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Vieille et nouvelle industrie : faut-il vraiment choisir ?

Depuis que les commentateurs ont (enfin !) compris qu’il se passait quelque chose avec les nouvelles technologies, je vois apparaitre des jugements définitifs sur des entreprises qui sentent le « vieux » tandis que les start-ups sont déifiées.

French Tech

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Vieille et nouvelle industrie : faut-il vraiment choisir ?

Un exemple récent « la technologie française en démonstration à Las Vegas », c’est la « French Tech » à la conquête du monde avec des produits futuristes qui font fantasmer. Tout se passe comme si, ayant accepté d’avoir raté l’étape de la mondialisation, on reportait collectivement tous nos espoirs d’expansion sur le neuf, les produits de « rupture », les « énergies renouvelables », l’intelligence artificielle…un enthousiasme qui percole dans tous les territoires avec des initiatives nombreuses et, il faut le dire un peu désordonnées, heureusement souvent favorisées par la vision d’ensemble de la Banque Publique d’investissements (BPI) et ses délégués régionaux.

Je suis persuadé, comme eux, que le numérique est une chance pour la France, que nous avons les compétences, les volontés et les moyens de réussir. Tout ce qui sera fait en ce sens par les uns et par les autres ne peut qu’être bénéfique au pays et je me réjouis en traversant le pays de voir tous ces jeunes se passionner pour les nouvelles techniques et leurs applications.

Mais pour transformer toute cette effervescence salutaire et encourageante en succès il faut aussi prévoir les conditions de la croissance des activités, c’est-à-dire que le rachat d’innovations françaises par les fameux GAFA américains ou par leurs homologues chinois ne va en rien résoudre nos problèmes de croissance, d’emplois et d’endettement. Il faut faire émerger dans notre pays les grands groupes de demain, c’est cela la réussite et rien d’autre, et pour l’instant nos cocoricos sortent d’un gosier de plus en plus asséché, l’industrie française a périclité pendant les vingt dernières années.

Même si la réalité est difficile à admettre dans un pays toujours fier de son passé, il est essentiel de comprendre collectivement comment et pourquoi un nombre de fleurons nationaux ont été rachetés par l’industrie étrangère. Je me suis largement exprimé sur ce sujet, incompétence des dirigeants et capitalisme mal digéré essentiellement orienté vers l’immobilier… je n’ai pas été contredit, sur le premier point cela continue comme avant, sur le second la réforme de l’ISF et la « flat tax » va dans le bon sens, mais ces avancées sont bien insuffisantes pour redresser la barre. Il nous faut conserver nos derniers fleurons, les transformer avec le numérique à la fois sur le plan technique et le management. C’est le « socle » sur lequel peut se bâtir le renouveau de notre secteur de production, les Air Liquide, Michelin, Dassault, Dassault Systèmes, Thalès, Naval Group, Total, Engie, EDF, SNCF, Technip-FMC, Airbus, ATOS, Bouygues, Vinci, Danone, Cap Gemini, Legrand, Peugeot, Renault, Safran, Saint-Gobain, Sanofi, Schneider-Electric, Valeo, Faurecia, Plastic Omnium, Bio-Mérieux, Veolia…sont indispensables à notre survie collective et c’est pourquoi je m’insurge contre les abandons (Alstom, Mérial, Lafarge, Rhodia, Pechiney, Alcatel, Arcelor …) et que je propose des solutions pour « rattraper » les erreurs commises , retour dans le giron français de l’hydraulique d’Alstom , des turbo-alternateurs d’Alstom, des activités vétérinaires de Mérial… je ne me résigne pas tant que nous possédons encore les compétences et leur réputation à travers le monde. Encore faut-il que les femmes et les hommes soient à la hauteur de la tache qui leur est confiée, c’est loin d’être toujours le cas tant que dans notre pays on privilégiera le diplôme et non la compétence, le conformisme et non la vision. Mais je suis confiant, cela va changer, les résidus de parisianisme disparaitront bientôt.

 
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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

 

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