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Vers la fin du trou de la sécu en 2019 : les comptes de fées de la Sécurité Sociale

Selon le PLFSS présenté ce mardi 25 septembre, le solde du régime général et du Fonds de solidarité vieillesse devrait être « bénéficiaire » dès 2019, pour un montant de 700 millions d’euros.

PLFSS 2019

Publié le
 
Le regain d’activité constaté depuis quelques mois doit beaucoup à la conjoncture internationale. La baisse du prix du pétrole, notamment, avait donné un coup de pouce précieux au pouvoir d’achat des ménages, via la modération des coûts de production des entreprises consommatrices d’énergie et de ce poste de dépense pour les particuliers. Hélas, l’or noir est fortement remonté, ce qui laisse prévoir un effet négatif sur l’activité, et donc sur les comptes sociaux.
De même, en ce qui concerne la France, l’arrivé à l’Elysée d’un jeune homme brillant laissait présager une nette amélioration : le moral était orienté à la hausse, du côté des entreprises et pour une part appréciable de la population. Mais l’état de grâce a pris fin. A moins qu’Emmanuel Macron ne rebondisse, la France retrouvera son atonie un instant envolée. La confiance en l’avenir est un facteur décisif pour l’activité économique, et ipso facto pour les comptes publics, ceux de la sécu comme ceux de l’Etat.
 
 

La tendance actuelle est-elle tenable dans un contexte de vieillissement de la population ? Quels sont encore les efforts à fournir pour parvenir à un résultat soutenable dans le temps ?

 
La démographie est un facteur essentiel. La natalité a été évoquée plus haut ; l’allongement de la durée de la vie est également une évolution dont il faut que nous tenions beaucoup mieux compte que nous ne le faisons. Le Japon, par exemple, malgré une dénatalité catastrophique, parvient à maintenir sa situation économique et sa protection sociale grâce à la forte proportion de personnes de 65 ans, 70 ans et même 75 ans qui participent encore à la production. Les pays nordiques et les Etats-Unis sont également très en avance sur nous dans ce domaine. 
 
La France a commis en 1982 une des pires erreurs économiques et sociales de son histoire en instaurant la retraite à 60 ans. Il y a 35 ans de cela, et nous n’avons même pas été capables de remonter de 60 à 65 ans ! La réforme des retraites, dont la préparation a été confiée à Jean-Paul Delevoye, avance avec une lenteur désespérante, alors même qu’il ne s’agit que d’une demi-réforme puisque ceux qui la préparent ne semblent pas avoir compris la leçon d’Alfred Sauvy, qui a expliqué dès les années 1970 combien il est absurde de distribuer des droits à pension au prorata des cotisations vieillesse versées, puisqu’elles ne servent en aucune manière (en répartition) à préparer les pensions de ceux qui les versent. La vraie préparation des futures pensions consistant dans la mise au monde et dans l’éducation des enfants, il faudrait attribuer les droits à pension au prorata des enfants élevés et des sommes versées pour leur entretien et leur formation.
 
Cela veut dire, concrètement, des réformes réellement audacieuses, pas des gadgets comme le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, distraction pascalienne qui nous détourne des chantiers vraiment importants. Il s’agirait par exemple de confier à la sécurité sociale le soin de prélever une cotisation d’investissement dans la jeunesse, cotisation qui financerait la totalité de la formation initiale, les prestations familiales, la procréation médicalement assistée (PMA), l’assurance maternité et l’assurance maladie des enfants, et procurerait à ceux qui la versent des droits à pension basés sur quelque chose de solide, pas sur une illusion juridique dépourvue de tout rapport avec la réalité.
 
Voilà l’exemple même des grands chantiers qu’il faudrait engager pour remettre la France sur les rails de la croissance et du plein emploi. Il y en a d’autres, tant notre malheureux pays est mal gouverné depuis des décennies. Mentionnons simplement, puisque cela relève de la sécurité sociale, l’indispensable suppression des cotisations patronales, qui font croire à tort que les salariés ne paient qu’une fraction de leurs assurances sociales. Tout devrait être passé au crible du bon sens et de la connaissance du fonctionnement réel de l’économie. Nous vivons en légiférant sur des chimères (les LFSS en font partie, et dans une large mesure le budget de l’Etat également) au lieu de nous occuper de ce qui compte réellement. Il nous faut percer la chappe de plomb des faux semblants, des comptes publics qui sont des contes de fées, pour enfin prendre à bras le corps les vrais problèmes – en particulier, pas les PLFSS pour l’année suivante, mais la rénovation totale de notre sécurité sociale, qui aujourd’hui marche sur la tête, tant bien que mal, et plutôt mal que bien.
 
 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 26/09/2018 - 09:05 - Signaler un abus Indécence continuelle,

    atteindre un objectif en augmentant continuellement les impôts; les taxes et les prélèvements, et en diminuant les prestations, faut vraiment être sorti de l'Ecole Nationale des Anes pour s'en glorifier.

  • Par tubixray - 26/09/2018 - 09:08 - Signaler un abus Ce cher Mitterrand

    Son rôle de fossoyeur de la France est ici mis en évidence par ses décisions idéologiques d'après 1981 ...

  • Par vangog - 26/09/2018 - 10:03 - Signaler un abus Oui, Macron-Rothschild est le petit-fils de Mitterrand...

    la plupart des khommeries socialistes remontent aux deux septennats Mitterrandiens, et personne n’a été capable, ensuite, de réparer ce qui a été cassé par la gauche...il faudra une alternative, une « vraie », pour réparer ce massacre programmé par des inversés!

  • Par J'accuse - 26/09/2018 - 10:34 - Signaler un abus Fausses réformes, vrais tripatouillages et fortes taxes

    Cette analyse du budget de la Sécu est révélateur de toutes les politiques mises en œuvre: on fait semblant de réformer sans toucher au fond; on manipule les comptes pour faire croire que ça s'améliore; on augmente les taxes encore et encore pour colmater les déficits. Et, touche finale, ils se félicitent d'être des gouvernants formidables qu'il faut réélire.

  • Par moneo - 26/09/2018 - 12:42 - Signaler un abus ?

    que se passe til si l'activité baisse et que les taux d'intérêts flambent? http://www.financespubliques.fr/articles/debats/actualites/sécurité-sociale-la-dette-va-t-elle-enfin-disparaître/

  • Par lasenorita - 26/09/2018 - 15:36 - Signaler un abus ''Le trou de la Sécurité Sociale''

    Pour ''boucher le trou de la SS'' il faudrait demander aux étrangers qui viennent,en France,de payer leurs soins(pharmacie,hôpital,etc),en commençant par le président algérien Bouteflika,ainsi que tous les ''clandestins'' qui non seulement ne PAIENT RIEN mais nous apportent des maladies qui avaient disparu,chez nous,depuis longtemps! Ce sont toujours les ''Français moyens'' non-musulmans qui ont cotisé toute leur vie et ont travaillé,en France,qui doivent payer pour les autres!

  • Par gilbert perrin - 26/09/2018 - 20:51 - Signaler un abus MENSONGE

    TRUCAGE des COMPTES, retards de remboursement aux prestataires et e aux patients ???? comptabilité à rejeter ….

  • Par gilbert perrin - 29/09/2018 - 10:35 - Signaler un abus et si on demandait à chaque administration l'équilibre ?

    On se trouverait dans la position des succursales de marques ou des magasins en franchise ??? au moins, cela aurait le mérite de responsabiliser les responsables, car chacun sait que de dans le public, il n'y a jamais de responsable...

  • Par gilbert perrin - 29/09/2018 - 10:39 - Signaler un abus explication de "mensonge ci-dessus"

    une entreprise déclare en fin d'exercice ses stocks et ses travaux en cours : c'est une variable d'ajustement !!! que les services fiscaux connaissent ??? Par contre l'état n'est controlé par personne, il peut donc agir à sa guise sur les "dus" aux médecins, hôpitaux, et même patients ???? sans que personne ne controle ????

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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