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Voici notre correction des sujets du Bac Philo 2016...

"Travailler moins, est-ce vivre mieux ?" ; "Nos convictions morales sont-elles fondées sur l'expérience ?"

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Voici notre correction des sujets du Bac Philo 2016...

Ca y est ! Les sujets sont tombés ! Notre rédaction vous propose "sa" correction des sujets…

Filière S : "Travailler moins, est-ce vivre mieux ?"

Quel sens de l'humour du jury, avec ce clin d'œil à l'actualité politique ! Le piège est gros, et il s'agit évidemment de ne pas tomber dedans en parlant de la Loi El Khomri…

L'accroche se présente d'elle-même : le mot travail, étymologiquement, vient du latin tripalium, qui est un instrument de torture. Dans le monde antique, le travail n'est pas forcément bien vu. Ce qui permet d'avoir une approche historique du sujet.

On pourra donc partir sur une première partie, qui reviendra sur la position des grands philosophes antiques.

Qu'est-ce que "vivre mieux" ? Pour Platon (petit un), il n'y a qu'une réponse possible : vivre mieux, c'est contempler la Vérité, et les Formes des Idées, éternelles, issues de l'esprit de l'Un qui est la source de toutes choses ; chez Plotin, son successeur, cette contemplation est quasi-religieuse et mystique. La seule belle et vraie vie, c'est la via contemplativa des philosophes. Le travail, c'est ce qui nous maintient dans la Caverne, c'est le monde des apparences. Chez Aristote (petit deux), c'est encore plus clair : l'homme vraiment libre, l'homme qui vit bien, c'est celui qui ne travaille pas. Il a besoin de temps pour contempler la nature. C'est, en somme, un propriétaire terrien, qui a des esclaves, qui travaillent à sa place. Position partagée par Cicéron, lui aussi riche propriétaire terrien, pour qui la pire chose imaginable était l'esclavage—et qui n'a jamais remis en question le système esclavagiste romain. Pour les penseurs antiques, donc, vivre mieux c'est ne pas travailler du tout. Une position qui peut paraître belle de premier abord—une vie de loisir et de contemplation—mais qui révèle vite sa fache cachée, qui dans le monde antique était l'esclavage.

Bonne transition, donc, pour une seconde partie, qui peut montrer la valeur du travail pour une vie. Cette idée apparaît chez les premiers chrétiens (petit un). Dans la Genèse, avant la Chute, Dieu demande à Adam de cultiver le Jardin d'Eden. Le travail est donc, littéralement, un don du Ciel, et pour les penseurs chrétiens et juifs, il fait partie de l'"Image de Dieu" en l'homme. En créant l'Univers, Dieu travaille, puis se repose. Par son travail, l'homme imite Dieu en créant des choses de l'ouvrage de ses mains. Après la Chute, Dieu pose une malédiction sur le travail : "C'est à force de peine que tu tireras du sol ta nourriture tous les jours de ta vie." Mais malgré cette malédiction, dans la Bible, le travail reste une vocation divine. Les premiers moines d'Occident, sous la direction de Saint Benoît, prendront comme devise "Ora et Labora", "Priez et travaillez." L'oisiveté est un jouet de Satan, et pour bien vivre, au sens le plus profond du terme, il faut travailler. Une idée qui prendra toute sa floraison avec l'ère bourgeoise (petit deux). Face à une Eglise catholique qui valorise à son goût trop les vocations cléricales, Martin Luther vante le travail des laïcs. Il remarque que la Bible dit que "Dieu" nous donne notre pain quotidien, mais il le fait à travers le fermier qui cultive le blé et le boulanger qui fait le pain. Une idée qui mènera à la fameuse "éthique protestante du travail" louée par Max Weber, et qui est selon lui la clé de la prospérité de la Révolution industrielle, ce en quoi il est rejoint par l'historienne Deirdre McCloskey. On pourra ici évidemment citer également Adam Smith, et Alexandre Kojève, qui voit dans le travail une opportunité de réalisation de soi.

Une révolution industrielle qui a peut être donné au monde une prospérité sans précédent, mais également une forme extrêmement aliénante du travail (partie trois). Le sujet, rappelons-le, n'est pas sur la valeur du travail en soi, mais sur la valeur de travailler moins. On pourra (petit un) citer toute l'histoire du dix-neuvième siècle qu'on connaît : l'aliénation du travail, concept important chez Marx, et décrite avec tant de force par Zola. Ce qui permettra de poursuivre la réflexion (petit deux) en citant les penseurs distributistes comme GK Chesterton et Hilaire Belloc qui veulent combattre le capitalisme et l'aliénation du travail, non pas par le socialisme, mais en faisant de chaque homme le propriétaire de son outil de travail. On pourra donc conclure qu'il y a travail et travail ; que si un travail est aliénant, vivre mieux c'est travailler moins, mais surtout que vivre mieux est moins une question de moins ou plus, mais de mieux ou moins bien.

 
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