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De Washington à Berlin, Emmanuel Macron pourra-t-il être à la hauteur des espoirs qu’il suscite à l’étranger ?

Alors que le chef de l'Etat français rend visite à son homologue américain Donald Trump de lundi à mercredi, plusieurs médias tendent à brosser un portrait de l'échiquier politique mondial très manichéen.

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De Washington à Berlin, Emmanuel Macron pourra-t-il être à la hauteur des espoirs qu’il suscite à l’étranger ?

 Crédit LUDOVIC MARIN / AFP

Atlantico : La couverture du Spiegel de samedi dernier, titrait : "Qui pour sauver l'Occident ? La liberté et la démocratie sont en jeu, Macron a besoin d'aide, mais l'Allemagne n'est pas au rendez-vous". De son côté, le Wall Street Journal affirmait ce lundi que "l'amitié de Macron [avec Donald Trump] est une sorte d'assurance contre le pire". La personnalité et les propositions d'Emmanuel Macron convainquent-elles ses partenaires américains et allemands ou s'agit-il d'un épiphénomène médiatique ?

Hadrien Desuin : Je serais tenté de vous répondre, un peu des deux ! Il est vrai que présenter Emmanuel Macron comme le sauveur de la planète, capable de canaliser les foucades de Donald Trump apparaît surréaliste. Et en même temps, ce n'est pas surprenant puisque le traitement de la grande presse internationale est très manichéen depuis un an. D'un côté, il y a le méchant Donald Trump, grossier, dangereux et imprévisible. De l'autre, il y a le gentil Emmanuel Macron, courtois, prudent et prédictible. Ce genre de tableau en noir et blanc, c'est du pain béni pour les médias avides de "disneylisation des relations internationales" pour reprendre la célèbre formule d’Hubert Védrine. Si les deux présidents apparaissent tout en contraste, ils jouent les meilleurs amis du monde. Rox et Rouky en quelque sorte.

D'un autre côté, on a l'impression, sans en avoir toutes les garanties, qu'Emmanuel Macron a été, à l'occasion de la récente crise syrienne, le modérateur de Donald Trump. Il a téléphoné à Poutine et Erdogan et s'est présenté comme l'aiguillon. Selon les "éléments de langage" élyséens, c'est lui qui aurait atténué les plans de frappes initialement prévus. De sorte que l'opération punitive des occidentaux contre Bachar Al-Assad s'est finalement réduite à peu de chose..  Il se pourrait surtout que le général Mattis, le secrétaire à la Défense, ait aussi contribué à atténuer la décision du Donald.

Il n'en reste pas moins que le Président Français est parmi les dirigeants européens qui s'entend le mieux avec l'hôte de la Maison-Blanche. Angela Merkel et Theresa May sont toutes les deux mal à l'aise avec ce grand gaillard un peu macho. Elles sont toutes les deux en difficulté au sein de leurs parlements respectifs. L'Italie est sans chef de gouvernement et l'Espagne doit s'occuper de la Catalogne. La place était libre et Emmanuel Macron a su la saisir. Son équipe disait avoir "acheté du Trump à la baisse" le 14 juillet dernier. Aujourd'hui, elle engrange les dividendes. Le Président peut remercier les concepteurs de la constitution de la Vème République, laquelle facilite ce type d'opportunité.

Plus concrètement, la politique étrangère "ambitieuse" d'Emmanuel Macron est-elle à la hauteur des espoirs qu'elle suscite à l'étranger ?

Je ne suis pas certain que le monde entier soit encore dans l'attente un peu surnaturelle d'Emmanuel Macron. Mais si tel était le cas, il serait déçu. Sur la plupart des grands dossiers, Emmanuel Macron n'a pas réussi à convaincre le président américain. Accords de Paris sur le climat, transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, durcissement des traités commerciaux de libre-échange, reprise des sanctions contre l'Iran, la liste est longue. Le monde regarde Emmanuel Macron comme le John Kennedy Français. Mais pour l'instant Emmanuel Macron est plutôt la caution libérale de Trump. Il permet au président américain de claironner à Washington qu'il n'est pas aussi isolé qu'on le dit.

 
Commentaires

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  • Par GP13 - 24/04/2018 - 11:42 - Signaler un abus Excellent

    Le macronisme si génial décrit par tant de commentateurs, se trouve ramené à ce qu'il est : le vassal multiplie les signes amicaux au suzerain dans l'espoir de l'amadouer......

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Hadrien Desuin

Ancien élève de l'École spéciale militaire de St-Cyr puis de l'École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d'un master II en relations internationales et stratégie sur la question des Chrétiens d'Orient, de leurs diasporas et la géopolitique de l'Égypte, réalisé au Centre d'Études et de Documentation Économique Juridique et social (CNRS/MAE) au Caire en 2005. Il a dirigé le site Les Conversations françaises de 2010 à 2012. Aujourd'hui il collabore à Causeur et Conflits où il suit l'actualité de la diplomatie française dans le monde.

 A publié La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie, au Cerf en 2017.

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