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Vivre après avoir subi des violences sexuelles : ce que l’on sait maintenant des méthodes qui fonctionnent pour se reconstruire

L'association "Mémoire traumatique et victimologie", présidée par le docteur Muriel Salmona, a publié lundi 2 mars un rapport intitulé "Impact des violences sexuelles de l'enfance à l'âge adulte". Vaste étude sur le sujet, elle a été menée auprès de plus d'un millier de victimes de viols ou d'agressions sexuelles et met en lumière ce que l'ombre et les tabous cachent bien souvent. Pourtant, certaines thérapies permettent aux victimes qui brisent le silence d'être pris en charge pour se reconstruire.

Revoir la lumière

Publié le - Mis à jour le 6 Mars 2015
Vivre après avoir subi des violences sexuelles : ce que l’on sait maintenant des méthodes qui fonctionnent pour se reconstruire

Les sequelles sont immenses à l'âge adulte Crédit Reuters

Atlantico : Le rapport de l'association Mémoire traumatique et victimologie s'est intéressé à la situation de 1214 personnes victimes de viols ou d'agressions sexuelles. Si ces individus ont fait le choix de répondre à cette enquête, on sait que la plupart des victimes restent anonymes. Aujourd'hui, que sait-on en France de l'ampleur du  phénomène que constitue ces violences ?

Dr Violaine Guérin : Les gens qui connaissent bien le sujet ont quand même une idée de l'ampleur du phénomène. Nous communiquons sur le chiffre d'une femme sur quatre victime de violences sexuelles. Mais c'est peut-être une femme sur trois. L'Union européenne a dirigé un rapport, paru en janvier 2014, qui montre que dans les pays où l'on ouvre la parole, les pays nordiques par exemple, la moyenne est plutôt d'une femme sur trois.

Par contre, il y a très peu de choses communiquées sur les violences sexuelles faites aux hommes. Il faut alors se référer aux études faites chez les enfants, ou les adolescents, car les violences sexuelles faites aux hommes le sont essentiellement pendant l'enfance. Il y a très peu de données là-dessus, la première étude à ce sujet avait été faite suite aux viols signalés par les joueuses de tennis, menée par Isabelle Demongeot et d'autres, et conduite par l'université de Bordeaux 2. Elle a mis en évidence des violences chez les garçons et chez les filles, à 50% chacun. Les gens qui travaillent sur ce sujet des violences sexuelles savent très bien que les garons sont énormément touchés, particulièrement avant l'âge de 16 ans. Les statistiques produits par les pays qui ont mené des études sérieuses à ce sujet, comme par exemple le Canada, montrent qu'un homme sur six est touché, et nous sommes probablement dans les mêmes statistiques en France. Mais il n'y a pas de démarche de l'Etat français pour connaître ces statistiques, ce sont les associations qui sont obligées de s'y substituer pour faire des études épidémiologiques, ce qui parfaitement anormal parce que dans ce pays on ne veut pas voir ces violences sexuelles.

L'étude de l'association Mémoire traumatique et victimologie est importante, même si méthodologiquement elle est forcément imparfaite comme la plupart de celles sur le sujet à cause des tabous et du fait que la plupart des victimes n'osent pas parler. Il y a donc plein de bais méthodologiques. Mais il faut voir ces chiffres comme une partie émergée de l'iceberg, même s'il existe toute une partie immergée qui est immense. Les statistiques sur les violences sexuelles, qui sont avant tout des violences faites aux enfants, sont absolument catastrophiques dans notre pays. Il faut bien comprendre qu'il y a des dizaines de milliers d'enfants victimes, tous les jours, d'agression sexuelle. Cette étude a l'intérêt d'alerter car elle montre une certaine ampleur qui n'est pourtant rien face à la réalité des choses. Il faut d'abord que les personnes aient eu la volonté d'aller remplir cette enquête. Ensuite, il y a quelque chose de très important à comprendre, c'est que plus on est jeune plus on est touché par des phénomènes d'amnésie post-traumatique, ce qui fait qu'on n'a pas forcément conscience de ce qu'il s'est passé, et cela se révèle des années plus tard.

 
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  • Par Henrik Jah - 03/03/2015 - 19:05 - Signaler un abus Au Docteur Violaine Guérin

    Merci de rappeler que les chiffres officiels concernant les violences sexuels sont largement sous-estimés. Malheureusement, on s'occupe plus souvent des violeurs en leur cherchant des excuses (il a eu une pulsion, sa victime était partiellement consentante, il a eu une enfance difficile, etc.) que des victimes. Ces victimes vivent le plus souvent dans la peur et dans la honte jusqu'à la fin de leur vie. Il faudrait vraiment considérer le viol comme un meurtre émotionnel et moral car en effet les victimes ne seront plus jamais les mêmes. Cela impliquerait évidemment d'alourdir considérablement les sanctions pour ces faits.

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Violaine Guérin

Violaine Guérin est médecin endocrinologue, gynécologue, elle est créatrice et pésidente de l'Association Stop aux Violences Sexuelles (SVS).  Elle a publié "Comment guérir après des violences sexuelles ?", éd. Tanemirt.

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