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Les vraies raisons de la présence russe en Syrie

Le conflit en Syrie est aussi, pour la Russie, un théâtre d'opération qui sert à la promotion de ses moyens militaires.

Le théâtre d'opération

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Des progrès énormes ont été faits en matière d’appuis air-sol, en particulier pour les hélicoptères, et dans l’utilisation des drones. Le seul échec cuisant visible a été la tournée catastrophique du porte-aéronefs Amiral Kouznetsov en 2016/2017. Après avoir perdu deux appareils, il a été décidé de baser son aviation embarquée à terre pour limiter les risques d’accidents. Le RETEX (retour d’expérience) a été immédiatement tiré par le président Poutine qui a ordonné l’arrêt des projets de construction de six autres unités.

Alors que la Russie post-soviétique était montrée du doigt concernant ses capacités conventionnelles, la "mise à niveau" est-elle aujourd’hui effective ? 

La mise à niveau de l’armée russe n’est pas encore atteinte, surtout du fait du manque de crédits - rappelons qu’en 2018 Moscou consacre 70 milliards de dollars pour sa défense alors que les États-Unis font dix fois plus -. Mais progressivement, le théâtre syrien lui permet d’augmenter ses capacités militaire en modifiant ses tactiques et en faisant évoluer ses matériels qui obtiennent le label « éprouvé au combat ».

Cela constitue aussi un facteur important pour booster les exportations d’armements russes vers les pays cherchant un bon rapport qualité/prix. Selon une étude du cabinet IHS Markit parue en août 2017 qui porte sur 40.000 programmes d'armement dans 65 pays, la Russie a livré à la mi-2017 pour 7,2 milliards de dollars d’armements derrière les États-Unis avec 26,9 milliards de dollars A noter que la France a réalisé un joli score en se plaçant troisième sur le podium avec 5,2 milliards de dollars. A la fin 2017, Moscou espérait atteindre les 15 milliards de dollars à l’export pour l’ensemble de l’année.

Faut-il voir cet aspect de l'intervention russe comme sa cause principale ? Quel autre objectif prioritaire a-t-il pu entraîner une telle décision ? 

Aucun pouvoir ne déclenche une opération militaire pour ouvrir un camp d’entraînement pour y faire batifoler ses militaires. Il y a bien sûr toujours une raison politique. S’il a souvent été dit que l’Espagne avait servi de test préparatoire aux nazis pour déclencher ensuite la Seconde Guerre mondiale (ce qui, sur le plan technique n’est pas faux car, par exemple, c’est là que furent expérimentés les bombardements en piqué des bombardiers Stuka qui firent tant de mal aux armée franco-britanniques en 1940), le but politique de Hitler était de faire gagner le général Franco pour ensuite l’associer aux puissances de l’Axe. Si le premier objectif a effectivement été atteint par Berlin, le second a été un échec, Madrid refusant de suivre l’Allemagne, le Japon et l’Italie dans leur folie meurtrière (en dehors de l’envoi d’une division de volontaires sur le front de l’Est, et encore, que jusqu’à la fin 1943).

Le but de Moscou en Syrie est d’y installer pour les cinquante ans qui viennent un point d’ancrage en Méditerranée orientale. La Russie réalise ainsi son vieux rêve d’accès aux « mers chaudes ». C’est à cette fin que le port de Tartous devrait être modernisé - pour pouvoir y faire accoster des navires de fort tonnage qui pour le moment sont obligés de mouiller au large - et la base aérienne de Hmeimim renforcée (des attaques à l’aide de drones et de roquettes qui ont eu lieu au tout début janvier ont montré que la défense rapprochée de Tartous et Hmeimim présentaient ce que les journalistes aiment à appeler des « failles »). Dans l’avenir, Moscou espère compléter son implantation en négociant des facilités en Égypte et en Libye (le port en eaux profondes de Tobrouk les intéresse sacrément).

 

 

 
Commentaires

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  • Par zelectron - 11/01/2018 - 19:30 - Signaler un abus au début de cette guerre bien

    au début de cette guerre bien plus prosaïquement les russes ont cherché à protéger leurs intérêts financiers. La dette d'Assad se montait à 19 milliards de $, à comparer aux 8 milliards que leur devait Kadhafi sur lesquels ils ont mis une croix malgré les "assurances" des occidentaux du genre "on ne vous laissera pas tomber". Instruits par ce lâchage les russes ont décidé de faire cavalier seul en Syrie et de se payer en pétrole. L'article décrit la suite me semble-t-il tout à fait exacte.

  • Par Mamounette - 12/01/2018 - 18:40 - Signaler un abus Le rêve ders Tsars

    Le rêve des Tsars était d'arriver à la Méditerranée, l'URSS aussi et c'est Poutine qui veut restaurer la grandeur de la "Sainte Russie" qui ve la rea

  • Par Mamounette - 12/01/2018 - 18:46 - Signaler un abus La fin

    C'est Poutine qui veut restaurer la grandeur de la "Sainte Russie" qui va le réaliser. Marc Bloch disait : "Le présent se lit à la lueur du passé", voila une belle démonstration de cette phrase. Jupiter devrait méditer la phrase de Marcel Bloch, il ferait moins de "C.....". A l'ENA on ne leur apprend pas grand chose sur le passé historique des nations et c'est un tort.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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