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Vote de classe : l'effet richesse, clé de la carte électorale favorable à Emmanuel Macron

Ce à quoi nous assistons est une mise en conformité du paysage électoral et de l’offre politique avec les nouveaux clivages économiques, sociaux et sociétaux qui parcourent notre pays depuis au moins une vingtaine d’années.

Dessous des cartes

Publié le

Cette géographie du macronisme ne renvoie pas une cartographie connue de l’affrontement entre la gauche et la droite ni à l’implantation historique du catholicisme ou du communisme (Jésus et Marx pour reprendre la formule d’Emmanuel Todd et Hervé Le Bras) qui ont dessiné l’ossature géographique des principaux électorats français depuis l’introduction du suffrage universel. Cette carte du vote Macron ressemble davantage à la France du « oui » apparaissant à l’occasion des référendums européens (une bonne partie de l’Alsace en moins).

Ce qui la structure, ce n’est pas la survivance d’héritages politiques anciens mais plutôt un rapport à l’avenir. On a pu définir le macronisme comme un optimisme. Une enquête de l’Ifop pour L’Obs2 a ainsi montré que les électeurs d’Emmanuel Macron se caractérisaient par le taux le plus élevé d’optimisme, 72% d’entre eux se déclarant optimistes vis-à-vis de l’avenir du pays contre seulement 47% dans l’ensemble de la population et uniquement 29% dans l’électorat frontiste, ces deux électorats se retrouvant une nouvelle fois littéralement à fronts renversés. 

 

Cette relative confiance dans les chances du pays s’ancre d’abord dans la perception que ces électeurs ont de leur propre région. Or il est frappant de constater que l’opposition des deux France, celle soutenant Macron et celle soutenant Le Pen, renvoie précisément à des cartes3 qui montrent que la perception du degré de prospérité et de dynamisme économique de sa région par les populations locales a suivi des trajectoires radicalement opposées sur une cinquantaine d’années. Alors qu’au début des années 60, les habitants des régions industrielles du nord et de l’est se voyaient comme vivant dans des zones tirant l’économie nationale, ils se perçoivent comme résidant aujourd’hui dans des régions en déclin. Le processus de désindustrialisation a très durement frappé ces régions dont les populations locales, et notamment ouvrières, ressentent un sentiment de décrochage par rapport aux générations précédentes, ce sentiment de déclin collectif et individuel nourrissant le vote FN. Dans l’ouest à l’inverse, les habitants ont actuellement l’impression de vivre dans des régions économiquement plutôt préservées et assez dynamiques, sentiment qui n’était pas du tout présent il y a 50 ans. Même si la situation actuelle peut parfois être difficile, le sentiment majoritaire qui prévaut est celui d’une élévation du niveau de vie par rapport à la génération précédente, climat psychologique nettement moins propice au développement du vote FN.

Ces différences en termes de situation objective comme de ressenti, se traduisent très concrètement au plan électoral. Depuis une trentaine d’années, le FN s’est installé dans cet espace de la désindustrialisation et dans cette France se ressentant objectivement en déclin. Il y a fait son nid et y consolide ses positions élection après élection. Mais jusqu’alors, aucune force politique n’avait été capable d’occuper à elle seule l’autre espace, celui de la France optimiste et en relativement bonne santé, le PS, la droite et le centre s’en partageant les parties tout en conservant quelques enclaves historiques dans l’autre France. A l’occasion de ce scrutin où, pour des raisons diverses (les fractures exacerbées lors du quinquennat Hollande pour le PS, l’affaire Fillon pour Les Républicains) les deux grandes forces politiques traditionnelles ont été fragilisées, une offre politique nouvelle, pro-européenne et défendant les opportunités offertes par la globalisation, a pu émerger et se hisser au second tour. Pour ce faire, elle s’est appuyée sur les couches sociales et les territoires les plus dynamiques et les moins fragilisés. En ce sens, ce premier tour est historique car c’est à cette occasion qu’un parti du « oui » unifié est véritablement né en s’ancrant dans une sociologie et une géographie qui lui sont propres. Le FN qui occupait de longue date la même fonction de parti-étendard mais pour la France du « non » vient de trouver pour la première fois son opposant parfait qu’il va affronter de surcroît au second tour. Bien, encore une fois, que des conditions particulières aient conduit à l’élimination du PS et des Républicains, ce duel inédit au second tour revêt une signification majeure et représente l’aboutissement d’un long processus. En effet, ce à quoi nous sommes en train d’assister est une mise en conformité du paysage électoral et de l’offre politique avec les nouveaux clivages économiques, sociaux et sociétaux qui parcourent notre pays depuis au moins une vingtaine d’années. La question du conflit capital/travail avait joué un rôle déterminant dans la genèse des partis ouvriers à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Nous sommes manifestement aujourd’hui à un nouveau stade de l’évolution économique de nos sociétés et à ce nouveau stade correspond une nouvelle ligne de clivage entre les gagnants et les perdants de la mondialisation, pour faire simple. Cela se traduit notamment en termes de maîtrise du capital culturel d’où l’importance d’une variable comme le niveau de diplôme dans la structuration des votes. Les données de l’Ifop4 indiquent en effet que moins on était diplômé, plus on a voté pour Marine Le Pen alors que les diplômés optaient massivement pour Emmanuel Macron et très peu pour le FN.

 
Commentaires

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  • Par Fredja - 05/05/2017 - 10:22 - Signaler un abus Il y a un truc incompréhensible...

    ...dans le vote Macron : plus les gens payent d'IR, plus ils ont voté Macron. Je ne comprends pas, ils sont complètement suicidaires : déjà, c'est eux qui vont payer la taxe d'habitation pour les 80% qui sont exonérés, et ils n'ont pas bien lu le programme de Macron, qui ne va leur apporter que des pertes de pouvoir d'achat... En particulier les familles, pour lesquelles il conserve tout le matraquage fiscal instauré par son maître à penser en scooter (quotient familial abaissé, alloc supprimées ou réduites, et j'en passe...). Pour le vote Le Pen, ça me paraît beaucoup plus cohérent : ceux qui vivent au quotidien les incivilités ou les "cousins islamistes" n'ont pas d'hésitation au moment de voter, car Macron est clairement "islamo compatible" et "vivre-ensemble' compatible, entendez opposé à avoir une justice digne de ce nom dans notre pays.

  • Par Anouman - 05/05/2017 - 11:03 - Signaler un abus Richesse

    Quelle richesse? Ils sont tous à l'ISF? Macron a rassuré les retraités en leur disant que seuls les plus aisés paieront les 1.7 de CSG. Ceux qui ont plus de 14000€. C'est certain, avec 1200€ par mois on est à l'aise... Pourquoi les gens votent-ils contre leur intérêt? A mon avis c'est la France suicidaire qui vote pour Macron.

  • Par Mamounette - 05/05/2017 - 14:58 - Signaler un abus Les (riches) retraités !!! leur pouvoir d'achat peut baisser

    Minet Arc en Ciel "a rassuré les retraités en leur disant que seuls les plus aisés paieront les 1.7 de CSG. [...] C'est certain, avec 1200€ par mois on est à l'aise..." Eh bien moi, il ne m'a pas rassuré. il remplace les cotisations par une augmentation de la CSG afin d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés !! Chapeau, les retraités vont payer pour les salariés. Jean Pisany Ferry qui a été au comité France Stratégie avait publié un rapport indiquant que les retraités étaient mieux traités que les actifs donc il faut baisser leur pouvoir d'achat. Cet économiste a quitté France Stratégie afin de rejoindre Macron et lui inculquer ses idées anti retraité. La haine des vieux, il y en a ras le bol, qui va payer pour la taxe d'habitation, il ne le dit pas. Avec 1200 €, si c'est cela la richesse, il parait que ce monsieur aurait dépensé un SMIC par jour. Les retraités qui votent pour lui n'ont rien compris, il est contre l’immobilier, Fabius, avait retiré de l'ISF les œuvres d'art, lui c'est les actions etc... Ceux qui votent pour lui sont masochistes, il suffit de lire le programme qui est flou sur le financement, pas sur les dépenses, c'est L’État qui paye a dit son mentor.

  • Par Michèle Plahiers - 05/05/2017 - 15:34 - Signaler un abus Cabaret

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  • Par ciorane - 05/05/2017 - 17:02 - Signaler un abus Bizarre

    Nathalie Arthaud a pourtant déclaré qu'on ne pouvait pas vivre dignement (sic) avec moins de 1800 euros par mois !

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 05/05/2017 - 18:44 - Signaler un abus Le problème n'est pas le

    Le problème n'est pas le coefficient familial, mais chez certains le coefficient intellectuel. En tout cas, ceux qui votent Marine ou ont voté Mélanchouille, n'ont toujours pas compris que tondre les riches n'a jamais profité aux pauvres...........Grâce à ces 40% d'électeurs, le populisme à encore de beaux jours devant lui

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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