Zone franche
Dette publique : mais comment dit-on « cagnotte » en allemand ?
Lorsque les Allemands (et les Irlandais) repèrent une « erreur de la banque en leur faveur », ils l’affectent à la réduction de la dette. Allez lutter contre un tel manque de créativité !

Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances : "Voyons voir, j'avais laissé 55 milliards d'euros dans un tiroir... Si je les retrouve, je rembourserai ce type qui m'avait fait un prêt..." Crédit Reuters
Il y en a qui ont toutes les chances ! Enfin pas vraiment toutes, puisqu’ils ont bien aussi quelques soucis par ci par là ― et qui n’en n’a pas, hein ? ―, mais tout de même…
Prenez les Allemands, par exemple. Non seulement nos voisins de palier parviennent à exploser tous leurs records d’exportations industrielles sur fond d’émergence de la Chine et d’euro sous stéroïdes mais, en plus, ils se débrouillent pour faire chuter leur taux de chômage, réduire pour de bon leurs déficits publics et renflouer les trois-quarts de l’Europe entre deux rendez-vous !
Ah, ils sont forts ! Et dire qu’on pensait que remettre à niveau l’équivalent d’une moitié d’Espagne en vingt ans les ficherait par terre… Tu parles !
Ils ont tellement de chance, en fait, que même lorsqu’ils se trompent en faisant leurs comptes ― ce qui ne leur arrive d’ailleurs normalement jamais, vous imaginez ― et bien c’est une erreur « positive ». Une erreur de bon gestionnaire. Pas une erreur de comptable margoulin dont on découvre qu’il tapait dans la caisse, quoi...
Non, chez eux, une erreur constatée, ça permet de réduire la dette de 55 milliards d’euros d’un seul coup d’un seul. Et tout ça parce qu’un type avec une calculette quelque part dans un bureau d’une banque nationalisée pendant la crise financière de 2008 a éternué sur son tableau Excel et oublié d’additionner une partie du magot ou quelque chose comme ça !
Bon, c’est sûr, ça ne fait pas bien sérieux. Pas bien allemand, pour tout dire, mais ça reste un mal pour un bien et même si le comptable fautif est rétrogradé au service courrier, c’est le genre de surprise qui fait toujours plaisir.
Une cagnotte ? Mais dépensons-là !
Mais les Allemands ne sont pas les seuls à avoir du pot. Les Irlandais, eux aussi, viennent de remettre la main sur 3,6 milliards d’euros égarés bêtement. C’est moins impressionnant que la montagne de pognon des Allemands, bien sûr, mais l’Irlande est un petit pays et elle représente un bon 2,6% du PIB du pays instantanément défalqué de la dette nationale, cette tirelire inopinée.
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’ex-tigre celtique est justement en plein boom (relatif) et renoue avec la croissance, voit ses exportations s’accroitre et sa situation générale s’améliorer alors qu’on le donnait pour mort il n’y a pas deux ans…
Notez qu’en réalité, nous aussi, ça nous est déjà arrivé, un truc comme ça. C’était en 2000, Jospin était Premier ministre et la divine surprise avait été causée par un surplus de recettes fiscales de 30 milliards de francs (4,5 milliards d’euros). Rebaptisé « cagnotte » comme au Loto, le flouze avait été prestement reconverti en dépenses nouvelles (le débat gauche-droite c’était « On dépense davantage ou on baisse plutôt les impôts ? ») quand la France était déjà l’un des pays les plus endettés d’Europe et la mode internationale à la baisse des déficits.
Bah, finalement, ça n'est pas plus mal si c'est chez les Allemands qu'elle est dénichée, cette cagnotte-ci. Et le plus beau, c'est qu'on finira toujours par en profiter.
Hugues Serraf
Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.
Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).


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est réjouissante.
Comme d'habitude !
Merci.
Une Allemagne sans natalité, sans armée ... Oui ! C'est vrai elle économise !! Une Allemagne qui voit exploser le nombre de travailleurs pauvres ... Un bel exemple.
Regardons de plus près l'ENSEMBLE des vrais chiffres de ce pays car ils sont loin d'être aussi bons.
Les déficits Européens se retrouvent aussi dans les coffres Allemands après les plans de rigueur voyons ce qui restera de ces scores!
Détrompez-vous. Si tous nos joyeux anti-libéraux français était comme Hugues Serraf, on aurait moins de soucis ! Il se dit de gauche, mais des gauchistes comme lui, j'en redemande !
Consultez son blog pour vous faire une idée.
Enfin, je ne vois aucun mépris dans le passage sur l'Irlande.
Quand on finit par trouevr dans les caisses plus d'argent que prévu et qu'on a un passif de cette taille, on réuit la dette et, par ce fait, les charges liées (intérêts, ...) loin d'être négligeables.
Par exemple, d'après le directeur de France Trésor qui émet nos bons du trésor, la perte du triple A, nous coûterait immédiatement au moins 2.5 milliards d'euros...
Ca mérite qu'on y réfléchisse !
Dans son exposé, ce Monsieur parle de l'Irlande, en des termes que je trouve assez méprisants. Ce que ce Monsieur oublie de dire c'est que l'Irlande a choisi de remettre de l'ordre dans son économie en abandonnant le socialisme et l'économie keynésienne par une économie libérale à la M. FRIEDMANN ! C'est à dire entièrement l'inverse de ce que font nos politiques français et le PS en particulier !