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La vraie bataille pour l’avenir de l’Europe est en train de se jouer dans l’indifférence générale

Lundi 19 février, les ministres des finances de la zone euro devaient choisir le futur vice-président de la Banque centrale européenne, premier des quatre postes qui se libéreront ces deux prochaines années à la tête de l’institution. Notamment celui de son président, Mario Draghi.

Et pendant que tout le monde est en boucle sur Wauquiez

Publié le
La vraie bataille pour l’avenir de l’Europe est en train de se jouer dans l’indifférence générale

Atlantico : En quoi peut-on affirmer que ces remplacements constituent les éléments clefs de la bataille européenne qui se joue en ce moment? 

Christophe Bouillaud : Comme l’a montré le déroulé de la crise européenne depuis 2008, les individus comptent autant sinon plus que les règles formelles qui régissent le fonctionnement de la  Banque centrale européenne (BCE). Cela veut dire qu’en fonction des personnalités des futurs dirigeants de la BCE on peut s’attendre à telle ou telle orientation future de la politique monétaire pour la zone Euro. Or cette dernière représente un élément essentiel de toute politique économique. C’est d’autant plus vrai que, si la reprise économique européenne se poursuit, les futurs dirigeants de la BCE devront gérer au mieux la sortie de la période d’argent presque gratuit pour les banques et plus généralement pour tous les gros emprunteurs.

Bien sûr, ils pourront bénéficier du retour d’expérience de la Fed qui s’est déjà engagé dans cette voie de la normalisation de la politique monétaire, mais, en même temps, la situation de la zone Euro restera très particulière, puisque les Etats membres de la zone Euro ont des niveaux d’endettement très différents et que, donc, la hausse des taux d’intérêt n’aura pas le même impact sur les finances des uns et des autres. 

 

Quel rôle la France, et plus précisément Emmanuel Macron, a-t-elle à jouer dans cette "bataille"? 

En tant que deuxième économie de la zone Euro, la France et ses dirigeants ne peuvent bien sûr pas rester indifférent à ces nominations. Au-delà des questions de personnes et d’équilibres entre Etats grands et petits, du nord et du sud, de l’ouest et de l’est, qui vont déjà jouer pour la nomination du nouveau vice-président de la BCE, l’exécutif français sera sans doute très attentif à ne pas voir à arriver à la tête de la BCE une personnalité qui reviendrait à la vision d’avant la nomination de Mario Draghi : la lutte contre l’inflation ne peut plus être le seul mandat de la BCE, les aspects de croissance et d’emploi doivent désormais être pris en compte, même s’ils ne sont toujours pas dans le mandat officiel de la BCE selon les Traités européens. La tâche d’Emmanuel Macron devrait être facilitée si, en Allemagne, un gouvernement de grande coalition CDU/CSU/SPD voit effectivement le jour. Les conservateurs allemands et leurs alliés européens, qui sont les principaux partisans d’un retour à la vision conservatrice de la BCE, seront ainsi largement contrôlés dans leurs ambitions proprement réactionnaires de retour à une BCE vue comme une « Bundesbank » continentale. 

Entre rupture et continuité, à quoi peut-on s'attendre de l'après Draghi ? Y-a-t-il des risques de voir s'opérer une rupture ? 

Vu les niveaux d’endettement de nombreux pays du sud de la zone Euro, France comprise, et la reprise économique très poussive en France et surtout en Italie, je vois assez mal comment l’après Draghi pourrait être marqué par une rupture nette, tout au moins une rupture entendue comme un retour à une politique monétaire décidément beaucoup moins accommodante, prenant éventuellement le risque du défaut d’un Etat membre de la zone Euro. Pour une telle rupture, il faudrait vraiment que l’inflation fasse son retour partout, et que l’on retrouve la vieille spirale salaires-prix des années 1970, y compris dans le sud de la zone Euro, nous en sommes très loin. Certes, les dirigeants conservateurs allemands et leurs alliés dans le nord de la zone Euro auront à cœur de limiter la bulle immobilière, en particulier en Allemagne même, et l’envolée de l’inflation chez eux, et ils voudront un dirigeant de la BCE sensible à ces aspects au nom de la stabilité monétaire, mais je doute qu’ils aient entièrement gain de cause. L’histoire de la zone Euro est tout de même celle d’un mécanisme qui a favorisé l’Allemagne « à l’insu de son plein gré », et du coup, il est tout de même peu probable que les dirigeants des autres pays ne continuent pas à demander en quelque sorte des compensations pour permettre de rendre l’aventure de l’Euro pérenne. L’élection d’un ministre socialiste portugais à la tête de l’Eurogroupe me parait un indice de ce rééquilibrage difficile à empêcher vu les performances de l’économie allemande depuis 2008. Les dirigeants allemands auront en effet bien du mal  à faire pleurer dans les autres chaumières européennes.

 

 

 
Commentaires

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  • Par zen-gzr-28 - 20/02/2018 - 09:26 - Signaler un abus Merci à Atlantico

    de sortir cet article. On peut se rendre compte, une fois de plus, de la sélection de la très grande majorité des médias des articles polémiques dont ils sont très friands en lieu et place de l'information avec un grand I

  • Par Ganesha - 20/02/2018 - 12:03 - Signaler un abus Mornes prévisions

    Article peu ambitieux : il n'envisage que deux hypothèses : le retour aux horreurs que nous avons vécues dans les dix années qui se sont écoulées depuis 2008. Ou, la prolongation de la torpeur, du brouillard glauque dans lequel nous vivons actuellement. C'est n'est pourtant, manifestement, que le calme qui précède les explosions, que ce soit ''la France qui s'ennuie'' dans les mois qui ont précédé Mai 68, ou la ''drôle de guerre'' de Septembre 1939 à Mai 1940. Aucun mur n'est éternel, surtout pas celui de Berlin. L'Euro est un système absurde et insupportable : une monnaie unique pour des pays qui mènent des politiques économiques indépendantes, opposées, sous les yeux d'une Commission européenne qui a perdu toute crédibilité ! Avec, comme ''leaders charismatiques'', Macron et Merkel ! Oui, l'avenir sera beaucoup plus amusant que les mornes prévisions de cet article !

  • Par ajm - 21/02/2018 - 22:02 - Signaler un abus Spirale mortifère.

    Ganesha : il est certain en effet que si, en effet, on avait la politique économique que vous préconisez, notre monnaie ne vaudrait guère mieux que le bolivar. Plus sérieusement, il est probable que la nouvelle gouvernance de la BCE ne modifiera que très progressivement la politique monétaire actuelle très accomodante et ceci d'autant plus que la situation des marchés US est assez incertaine, que l'Europe du sud commence tout juste à sortir du tunnel et que la situation Française est aussi très fragile et, enfin, que personne au sein de la zone euro ne veut être tenu pour responsable du déclenchement d'une spirale mortifère que plus personne ne pourrait contrôler une fois lancée.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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