25% à 40%), alors que ce sont aussi des valeurs de croissance, ou que le cash et le bénéfice net sont deux valeurs à ne pas mélanger comme c’est fait là à tort… On n’en n’est plus à une inexactitude près, et de toutes façons, les 4 journalistes autour de la table ne viendront à aucun moment perturbé la douce mélodie.

Mais surtout, pas un mot sur le fait que depuis des années Xavier Niel et les principaux dirigeants multiplient stock-options et actions gratuites en leur faveur. Par ce biais, ils réalisent de confortables plus-values personnelles, par la vente d’actions dont le stock est régulièrement renouvelé par création de nouvelles actions (plus de 4 millions en dix pour tous les actionnaires).

 
Commentaires

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  • Par raslacoiffe - 23/03/2015 - 16:36 - Signaler un abus Archétype de la gauche caviar

    Ce personnage tant vanté par la gauche bobo est surtout un apparatchik profitant des subsides de l'Etat (subventions à la presse). Les dividendes de sa petite entreprise sont surtout rétrocédées à son bénéfice personnel. Il est dans le droit fil de cette gauche qui prône le partage des richesses sauf pour soi même bien évidemment. Merci M. Dormann de nous donner un autre éclairage sur cette personne que celui du discours convenu de cette presse bienpensante.

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Benjamin Dormann

Benjamin Dormann a été journaliste dans la presse financière et trésorier d'un parti politique. Depuis 18 ans, il est associé d'un cabinet de consultants indépendants, spécialisé en gestion de risques et en crédit aux entreprises. Il est executive chairman d'une structure active dans 38 pays à travers le monde. Il est l'auteur d’une enquête très documentée : Ils ont acheté la presse, nouvelle édition enrichie sortie le 13 janvier 2015, éditions Jean Picollec.

Le débat continue sur Facebook : ils.ont.achete.la.presse et benjamin.dormann@gmail.com.

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