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Wolfgang Schauble met en garde contre une nouvelle crise financière mais oublie allègrement le coût pour l’Europe de l’ordoliberalisme allemand qu’il incarnait

Alors qu'il était en poste depuis 2009, l’intraitable ministre des Finances de l'Allemagne va prendre la présidence du Bundestag. Figure emblématique de l'orthodoxie budgétaire et de l'austérité, il a mis en garde, avant son départ, contre les risques de crise financière , face à "l'accumulation de quantités toujours croissantes de liquidités et la croissance des dettes publiques et privées".

Auf wiedersehn Herr ministre des Finances

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Wolfgang Schauble met en garde contre une nouvelle crise financière mais oublie allègrement le coût pour l’Europe de l’ordoliberalisme allemand qu’il incarnait

Atlantico : Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, doit prendre la présidence du Bundestag, le Parlement allemand, après avoir occupé le poste de ministre fédéral des finances pendant huit ans. Dans un entretien au Financial Times, pour ses "adieux européens", il a mis en garde contre les risques de crise financière , face à "l'accumulation de quantités toujours croissantes de liquidités et la croissance des dettes publiques et privées" dans le monde entier. Que peut-on retenir de la politique de ce "père fouettard" très apprécié outre-Rhin?

Christophe Bouillaud : Bien sûr, sur le plan européen, on retiendra sans doute son obstination à faire respecter les traités signés dans les années 1990 et leur orientation « ordo-libérale ».

Toute son action semble avoir été inspirée par un refus obstiné des déficits publics et par la volonté que la solidarité européenne s’opère sous de strictes conditionnalités et ne soit pas l’occasion d’une charge supplémentaire pour les contribuables allemands. Sa vision anti-keynésienne de l’économie, ou faut-il dire ante-keynésienne de l’économie, n’aura pas aidé à relancer l’économie du continent. Il n’a jamais d’ailleurs pensé l’économie continentale comme autre chose que la juxtaposition d’économies nationales. Il faut tout de même souligner qu’il n’a jamais souhaité aller jusqu’à la rupture de l’Eurozone. Il semble bien avoir menacé les autorités grecques en ce sens, mais il n’en a pas fait son unique combat.

Et, puis sur le plan allemand, c’est l’homme du « déficit zéro ». Ce qu’il a cherché à imposer aux autres pays par les nouveaux traités et règles européennes  adoptées depuis 2010, à savoir le déficit le plus faible possible,  il a réussi à le faire en Allemagne. On aura beau souligner les déboires des infrastructures publiques en Allemagne faute d’investissements de la part de l’Etat, le Ministre s’enorgueillira toujours de sa capacité à ramener le déficit public au minimum. C’est aussi l’homme qui n’a jamais remis en question la vertu du modèle allemand d’une économie tirée par les exportations, au grand dam de la planète entière voyant s’accumuler les excédents courants allemands année après année.

Bref, du point de vue de bien des Allemands, il a incarné parfaitement l’ordo-libéralisme, et aux yeux de beaucoup de gens hors d’Allemagne, une incapacité extraordinaire à sortir de ses certitudes, sauf lorsqu’un rapport de force lui était défavorable.

Dernier membre d’une génération de conservateurs allemands faisant de la construction européenne une priorité de la politique extérieure de la République fédérale, quel impact son départ aura-t-il sur la zone euro?

Tout dépend bien sûr de qui va le remplacer aux Finances. Il semble que les libéraux du FDP veulent ce poste en priorité, alors même qu’ils sont une ligne encore plus dure, si possible, que W. Schäuble. En particulier, non seulement ces derniers ne veulent en aucun cas comme ce dernier d’une « union de transferts », mais, en plus, ils déclarent qu’ils seraient prêts à accepter la sortie d’un pays de la zone Euro, plutôt que d’être solidaire avec ce pays comme cela a été fait depuis 2010 pour la Grèce. De fait, le résultat des élections allemandes, qui a donné une large prime aux partis militant pour l’absence de solidarité européenne (FDP et AfD), va clairement dans ce sens-là. Il faut dire aussi que, pour une partie des plus conservateurs et libéraux en Allemagne, le Ministre n’a pas su protéger les intérêts des épargnants allemands, puisque, de fait, il a accepté la politique monétaire accommodante de la BCE, largement justifiée elle-même par les difficultés de pays comme la Grèce ou l’Italie.

 
Commentaires

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  • Par brennec - 10/10/2017 - 18:56 - Signaler un abus parfois la comparaison peut être instructive.

    On aura beau souligner les déboires des infrastructures publiques en Allemagne faute d’investissements de la part de l’Etat," il est certain que le bilan économique des pays qui ont choisi le déficit, tels la france, l'espagne, le portugal, l'italie...etc est sans infiniment supérieur au bilan allemand.

  • Par vangog - 10/10/2017 - 21:24 - Signaler un abus Déboires des infrastructures allemandes????

    Quels déboires? Excepté dans la mythologie gauchiste qui tente toujours de faire croire à l'équation économies= austérité= désordre..., on ne voit pas bien quels sont ces fameux "déboires"? On voit, à l'inverse, des services publics propres, multiples et accueillants, qui fonctionnent bien, avec relativement peu de personnel, mais qui est toujours disponible...l'inverse de la France ou les services publics sacrifiés par la gauche, fonctionnent de plus en plus mal, sont de plus en plus invisibles, avec de plus en plus de personnel, mais jamais disponible quand on a besoin de lui...

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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