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Vieillissement démographique : les 6 bombes que nous avons amorcées à force de ne pas répondre à la hauteur des enjeux

Alors que la réforme des retraites portée en 2013 par le gouvernement Ayrault montre déjà ses limites en termes de financement, un nouveau projet de loi relatif aux seniors est examiné par l'Assemblée nationale à partir de ce mardi 9 septembre, sur "l'adaptation de la société au vieillissement". Les défis sont nombreux, tant cette problématique a peu été anticipée.

Ça va péter !

Publié le - Mis à jour le 12 Septembre 2014
Vieillissement démographique : les 6 bombes que nous avons amorcées à force de ne pas répondre à la hauteur des enjeux

A force de ne pas répondre à la hauteur des enjeux du vieillissement démographique, nous avons amorcé 6 véritables "bombes". Crédit Sebomari.com

1 - Progression de la dépendance

Quelle proportion de la population est potentiellement concernée ?

Arnaud Campeon : Pour l'instant il ne faut pas surestimer le nombre de personnes vivant en France en situation de dépendance. Selon les dernières statistiques, 15% des plus de 85 ans sont en état de dépendance sévère (4% avant 80 ans), de même que les personnes âgées vieillissent plutôt bien dans notre pays. Cependant, compte tenu du vieillissement de la population il est évident qu'une proportion beaucoup plus importante de la population va se trouver confrontée à des problèmes de dépendance par la suite.

C'est une certitude.

Quelle proportion des cas de dépendance devra être prise en charge par le collectivité ?

Arnaud Campeon : La volonté de maintenir au maximum les personnes à domicile génère surtout des effets pervers : on se retrouve avec des personnes complètements isolées, mais qui mobilisent chaque jour une dizaine d'intervenants pour les aider. Mes propre recherches sur la solitude au grand âge souligent le cas de personnes certes contentes de rester chez elles, mais qui au fur et à mesure se rendent compte qu'elles auraient fait un choix différent si elles avaient su dans quel état elles allaient se retrouver, c’est-à-dire avec des problèmes de santé importants et un réseau social inexistant. 

Les maisons de retraite elles-mêmes voient arriver des pensionnaires de plus en plus vieux, avec des pathologies parfois lourdes. L'offre en France est-elle vraiment adaptée ?

Arnaud Campeon : J'aurais tendance à dire que l'effort, plutôt que sur l'offre des maisons de retraite, devrait se faire sur les transitions vers ce type d'établissement. Aujourd'hui, on arrive en EHPAD (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées) de manière brutale, généralement dans un très mauvais état de santé. Il faudrait donc développer les offres d'habitat alternatif, ce qui commence à se faire d'ailleurs, car elles favorisent une meilleure adaptation en établissement. Cela permettrait aussi de convaincre plus tôt les personnes de partir en établissement spécialisé, avant que leur état de santé ne soit vraiment dégradé.

2 - Expansion d’Alzheimer

Une personne sur deux devrait à l'avenir être concernée par la Maladie d'Alzheimer - soit directement soit via un proche : à quelles conséquences économiques et sociales faut-il s'attendre ?

Arnaud Campeon : Les conséquences sociales risquent d'être très importantes, tout dépendra de la manière dont seront soutenus les "aidants familiaux". Avoir cette maladie n'est pas forcément un épouvantail, il existe différents stades. Il ne faut pas jeter le mot comme un spectre. Beaucoup d'associations de malades se battent pour montrer qu'une personne atteinte de la maladie peut toujours communiquer et agir. Mais comme à l'avenir une personne sur deux sera effectivement concernée, il y aura un effort considérable à faire en direction des conjoints et des enfants. Cela passera sans doute par une meilleure disponibilité, via des congés supplémentaires, des personnes qui prendront en charge les malades. Cela existe déjà, d'ailleurs, mais devra probablement être renforcé.

Les montants investis dans la recherche ont-ils été à la hauteur des besoins ? Combien faudrait-il ?

Arnaud Campeon : Des fonds conséquents sont donnés chaque année. Et même si jusque-là les montants étaient insuffisants, depuis le troisième plan Alzheimer, il y a eu un vrai progrès. On voit que la maladie est maintenant considérée comme un vrai problème de santé publique, et même un problème sociétal.

3 - Des structures familiales bouleversées

La hausse du nombre de personnes âgées à charge conduit certains ménages à prendre en charge deux générations : celle de leurs enfants et celle de leurs parents. Quelles peuvent être les conséquences de cette situation ? Va-t-on voir des évolutions dans les modèles familiaux par la force des choses ?

Arnaud Campeon : Ce que l'on appelle les générations "pivots" subissent en effet cette double pression. Elles vivent des situations parfois très difficiles. Assistera-t-on à de nouveaux modes de cohabitation ? Je n'en suis pas certain car nos recherches montrent que les personnes qui sont aujourd'hui les soutiens n'ont absolument pas envie de dépendre de leurs enfants car ils se rendent compte à quel point accompagner ses plus proches parents est très dur. Je pense que cela va générer des comportements d'anticipation plus important à l'avenir.

Comment les structures sociales pourraient-elles également être amenées à évoluer ? De nouvelles fractures sociales pourraient-elles apparaître ?

Arnaud Campeon : De toute évidence, les relations familiales et les transmissions générationnelles peuvent être plus tendues. Après, le terme "fracture" peut laisser entendre un phénomène se répandant dans tout le pays, ce dont je ne suis pas sûr, mais il est certain que demain les relations familiales vont se révéler plus compliquées, d'autant que l'on parle là de relations subies.

Jusqu'où la solidarité familiale pourra-t-elle tenir ? Qui seront les premiers sacrifiés : les jeunes, les vieux ? Avec quelles conséquences ?

Arnaud Campeon : Je ne sais pas si cela ira jusqu'à la rupture des solidarités de proximité. Les enquêtes montrent que dans les années à venir les besoins de soutien seront toujours importants, mais on ne sait pas comment ces soutiens se mobiliseront effectivement. Les enfants, selon l'enquête, n'abandonneront pas leurs parents et joueront toujours leur rôle. Sauf si, de fait, on ne continue pas à les soutenir en leur apportant une meilleure reconnaissance. Et on voit depuis une vingtaine d'années que le débat évolue sur ce sujet et que ces solidarités sont de plus en plus appuyées.

4 - Une population face à des infrastructures inadaptées

Même si la population âgée devient de plus en plus importante, les infrastructures urbaines leur restent peu accessibles et sont plutôt pensées pour des "jeunes". Comment sortir de ce paradoxe ?

Arnaud Campeon : Là aussi les choses évoluent, pas grâce à la pression des personnes âgées, mais plutôt grâce à l'efficacité du lobbying exercé par les personnes handicapées. Elles font beaucoup dans le domaine pour lutter contre les trottoirs trop étroits ou les signalisations trop rapides. Les personnes âgées se plaignent aussi du manque criant de bancs publics. A travers le champ du handicap, on voit beaucoup de choses se mettre en place qui finissent par profiter de manière indirecte aux personnes âgées.

 
Commentaires

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  • Par Le gorille - 09/09/2014 - 10:01 - Signaler un abus La bombe qui manque

    Du fait de la faible natalité, pas de renouvellement de la population et décroissance... ou bien, substitution de civilisation : c'est elle la vraie bombe. Toutes les autres ne sont que des bombinettes à côté.

  • Par Anguerrand - 09/09/2014 - 10:08 - Signaler un abus Je vais en choquer certains

    Mais pour moi il y a une solution, je précise bien pour moi, c'est la solution définitive avec l'aide de ma famille si nécessaire. À quoi bon vivre quand le corps est la dernière chose " vivante", si l'on doit être nourri , changé, avec un cerveau mort , sans qu'il y ait une chance d'amélioration. De plus c'est un coût énorme pour la société qui peut être utilisé plus intelligemment. Mais j'ai tout de même un espoir c'est de pouvoir compter sur les milliers d'immigrés qui arrivent chaque jour et qui j'en suis sur seront reconnaissant à la France de les avoir accueilli, on peut toujours rêver.

  • Par cremone - 09/09/2014 - 11:21 - Signaler un abus Vive le FISC !

    Selon ces intervenants, à qui appartient l'argent des vieux ? À l'État, bien sûr : "les inciter à travers des mécanismes de défiscalisation ou de garantie partielle du capital à investir sur des placements risqués pour financer directement l’économie", "politiques publiques adaptées pour les obliger à prendre une part du risque". Une grande partie de cet article est consacrée aux différentes façons de spolier les vieux.

  • Par DES VESSIES POUR DES LANTERNES - 09/09/2014 - 18:31 - Signaler un abus "les enfants n'abandonneront pas leurs parents" selon l'enquête

    il m'est donné de connaitre 2 femmes de 40 ans qui ont repoussé et abandonné leur père qui s'était saigné aux "quatre veines" pour les nourrir les éduquer (mal) Ces pintades qui vont de familles décomposées en familles recomposées n'expriment aucun remord et pire font même croire que leur père est décédé ! ......tout en se la jouant bobo bcbg !

  • Par yeneralobregone - 09/09/2014 - 20:23 - Signaler un abus @des vessie ...

    il ne faut pas généraliser, dans toutes les sociétés, il y a des parents et des enfants indignes : certains abandonnent leurs enfants, d'autre ne veulent pas s'occuper de leur parents... même dans les sociétés confucianistes qui promeuvent la piété filiale. reste que les " vieux " , actuellement, en france, ne sont en moyenne guère à plaindre.

  • Par DES VESSIES POUR DES LANTERNES - 12/09/2014 - 09:26 - Signaler un abus @yeneralo

    Les solidarités familiales se délitent sous les effets pervers des allocations diverses et variées me semble t'il. Affirmer que "les enfants n'abandonneront pas leurs parents est faux."Dans le cas cité les 2 filles sont effectivement indignes et très difficilement décelables.Faut savoir que ça existe . On est d'accord sur "guère a plaindre en moyenne" autant les vieux que les jeunes

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Arnaud Campeon

Arnaud Campeon est ingénieur de recherche au département des sciences humaines et sociales et des comportements de santé de l’EHESP et chercheur associé au centre de recherche sur l’action politique en Europe. Il a reçu le prix de recherche junior 2012 sur le thème « Les situations de solitude et d’isolement » de la fondation Lien social – Croix Rouge Française.

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Hélène Xuan

Hélène Xuan est la Directrice scientifique de la Chaire Transitions Démographiques, Transitions Économiques. Elle est titulaire d’un doctorat en sciences Économiques qui a porté sur le vieillissement démographique et la croissance. Elle a collaboré avec Yazid Sabeg dans le cadre du plan Borloo pour la déségrégation des quartiers au sein du Comité d’Évaluation et de Suivi de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine). Elle a ensuite travaillé à l’ACAM (Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles) avant de rejoindre le cabinet de Yazid Sabeg, nommé Commissaire à la Diversité et l’Égalité des Chances en décembre 2008, en tant que conseillère.

Elle a publié "La France face au vieillissement", sous la direction de Jean-Hervé Lorenzi, Edition Descartes & Cie, 2013 et est l'auteur de "Vivre un siècle" (Editions Descartes, 2011) et co-auteur de "France, le désarroi d’une jeunesse" (Eyrolles, 2016).

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Philippe Braud

Philippe Braud est un politologue français, spécialiste de sociologie politique. Il est Visiting Professor à l'Université de Princeton et professeur émérite à Sciences-Po Paris.

Il est notamment l'auteur de Petit traité des émotions, sentiments et passions politiques, (Armand Colin, 2007) et du Dictionnaire de de Gaulle (Le grand livre du mois, 2006).

 

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