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Voilà à quoi ressemblera le contexte économique français et ça n'est pas très encourageant pour le quinquennat Macron

Le remplacement prochain de Mario Draghi à la tête de la BCE n'a rien de rassurant : les Allemands veulent prendre les choses en main, et c'est peut-être à cet instant qu'on peut se rendre compte de l'impact de la présidence de l'Italien à la tête de la banque centrale...

Resserrement monétaire

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Voilà à quoi ressemblera le contexte économique français et ça n'est pas très encourageant pour le quinquennat Macron

L’ordre dynastique des banquiers centraux indépendants a ses raisons que la raison (fut-elle d’Etat) ignore. En 2019, Mario Draghi doit céder son trône, et les Allemands revendiquent déjà la succession, ce qui signifie que la pression se renforce pour mettre fin prématurément au Quantitative Easing (QE) et à tout ce qui pourrait ressembler à un soutien de l’économie (cette fameuse économie qui se porte comme un charme, comme chacun sait), et ce même quand ce soutien ne leur coûte rien. En plus, les américains durcissent les conditions monétaires, en l’absence même de toute inflation chez eux : pas question, pour la BCE, de passer pour une dégonflée ; si elle ne montre pas les muscles l’euro va à la parité avec le dollar (c’était encore le consensus de marché il y a très peu de temps) et, ça, c’est insupportable pour des gens très préoccupés par la disculpation du blâme, par l’orgueil et par le qu’en dira-t-on outre-Rhin.

Alors ils vont durcir les conditions monétaires, whatever it takes, et peu importe si tout cela n’a aucun sens économique. Comme le disait Paul Volcker, leur mentor à tous : on n’obtient son diplôme de banquier central que le jour où l’on a monté les taux d’intérêt (rappelons qu’il s’exprimait à une époque lointaine où l’inflation sévissait…).

Pour poser un petit ordre de grandeur, retenez qu’une hausse de l’euro de 5% contre les autres monnaies coûte environ 0,2 point de pourcentage de croissance à la zone euro aussi bien l’année suivante que l’année d’après. Or il se trouve que l’euro, qui devait rejoindre la parité avec le dollar avant la fin de l’année, a été propulsé à 1,17 depuis le discours foireux de Draghi à Sintra, et ce n’est peut-être pas terminé. Dans ces conditions, tabler sur 10% de mouvement injustifié de l’euro est très gentil. Vous me direz que perdre 0,4 point de croissance annuelle n’est pas très impressionnant. C’est oublier que la zone fait (au mieux) 1,6% de croissance dans les bonnes années, et encore, avec des taux négatifs, avec 800 milliards d’achats d’actifs sur 12 mois, et avec un maximum de complaisance de la part des investisseurs. Donc, nous parlons du quart du rythme de la croissance qui se trouverait (toutes choses égales par ailleurs) amputé en 2018, et plutôt un tiers en France si on se base sur les prévisions les plus consensuelles. Même sanction en 2019. (Et je dis tout ça à condition que les taux d’intérêt ne remontent presque pas, et qu’aucun tsunami boursier ou pétrolier ou autre ne survienne). Ça fait cher payé pour un caprice d’égo, de casting et de calinothérapie avec Francfort.      

Et le petit Macron dans tout ça, le représentant en France de Benoit Coeuré ? Il ne pèse rien, parce qu’il a dès le début bien précisé qu’il n’entendait pas peser sur les gens qui prennent ce genre de décisions. Son plan ingénieux consiste à donner des gages à l’Allemagne (les « réformes structurelles ») pour, un beau jour, pouvoir peser dans des négociations sur des avancées fédéralistes (budget, euro-bonds, etc.). C’est, après tout, le rêve constant des élites françaises de droite et de gauche depuis plus de 30 ans, sous des vocables divers. Les têtes changent, les agences de com’ modifient l’enrobage, les pratiques restent. L’échec flagrant de cette « stratégie » ne les a pas conduits à une vraie remise en cause, ce qui montre que la faible circulation des élites reste un problème de fond, mais passons. Il ne faut pas leur en vouloir, ils ne savent pas ce qu’ils font (le concept de réforme en particulier n’est pas très précis chez eux, ils sous-estiment constamment les coûts et les délais, il faut dire qu’ils ne sont ni économistes ni sur la liste des perdants des réformes), et ils n’ont pas bien noté que le curseur posé par l’Allemagne se déplace sans cesse, ce qui conduit tout un pays au suivisme le plus infantile et le plus pathétique (Angela = « catch me if you can »). Mais s’il faut être indulgent avec les hommes, il faut être intraitable avec les idées. En l’occurrence, avec le mythe du structurel ou du budgétaire qui seraient plus important que le monétaire, ou la sinistre blague selon laquelle les français seraient plus « mûrs pour la réforme » que leurs décideurs, ou la farce d’un secteur privé qu’il faudrait conduire depuis l’Elysée vers le capitalisme moderne alors que tout indique que ce sont nos administrations qui auraient besoin du vent du changement. Bref.   

 
Commentaires

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  • Par vangog - 31/07/2017 - 13:44 - Signaler un abus Fin du quantitative easing!!!!!!

    Et la France gauchiste qui n'a même pas eu le temps d'en profiter (comme des taux d’intérêt et du pétrole bas, par ailleurs)...Aïe! Aïe! Aïe, Caramba!

  • Par kelenborn - 31/07/2017 - 14:56 - Signaler un abus virevoltant

    Oui tjs virevoltant notre Mammamucherie!!! Il y en a un qui devrait faire la gueule c'est Sylvestre qui nous annonçait l'autre jour que la catastrophe arrivait pour les US car le dollar s'effondrait!!! Ben ouais 0.5% de baisse du dollar par rapport à l'Euro c'est 0.2% de taux de croissance en moins pour... la zone euro! Tu te rends compte, on n'en a déjà pas beaucoup (sans doute parce qu'on ne sait pas reconnaitre les bienfaits de l'Union et qu'elle nous punit) mais 0.2 de 1.6 , c'est 12% de la croissance qui s'évanouit! Réjouis toi, Jean-Marc, tu pourras expliquer ensuite qu'il faut foutre en l'air les congés payés! Tu t'en fous toi...t'es à la retraite!

  • Par Fredja - 31/07/2017 - 17:16 - Signaler un abus Interessant cet article

    je suis d'accord avec kelenborn, JM Sylvestre devrait le lire, il raconterait alors surement moins de conneries dans ses propres chroniques. Ce que je partage avec M. Mucherie, c'est bien que ce sont une fois de plus les salariés du secteur privé et les indépendants qui vont pendre cher, dans la droite ligne de ce qu'à fait Hollande. Je n'ai pas voté Macron car pour moi c'est un usurpateur qui a pris la présidence suite à un coup d'Etat médiatique, et ce qui se passe ne fait que confirmer ce sentiment. On reste exactement dans l'idéologie socialiste qui consiste à appauvrir au maximum les "riches", tuer toutes les initiatives. Et en plus en favorisant les islamistes chez nous (le bouquet !). On n'est pas dans la m...

  • Par lexxis - 01/08/2017 - 21:44 - Signaler un abus @Fredja

    Si, si vous avez raison, on y est sans aucun doute, mais la vérité oblige en réalité à préciser qu'on y reste. Quoi qu'il s'en défende, nous allons tous bientôt savoir si Macron ne fait que prolonger Hollande, ou s'il s'en démarque. Pour l'instant les distances prises sont faibles et hésitantes et on broie beaucoup de vide, tout en cédant à la toute puissance de Bercy qui pourtant depuis plus de 30 ans a clairement montré combien en préservant bec et ongles ses propres avantages, la Haute Fonction Publique sait efficacement nuire au pays.

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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