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Vers un Yuan convertible : la Chine part en guerre contre l'hégémonie du dollar

Des proches du Premier ministre chinois Li Keqiang ont laissé filtrer que la nouvelle zone de libre-échange de Shanghai autoriserait une plus libre convertibilité du Yuan. Une potentielle révolution dans l'économie mondiale.

Le changement

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Vers un Yuan convertible : la Chine part en guerre contre l'hégémonie du dollar

La Chine part en guerre contre l’hégémonie du dollar. Crédit Reuters

Récemment, Pékin a annoncé qu’il allait autoriser, dans une région incluant la ville de Shanghai, une expérience y autorisant les entreprises et les banques, chinoises ou étrangères, à convertir librement des devises en yuans et des yuans en devises. Et ce non seulement pour leurs opérations commerciales avec l’étranger mais aussi pour toutes leurs opérations financières. Cela constitue un pas considérable en direction de la pleine convertibilité du yuan.

Pour comprendre ce qui se passe, il faut répondre successivement à deux questions.

Pourquoi Pékin a-t-il maintenu le yuan inconvertible jusqu’à ce jour ?

Depuis qu’en 1978, Pékin a abandonné le collectivisme pour revenir au capitalisme, il a opté avec succès pour une stratégie de développement mercantiliste. En clair, Pékin s’est employé à dynamiser fortement et durablement ses exportations de produits manufacturés tout en limitant le plus possible ses importations ; grâce à cela, Pékin a obtenu des excédents commerciaux colossaux et renouvelés. Cela a contribué à la fois à une formidable dynamisation de la production et de l’emploi et à la constitution de réserves de change colossales et croissantes. Succès multidimensionnel : industriel, commercial, économique et financier.

Mais si Pékin a pu renouveler de tels succès depuis 1978 et plus encore depuis 2001 (et son entrée à l’OMC), c’est parce qu’il s’est protégé. En effet, la rançon habituelle pour un pays qui marque des scores favorables en matière de commerce extérieur, c’est que sa monnaie subit de fortes pressions haussières sur le marché des changes. Si le pays considéré ne parvient pas à contrecarrer ces pressions haussières sur sa monnaie, sa monnaie s’apprécie, sa compétitivité initiale se résorbe, et in fine, son commerce extérieur risque de devenir déficitaire.

C’est pour cette raison que les pays mercantilistes se donnent les moyens de résister à cette « rançon du succès » en matière commerciale. Le plus souvent, ils décident de pratiquer des interventions de change : la banque centrale du pays se charge de vendre sa monnaie nationale contre devises pour équilibrer les achats de sa monnaie par les opérateurs étrangers.

La Chine a pratiqué à très grande échelle de telles interventions depuis 1978 et plus encore depuis 2001. C’est d’ailleurs le cumul de toutes ces opérations quotidiennes qui a constitué des réserves de change colossales au nom de la Chine : 3.000 milliards de dollars américains officiellement, 5.000 milliards en réalité (si on ajoute les réserves de Hong Kong à celles de la République populaire de Chine et si on tient compte des réserves stockées dans les Sovereign Wealth Funds à côté de celles qui sont stockées dans les banques centrales).

Encore ce gonflement énorme des réserves de change de la Chine a-t-il été fortement limité par l’inconvertibilité du yuan qui prévaut en Chine depuis 1949 : les opérations financières qui ne sont pas expressément autorisées y sont interdites. En clair, Pékin laisse entrer en Chine les flux de capitaux étrangers qui correspondent aux investissements des multinationales occidentales en joint-ventures (opérations que Pékin autorise et qu’il recherche) ; mais Pékin interdit les flux de capitaux étrangers qui correspondraient à de simples placements financiers en yuan (particulièrement ceux cherchant à spéculer sur une appréciation du yuan).

Si le yuan avait été rendu très tôt convertible, on aurait sans doute eu à la fois une appréciation beaucoup plus importante du yuan contre dollar et contre euro et un gonflement encore plus important des réserves de change de la Chine, toutes choses que Pékin redoutait et refusait.

Pourquoi Pékin choisit-il désormais de rendre prochainement le yuan convertible ?

Essentiellement parce que depuis 2005 et plus nettement encore depuis 2008, Pékin multiplie les initiatives pour détrôner le dollar de son statut privilégié de monnaie du monde en sorte que ce soit sa monnaie, le yuan, qui à son tour devienne la monnaie du monde.

La Chine a déjà dépassé les Etats-Unis sur le plan industriel (1er rang pour la production manufacturière depuis 2010), sur le plan commercial (1er rang pour les exportations de produits manufacturés, avec 15,4% des exportations mondiales de produits manufacturés en 2011), sur le plan économique (le PIB officiel de la Chine en 2012 est encore inférieur de 20% à celui des Etats-Unis mais son PIB bien calculé dépasse déjà sans doute celui des Etats-Unis) et sur le plan financier (avec ses réserves de change colossales, la Chine est désormais devenue la puissance financière incontournable de la planète).

Dans sa stratégie qui vise à ravir aux Etats-Unis leur hégémonie mondiale, Pékin s’est assigné de longue date de dépasser les Etats-Unis y compris sur le plan monétaire. En clair Pékin s’efforce à ce que le yuan ravisse au dollar son statut privilégié de monnaie du monde. Quel est l’enjeu ? Muni de sa puissance financière, Pékin marque déjà beaucoup de points face à Washington.

C’est Pékin et non plus le FMI ou encore moins Washington qui se trouve désormais sollicité par les gouvernements des pays étrangers quand ils se trouvent en difficulté pour financer leur dette publique et/ou leur dette extérieure ; c’est donc Pékin et non plus Washington qui se trouve en situation de vassaliser les pays de la planète les plus affaiblis. Cela s’était déjà vérifié en 2011 quand Pékin s’était fait prier pour accorder des financements aux pays de l’Europe du sud en détresse. Cela se vérifie aujourd’hui avec la création à l’initiative de Pékin d’un fonds de solidarité financière pour 100 milliards $ en faveur des BRICS (la Chine contribuant à ce fonds à hauteur de 44 milliards $ à elle seule).

De la même façon, Pékin peut se permettre des budgets militaires qui restent très dynamiques et très ambitieux du fait qu’il dispose de réserves de change colossales et croissantes alors même que Washington, enfoncé dans une dette extérieure qui devient vertigineuse, s’est vu obligé de réduire son budget militaire en 2012/2013.

 
Commentaires

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  • Par White Rabbit - 17/09/2013 - 10:53 - Signaler un abus Zugzwang et bientôt Mat...

    Après Poupou qui a donné une leçon de politique internationale aux US et à Flamby 1er sur l'échiquier international, l'Orient continue sa percée et transforme l'essai... En espérant que le fair-play soit une valeur commune, sinon y a risque de générale pour la troisième mi-temps. Question : comment on dit "dans ton cul" en chinois ?

  • Par White Rabbit - 17/09/2013 - 10:55 - Signaler un abus Petit rappel

    La dette US est détenu par qui en majorité ? La chine...

  • Par lsga - 17/09/2013 - 11:48 - Signaler un abus Le Dollar et l'Euro vont s'effondrer

    Les bourgeoisies occidentales vont voir une seconde fois leurs fortunes s'écrouler. Les bourgeois Chinois vont voir leur Capital multiplier par x10.    Les chinois vont occuper les cents premières places des plus grosses fortunes mondiales.    Les tarifs à l'importation des produits chinois vont considérablement augmenter. Les marges des importateurs vont s'effondrer.    Les néo-libéraux ont très bien compris le fonctionnement du Capitalisme. Ils ont juste oublié de réviser son Histoire. La Chine est aux USA ce que les USA ont été à l'Europe.    Préparez-vous à la plus grave crise économique à laquelle l'Occident ait été confronté depuis 1870.    Je n'aimerais pas être à la place de ceux des expats à Singapour.

  • Par vangog - 17/09/2013 - 13:23 - Signaler un abus Si l'Europe avait été intelligente, plutôt que jouer au gendarme

    des pays voyous de l'Europe, elle aurait négocié avec les USA et la Chine, un partage de l’hégémonie monétaire internationale, afin que personne ne soit lésé: Une monnaie commune (mondiale?) d'achat des matières premières basée sur les trois parités. Maintenant, c'est trop tard! La chine va imposer l’hégémonie de sa monnaie avec sous-évaluation chronique du Yuan, car il ne lui sera pas difficile ni scrupuleux de faire encore mieux que les Américains, en matière de planche à billets, et son dumping fiscal et social, au reste du monde. Nous aurons aussi la grande chance de partager, bientôt, sa conception de la politique et des échanges humains avec parti unique et petits arrangements entre socialistes...

  • Par lsga - 17/09/2013 - 13:27 - Signaler un abus @vangog : la monnaie commune mondiale s'appelle l'écu

    elle va être imposée par la Chine aux USA ( & à l'Europe) et se traduira par un effondrement de l'OR.

  • Par vangog - 17/09/2013 - 14:52 - Signaler un abus @isga Oui, j'en avais entendu parler, mais je croyais à un

    nouvel avatar! Si cette monnaie mondiale peut nous permettre de redevenir compétitif par rapport aux USA et à la Chine, alors tant mieux! Quant à l'Or, son cours restera toujours fluctuant tant que le risque systémique existera (et avec la Chine superpuissance, le risque systémique va augmenter!). Mais je ne crois pas que l'Europe ait la possibilité d'imposer quoique ce soit face aux deux superpuissants. Tant que les USA sont hégémoniques avec le dollar, ils ne changeront rien, car cette hégémonie leur est indispensable pour faire marcher la planche à billets. La Chine attend donc que l'Europe soit au plus bas, pour mener son offensive de désunion des USA et de l'Europe, ce qui ne saurait tarder...

  • Par didier95 - 17/09/2013 - 18:54 - Signaler un abus Qui en a envie a part la Chine

    Certainement pas les voisins de la Chine, ni l'Europe, ni les USA. Si on enlève tout ce monde, on enlève presque tout le PIB mondial qui n'est pas la Chine. Je suis donc beaucoup moins sur que l'auteur que cela se produira.

  • Par Snub - 17/09/2013 - 19:49 - Signaler un abus Et pendant ce temps là en Europe...

    ...Mélenchon et le FN (double patte et patachon...) nous expliquent qu'il faut détruire l'Europe... Il est temps pour l'Europe de s'unifier et de répondre aux menaces qui deviennent de plus en plus tangibles.

  • Par lsga - 17/09/2013 - 20:32 - Signaler un abus @Snub : le FdG est profondément européïste

    L'Internationale Socialiste, travailleurs de tous les pays unissez vous, tout ça... ça te dit rien ?  

  • Par Snub - 17/09/2013 - 20:57 - Signaler un abus @ lsga

    Vous mélangez tout. Tout d'abord, dans son idéologie officielle, le Front de Gauche n'est pas "européiste" mais internationaliste, nuance de poids il me semble. Ensuite, le "FdG" fait tout ce qui est en son pouvoir pour ralentir la construction européenne, en s'opposant à tous les traités qui pourtant portent un projet fédéraliste. Ca me semble assez clair... Vous ne croyez tout de même pas à la mascarade d'une "autre Europe es possible"? L'Europe se fait avec des compromis, et donc il faudra accepter une construction sur base "capitaliste", désolé d'être ancré dans le réel et pas le monde des Bisounours.

  • Par gavot - 18/09/2013 - 18:07 - Signaler un abus Entrée dans l OMC pour faire progresser le pouvoir d'achat ?

    L'entrée dans l'OMC s'est faite sans qu'aucun média national ne s'en fasse l'echo : Trop compliquée pour les Français Lambda pensaient ils certainement. Pourtant à l'époque quelque voix se sont fait entendre. Les USA révaient d'une usine géante à leur botte (un peut comme le Mexique) et contenir ainsi la Chine. L'Europe : nain diplomatique sans tête avec comme seul crédo le libre échange sans vision ni objectif commun ne voyait la que le moyen de contenir l'inflation et d'offrir des produits moins cher aux consomateurs :d'ailleurs quand on parlait de taxes douanières je me rappelle de savoureuse intervention de Mme ? EX numéro deux de la CGT et des menbres du gouvernement Jospin. Vision à moyen et long termes : LES PROCHAINES ELECTIONS

  • Par lsga - 20/09/2013 - 15:52 - Signaler un abus @Snub : vous croyez que le FdG est anti-capitaliste ????

    lol

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Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

 

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