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Vers une réélection de Poutine : les Russes sont ils masos ou voient-ils quelque chose qui nous échappe ?

Le président russe et son bilan sont loin d’être au-dessus de toutes critiques. Pourtant, le vote Poutine repose sur une popularité réelle et fortement organisée.

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Vers une réélection de Poutine : les Russes sont ils masos ou voient-ils quelque chose qui nous échappe ?

Atlantico : Alors que les prochaines élections russes se dérouleront entre le 18 mars et le 8 avril prochain, la perception "occidentale" de Vladimir semble rendre impossible de rationaliser un vote favorable au président russe. Quels sont les réels moteurs de la popularité de Vladimir Poutine ?

Cyrille Bret : La popularité du président russe laisse perplexe quand on l’envisage seulement du point de vue des démocraties européennes. Pourtant, le vote Poutine repose sur une popularité réelle et fortement organisée.

Depuis bientôt deux décennies, de nombreux observateurs en Europe et en Amérique du Nord répètent la même question : pourquoi Vladimir Poutine est-il élu et réélu mandat après mandat ?

Le président russe et son bilan sont loin d’être au-dessus des critiques, même du point de vue de l’électeur russe ordinaire : la vigueur des manifestations de l’hiver 2011-2012 en a attesté suite aux irrégularités aux élections législatives. Mais le président candidat sera sans rival sérieux dimanche prochain car il a plusieurs atouts.

C’est un ancien colonel du KGB. Il est, à ce titre, un membre de la communauté des « siloviki », les « hommes de force » autrement dit un fonctionnaire des services de sécurité. Le KGB, devenu FSB depuis la fin de l’URSS, n’est pas seulement, pour les Russes, le service d’espionnage des romans de John Le Carré. C’est une institution centrale pour le fonctionnement de l’Etat russe. Pour les Occidentaux, cette origine professionnelle suscite la suspicion. Mais pour bien des électeurs russes[1], c’est un gage d’efficacité et de rigueur et de dévouement aux intérêts nationaux. Pour caricaturer, dans l’imagerie populaire, le FSB est plus proche de l’ENA que de la DGSE en France.

Dans cette popularité, la capacité du président russe à occuper la scène médiatique joue un rôle essentiel. Depuis plus de dix ans, il se montre capable de tenir son rôle et son rang dans des émissions télévisées le plaçant, des heures durant, dans un jeu de questions et réponses directes avec les téléspectateurs de toute la Fédération. Ces « conversations au coin du feu » version poutinienne entretiennent la réputation de proximité du président. Ainsi, l’émission « Ligne directe » réunit de très nombreux téléspectateurs sous la forme d’un marathon télévisuel. Et la mise en évidence du corps du président, sa passion pour le judo et les sports de plein air renforcent son image d’homme fort et sain. Le calendrier 2018 (cf. photo) en atteste : la personnalisation est extrême dans une équation Président = Poutine.

Dans la compétition électorale, la candidature Poutine surclasse largement les autres. Les candidats communistes, d’abord Ziouganov et aujourd’hui Pavel Groudinine, ne font entendre que des thèmes compatibles avec les objectifs de grandeur nationale de la présidence Poutine. Le candidat du Parti libéral démocrate de Russie (LDPR), Vladimir Jirinovksi, est lui aussi tonitruant en apparence mais intégré dans le système politique. Ses thèmes nationalistes à la frontière de la xénophobie ne peuvent présenter de véritable danger pour la candidature Poutine. De fait, ces deux candidatures ne rallient que 10% des intentions de vote à l’heure actuelle.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 13/03/2018 - 11:37 - Signaler un abus Informations de base

    Nous ne disposons pas des informations de base qui permettraient de se faire une idée de la situation réelle de la population russe : taux de chômage et de pauvreté. Quant à l'oligarchie et la corruption, sont-elles seulement comparables à celles qui règnent en France ?

  • Par bherry - 13/03/2018 - 13:26 - Signaler un abus Maso les russes ? C'est nous

    Maso les russes ? C'est nous qui le sommes Élire Chirac Sarkozy Hollande Macron c'est pas du masochisme ?Tous ces présidents qui nous ont eus et qui ne valaient rien.

  • Par MIMINE 95 - 13/03/2018 - 13:39 - Signaler un abus non non bherry

    les français ne sont pas masochistes, ils sont juste un peu ....trouillards et légèrement crétins .

  • Par assougoudrel - 13/03/2018 - 15:16 - Signaler un abus Les russes, eux, ont

    un homme, un vrai, un chef, un" velu" pour les défendre, contrairement à nous qui collectionnons des minables de tous bords. Qu'attendre d'un sciences-po-énarque qui profite du système à fond? Des éloges aux moins que rien que nous avons.

  • Par wanda60 - 13/03/2018 - 16:24 - Signaler un abus Vive Poutine !!!

    Il a redonné une fierté à ce grand pays après la chute de l'URSS et les Russes sont satisfaits et le plébiscite et c'est tant mieux....c'est ce qui nous manque en France un grand homme avec une grosse paire de couilles.

  • Par vangog - 13/03/2018 - 23:20 - Signaler un abus Poutine est un grand Président, et un joueur d’échecs politiques

    hors-pair...la plupart des occidentaux, imprégnés de moraline dégoulinante et de droidlhommisme repentant, n’aiment pas sa façon de faire, mais on doit reconnaître qu’elle est efficace, et qu’elle préserve l’unité et l'identité russes, une vraie richesse dans ce monde soumis aux manœuvres perverses des dilutionnistes et autres inverseurs de valeurs. Finalement, Poutine est une sorte de Tzar éclairé, qui comprend parfaitement les menaces du monde moderne et sait les anticiper, sans s’embarrasser des scrupules occidentaux. Le petit Macron ferait bien de prendre des leçons de ce côté-là aussi, s’il voulait s’affranchir de l’apprentissage de l’Ecole des ânes...

  • Par ajm - 13/03/2018 - 23:45 - Signaler un abus Peuple qui se contente de peu.

    En parodiant (très) maladroitement Vialatte sur les Auvergnats, on pourrait ecrire que les Russes sont habitués au malheur et aux choses très désagréables, ce qui leur donne une grande résilience et une bonne vision de ce qui est vraiment grave. Quand il n'y a pas de grands désastres, style guerre civile, guerre mondiale ou déportations ou épidémies massives, ils sont plutôt contents.

  • Par Mario - 14/03/2018 - 15:56 - Signaler un abus n'arrivant pas à influer sur

    n'arrivant pas à influer sur le cours de la vie de mon propre pays, je me contrefous de la popularité ou non de Poutine. On fera en fonction du choix des russes. Et si le choix est non démocratique, on fait quoi? on lance une attaque tout azymut contre la Russie. Dire j'aime ou j'aime pas Poutine est enfantin . Chercher à savoir si c'est un vrai démocrate est puéril . Faire selon nos intérêts est la seule voie adulte . Mais savons nous encore , de manière pragmatique, quels sont nos intérêts , au moment ou on ne sait plus qui nous sommes?

  • Par Pompon - 17/03/2018 - 21:46 - Signaler un abus Et sinon, qui, et quoi ?

    Poutine "tient son rang". Il a la stature du job. Evidemment, ce n'est pas un saint, ce n'est pas non plus un grand démocrate. Mais pour une population qui a connu tellement pire pendant des décennies, et qui aspire juste à vivre enfin en paix et à retrouver une honorabilité sur la scène mondiale, Poutine n'est pas pire qu'un autre. Et puis chat échaudé craint l'eau froide. Ils connaissent Poutine, ses qualités et ses défauts, le bonhomme est circonscrit. Les autres sont imprévisibles, puisqu'ils n'ont pas eu les rênes du pouvoir. Et ça, on peut comprendre que ça les inquiète, vu ce qu'ils se sont déjà pris au Kremlin depuis un siècle.

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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