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Violences policières et caillassage d'un commissariat : une énorme bavure collective qui en dit long sur l'état de la France

Les dernières manifestations de lycéens contre le projet de loi El Khomri ont été marquées par plusieurs actes de violence, aussi bien du côté des policiers que des jeunes. Face à ce comportement, c'est l'irresponsabilité des adultes - parents et politiques - qui doit être pointée du doigt.

Dérapages

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Violences policières et caillassage d'un commissariat : une énorme bavure collective qui en dit long sur l'état de la France

La scène a valeur de symbole : en plein Paris, barricadés dans leur commissariat,  subissant le siège de quelques dizaines de lanceurs de pierres, des policiers tétanisés, tremblotant derrière leurs boucliers comme dans les albums de notre enfance, les Romains attendant sous la torture les assauts d'Asterix et Obélix. Il s'agit  de la "force publique" d'une République qui a paraît-il décrété "l'état d'urgence" et déclaré la guerre au terrorisme !  Devant la bande-titre choisie par le JT de France 2 pour présenter l'évènement, il y avait de quoi se frotter les yeux : "Lycéens : deux commissariats pris pour cible".

Dans la France de ce début de XXIème siècle, donc, le fait que des lycéens s'amusent à caillasser des commissariats ne choque même plus. La "colère" légitime ces actes, de même que "la peur de l'avenir" légitime les manifestations d'adolescents immatures et le blocage des établissements scolaires dans lesquels, en principe, se prépare le dit avenir. Deux institutions républicaines sont concomitamment humiliées: la police et l'Education nationale. Comment en effet prendre au sérieux une institution qui prétend lutter contre la "radicalisation" des jeunes par un "enseignement moral et civique" mais qui, face à la désertion et aux débordements des "lycéens en colère"se résigne à une coupable passivité ?

Le coup de poing vengeur par lequel le scandale public est venu est bien entendu indéfendable. Le fonctionnaire de police fautif doit être rappelé à ses devoirs et sans doute sanctionné. Il n'y a aucune raison, cependant, d'exonérer des leurs les autres acteurs sociaux défaillants : lycéens violents, chefs d'établissement laxistes, parents tolérant l'absentéisme de leurs enfants, ministres se défaussant de leurs responsabilités, politiques et médias cédant à la démagogie. Le pouvoir de l'image ne doit pas nous interdire de mettre les choses en perspective. En premier lieu, il importe de rappeler le bilan des manifestations de ces derniers jours, qui est édifiant : une dizaine de policiers blessés, des voitures incendiées, des magasins vandalisés, un feu déclenché à la porte d'un lycée parisien, etc.. La violence, de toute évidence, était pour l'essentiel du côté des étudiants et des lycéens. Ensuite, il faut convenir du fait que si les lycéens sont dans la rue et l'Education nationale à la rue, la police, elle, fait tant bien que mal son travail en essayant de maîtriser ces débordements. Il est vain en la matière de feindre l'ingénuité : il y aura toujours quelques coups de matraque abusifs de-ci de-là. Tant qu'on n'aura pas remplacé les hommes par des robots, le risque existera pour les jeunes insolents qui leur lancent des oeufs sur le coin de la figure de rencontrer des policiers excessivement chatouilleux. Consentir aux manifestations de rue de nos ados revient à consentir par avance à ce risque. Encore s'en tire-t-on cette fois-ci à bon compte : en 2010, un lycéen avait été gravement blessé au visage à la suite d'un tir de Flash-ball.

La bavure de la brute policière doit donc, me semble-t-il, être traitée comme un fait social total : il s'agit pour ainsi dire d'une bavure collective, puisque la situation qui l'a rendue possible, qui était tout sauf imprévisible, est une construction collective - l'oeuvre conjointe de la classe politique, des médias et de l'opinion. La classe politique donne une fois de plus le spectacle de la mollesse, de l'impuissance et de l'indécence. Les politiques, quand ils n'ont pas la tête dans le sable, assistent en spectateurs - smarphones en main pour réagir à un éventuel dérapage - au blocage des lycées et à l'affrontement de la police et des lycéens, comme s'il s'agissait de scènes de la vie publique ordinaire dont ils n'étaient en rien responsables. Najat Vallaud-Belkacem qui est, si l'on en croit les médias, ministre de l'Education, n'a pas eu un mot pour dénoncer le blocage des établissements scolaires et les débordements de violence des lycéens. Absente de ses responsabilités dans le monde réel mais à l'affût du moindre buzz sur les réseaux sociaux, elle a prudemment tweeté au moment médiatiquement opportun : "Violence choquante sur un lycéen. D'où qu'elles viennent, les violences sont inadmissibles." D'où qu'elles viennent ?! Mais d'où viennent-elles donc ? Najat ne voit pas, ne sais pas, ne nomme pas. Elle feint de ne pas voir que les violences viennent ou bien des forces de police, sous la responsabilité du ministre de l'Intérieur, ou bien des lycéens, dont le ministre de l'Education nationale est responsable. La palme de l'indécence revient cependant cette fois à Anne Hidalgo. Après le blocage des lycées parisiens, le feu mis à l'un d'entre eux, le caillassage de deux commissariat parisiens, le premier édile parisien fait enfin mine de s'apercevoir qu'il se passe quelque chose : "Dans ce contexte tendu, fait-elle savoir, je réitère ma condamnation de toute violence policière et mon engagement à faire respecter le droit de manifester." Qu'est-ce que le "droit de manifester" des lycéens, selon Anne Hidalgo ? Le droit de sécher les cours ? De bloquer son lycée ? De jeter des oeufs sur les policiers ? De les agresser (rappelons la dizaine de policiers blessés) ? On n'en saura pas plus. Anne Hidalgo choisit de voir ce qu'elle a envie de voir et se lave les mains des conséquences de son soutien de principe aux "combats" de la jeunesse.

 
Commentaires

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  • Par sapiensse - 29/03/2016 - 07:17 - Signaler un abus Juste

    Cet article sonne juste et reflète probablement la pensée des Français qui en silence sont sidérés de voir ces jeunes caillasser des commissariats, vandaliser un Franprix. Et plus encore de voir la classe politique soutenir ces manifs. Cela en dit très long sur les gens qui nous gouvernent et font sombrer le pays. Mais les Français évoluent aussi... lors des attentats du 13 novembre, quelques semaines avant les élections, la popularité de Hollande remontait brusquement. Ici avec les attentats de Bruxelles, elle continue de chuter. Les Français cependant vont continuer à courber l'échine, sauf si un événement majeur tel qu'une nouvelle crise économique survient. Là d'un seul coup, il y aura une révolution. Mais les probabilités de mettre le feu à l'Elysée sont fort heureusement très faibles. Mais au fait quelle différence y a t il entre caillasser un commissariat, dévaliser un Franprix et mettre le feu à l'Elysée ?

  • Par pale rider - 29/03/2016 - 07:56 - Signaler un abus les médias c'est nous ???? wtf !!!

    vous peut être , pas moi . La connivence de la presse française et de la classe politique française est devenue légendaire .

  • Par Deudeuche - 29/03/2016 - 08:41 - Signaler un abus les enfants de Bobos

    ont fait une reconstitution. Il ne manque plus que les costumes de 1968, quelques R16 4L et 2cv incendiées.

  • Par tubixray - 29/03/2016 - 08:51 - Signaler un abus Non droit partout

    En Europe, à nos frontières, dans certaines de nos banlieues, dans nos universités et lycées et maintenant devant nos commissariats le droit n'est plus ...... Le pauvre citoyen qui vivant de son salaire respecte les lois, le code de la route, paye ses impôts est devenu la vache à lait d'un système dévoyé ou les voyous et criminels se moquent de tout droit.......Nous n'avons rien à espérer de ce gouvernement de la honte ou cette Europe folle, une solution existe pour ceux qui le peuvent = partir ... funeste conclusion.

  • Par zouk - 29/03/2016 - 09:17 - Signaler un abus Manifestations, manipulées, de la "jeunesse"

    A quelle déchéance sommes nous parvenus! Légitimes les manifestations de lycéens sur la loi Travail? En quoi sont-ils concernés et sur quelle information? Probablement des groupes d'extrème gauche exploitant les sentiments de générosité mal informés de la jeunesse, et ce avec la connivence passive des politiques et des parents qui laissent attaquer les forces de police sans réagir. Le Général de Gaulle parlait de chienlit, je manque de vocabulaire devant notre scandaleuse déchéance

  • Par Lafayette 68 - 29/03/2016 - 09:43 - Signaler un abus Excellent article

    J'ajouterai le bac pour tous (bientôt les master) , les jurys complaisants , la cogestion syndicale au ministère de l'EN ,avec la FSU socialo-communiste-toute puissante depuis 45 , la complicité quasi générale des professeurs rétifs à tout changement dans l'organisation de leur métier depuis les décrets de 1950 (vacances présence faible dans les établissements publics et travail à la maison non vérifiable et quantifiable , distorsion, agrégés-certifiés en termes horaires et salariaux à responsabilités égales et ....diviser pour mieux régner , féminisation absurde du primaire) , programmes et organisation de l'année aberrants...

  • Par MONEO98 - 29/03/2016 - 09:53 - Signaler un abus comme d'habitude

    Quand on a été élevé depuis 68 dans une ambiance ,mort aux keufs,que systématiquement les forces de l'ordre recoivent des ordres de se replier lorsqu'elles sont attaquées ,qu' à priori elles sont coupables de faits brutaux contre des angelots manipulés comme dab par des professionnels de la déstabilisation du pays ,que les journées de la jupe n'existent plus faute de jupes,que les parents n'ont plus le droit de mettre un coup de pied au C.. de leurs progénitures se comportant comme des voyous , au lieu d'apprendre en classe, un minimum d'un programme déjà débile et orienté et quand un flic secoue un peu un manifestant ( même de 15ans ,que faisait il là? sans savoir si celui ci ne l'a pas aimablement par exemple traité de tarlouze ou de fiotte ( attention ces terme sont autorisés et ne sont pas inappropriés selon les nouveaux usages français ,en attendant leur apparition dans le dictionnaire officiel) bref quand cette culture nihiliste confondant liberté individuelle et dictature de la rue est devenue culture comment penser que nous nous en sortirons.

  • Par Eolian - 29/03/2016 - 10:33 - Signaler un abus Excellent article

    merci aux commentateurs précédents. Il n'y a rien à ajouter tant Eric Des Chavannes voit juste. Mais le redressement prendra du temps. Il faut changer complétement l'Education Nationale et ce de la maternelle au bac, vaste programme!

  • Par vangog - 29/03/2016 - 10:58 - Signaler un abus Le premier chantier patriotique sera celui de l'Education!

    Colonisée très tôt par les gauchistes, elle est à l'origine de bien des maux de la France... Les Francais deviennent enfin conscients d'une situation que nous dénonçons depuis plus de quarante ans! La dictature des syndicats d'ultra-gauche, l'influence néfaste des pedagogistes, la féminisation outrancière, la manipulation mentale indigne, les méthodes syllabiques, ABCD, le racisme anti-Français et anti-blanc sont les méthodes de ce nouveau fascisme qui n'ose pas dire son nom et l'éducation nationale ( sic) est son bras armé ( avec la Justice et les Medias). Il nous faut décontaminer la Justice, les Medias et l'Education de leur pourriture gauchiste, avant d'espérer quoi que ce soit pour la France...il n'y a plus à tortiller!

  • Par lasenorita - 29/03/2016 - 11:36 - Signaler un abus Caillassages de commissariat.

    Les musulmans ''cassent tout'' dans notre pays, ils volent, ils tuent, vendent de la drogue, ils caillassent les voitures de pompiers, de policiers, les bus de nos villes.. Pourquoi nos ''politiques'' laissent-ils entrer, en France, ces musulmans qui ont chassé de ''leur'' pays TOUS les non-musulmans, leur ont volé leurs biens, ont tué et torturé nos militaires et des ''civils innocents'' qui étaient installés en A.F.N. depuis plusieurs générations!...

  • Par lasenorita - 29/03/2016 - 11:43 - Signaler un abus Les Chrétiens sont persécutés.

    Les Chrétiens sont persécutés dans les ''pays musulmans'' où ils sont de moins en moins nombreux...ils n'y ont aucun droit: ils ne peuvent voter, ni afficher leur foi chrétienne...Pourquoi nos ''politiques'' donnent-ils autant de droits aux musulmans qui vivent en France???...les rues de ma ville sont envahies de ''femmes voilées'' qui sont arrogantes...mais elles ne sont pas ''chez elles''...ce ne sont que des ''Françaises en papier''...qui ne cherchent pas à s'adapter au pays qui les accueillent!

  • Par Lafayette 68 - 29/03/2016 - 11:51 - Signaler un abus @Eolian

    Oui vaste programme et on devrait bien regarder celui de chaque candidat pour 2017 sur cette question tant elle est prioritaire et urgente . Le culturel donc l'éducatif ( et la formation qui va avec) sont les vrais moteurs du changement à mon sens qui rebâtiront l'économique et le social...et non l'inverse.( coûts psychologique et budgétaire énormes). Les acteurs ( 1 million) du système mis en place en 45 devront accepter ces changements .

  • Par Zèbre Zélé - 29/03/2016 - 12:15 - Signaler un abus Les médias, c'est nous ?

    Non, les médias ce n'est plus nous ! Aujourd'hui la majorité sont des officines de propagande qui tentent de corriger le peuple qui pense de travers

  • Par Mario - 29/03/2016 - 12:37 - Signaler un abus Socrate

    Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes gens méprisent les lois, parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien ni de personne, alors c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.

  • Par clint - 29/03/2016 - 15:21 - Signaler un abus Hidalgo a été biberonnée à l'extrême gauche espagnole

    Et, en plus de sa double nationalité, elle en a gardé le "catéchisme " ! Quant à cette attaque de petits cons qui caillassaient les policiers,tétanisés de se faire frôler par l'un d'eux, d'autant plus facilement qu'ils ne risquaient rien, elle remet en selle un Hollande laxiste de la gauche éternelle qui ne pense qu'à sa réélection !

  • Par toupoilu - 29/03/2016 - 17:42 - Signaler un abus Je me demande si les medias c'est nous,

    ou si c'est pas plutôt contre nous. J'ai plus l'impression qu'ils nous délivrent moins ce qu'on veut entendre, que ce qu'on doit penser. Un peu comme dans ces films de SF ou les messages anti-deviants sont émis en permanence. J’exagère, mais il y a quand même un peu de ça.

  • Par Liberte5 - 29/03/2016 - 19:47 - Signaler un abus Bravo pour ce courage et cette lucidité Eric Deschavanne.

    Je me sens mieux quand je peux lire et constater que ce que je pense est écrit et décrit aussi bien.Cette contribution montre, sous bien des angles, combien notre pays s'est délité. Cela s'appelle la décadence qui précède le déclin. Le premier et le plus important chantier à mettre en œuvre pour redresser la France: l'éducation nationale. Le redressement de la France passe prioritairement par ce chantier. Même si d'autres chantiers relèvent de l’urgence.

  • Par ALUN - 29/03/2016 - 20:08 - Signaler un abus Chapeau bas

    pour cette article...

  • Par fanfoué - 29/03/2016 - 22:07 - Signaler un abus Merci

    Merci, c'est rassurant de voir que certains font encore un vrai travail de recherche au lieu d'ânoner "la prose de la pensée unique". Oui les syndicats portent une énorme part de responsabilité dans le déclin du pays : qu'ils soient FSU, SUD, CGT ou autre ils ont tous contribué à l'appauvrissement du savoir, à la faillite de nos entreprises, au désordre social, à la montée des communautarisme et à la dictature des minorités. Il faut avoir le courage de casser ce système pervers, plus on attend et plus l'addition sera salée.

  • Par Jean-Benoist - 30/03/2016 - 10:01 - Signaler un abus Des journalistes comme

    on les aime et qui traitent les problèmes de fond et qui mettent en accusation les vrais responsables. Ras le bol de cette bien pensance!

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Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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