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Vers la fin du trou de la sécu en 2019 : les comptes de fées de la Sécurité Sociale

Selon le PLFSS présenté ce mardi 25 septembre, le solde du régime général et du Fonds de solidarité vieillesse devrait être « bénéficiaire » dès 2019, pour un montant de 700 millions d’euros.

PLFSS 2019

Publié le
Vers la fin du trou de la sécu en 2019 : les comptes de fées de la Sécurité Sociale

 Crédit ERIC FEFERBERG / AFP

Atlantico : Faut-il en conclure que le « trou de la sécu » est derrière nous ?

 
Jacques Bichot : Le projet de loi relatif aux finances de la sécurité sociale est présenté en même temps que paraît le rapport de la Commission des comptes de la sécurité sociale qui fournit les résultats pour 2017 et les prévisions pour 2018. Le Gouvernement se charge en quelque sorte du troisième volet du triptyque à donnant forme de loi à ses prévisions et volontés pour 2019. 
 
Le degré de confiance qu’il est possible d’accorder à ces différents textes n’est pas le même. Les dépenses et recettes relatives à l’exercice 2017 sont assez bien connues ; le jeu est terminé, les statisticiens et les comptables font leur métier, les surprises à attendre sont modestes. Il en va différemment pour l’année en cours, parce que les résultats des différents organismes concernés arrivent avec un petit décalage, et surtout parce que les derniers mois, relevant de l’avenir, peuvent offrir quelques surprises.
Quant au PLFSS, texte à la fois prédictif et normatif, il est soumis à beaucoup d’aléas : même si le Législateur votait sans la moindre modification ce que lui présente l’Exécutif, ce qui est une vision optimiste des choses, les résultats pourraient être différents de ce qui figurera dans la LFSS, parce que nos gouvernants ne possèdent pas de pouvoirs magiques mettant leurs décisions à l’abri des surprises de toutes sortes. 
 
La question est donc : pourquoi donner forme de loi à un texte auquel la nature des choses ne permet pas d’avoir force de loi ? Antoine de Saint-Exupéry nous décrit le Petit Prince arrivant dans une planète habitée par un roi. Le Petit Prince éternue et le roi, voulant exprimer son autorité, lui ordonne de ne pas recommencer. Mais le rhume n’obéit pas aux lois, et le Petit Prince récidive en dépit de son désir de faire plaisir au Monarque. Celui-ci, voulant absolument être obéi, lui ordonne alors d’éternuer. Manque de chance : une volonté humaine contrôle très mal ce réflexe ; malgré sa bonne volonté, le Petit Prince n’éternue pas sur commande. Alors le roi trouve le bon moyen d’être obéi : il ordonne au sujet qui vient de lui échoir de tantôt éternuer, tantôt ne pas éternuer.
 
Si nos gouvernants avaient la même sagesse, ils feraient voter des lois ordonnant à la sécurité sociale d’être … excédentaire, à l’équilibre, ou en déficit : c’est vraiment le seul moyen d’être obéi, car nos Excellences ne commandent ni à la conjoncture mondiale, ni au chômage et à l’emploi, ni aux microbes et virus, ni à la grande faucheuse, ni à la fécondité des Françaises. Il est déjà passablement ridicule de faire voter le budget de l’Etat sous forme de loi : chacun sait que quantité de dispositions ne seront pas parfaitement respectées, qu’il s’agisse de dépenses ou de recettes. La volonté de conférer le genre littéraire législatif à l’expression des espoirs que nourrissent nos dirigeants à propos des recettes et dépenses des organismes de sécurité sociale est encore plus abracadabrantesque.
 
Quant au « trou de la sécu », il s’agit d’une figure folklorique, comme le Père Noël et le Père Fouettard. En fait, les comptes de la sécurité sociale et ceux de l’Etat et, dans une moindre mesure, des collectivités locales, sont des vases communicants : il suffit d’ouvrir un peu plus une vanne, ou d’en réduire le débit, pour que le déficit apparaisse à tel endroit plutôt qu’à tel autre. Par exemple, entre 2017 et 2018, les rentrées de CSG sont en hausse très forte : de 99,4 Mds€ à 125,1 si la prévision s’avère exacte. Les vannes entre les différentes branches de la sécu et les finances de l’Etat sont diverses et variées, et il est très facile de faire apparaître les déficits là où les princes qui nous gouvernent en ont envie.
 
Reste le choix des économies qui peuvent se décréter par une simple faiblesse du coefficient de revalorisation des prestations. Les retraités, avec une revalorisation de 0,3 % des pensions en 2019, vont contribuer (si les prévisions faites en matière de prix se réalisent) à hauteur de 1,6 Md€ par rapport à la norme du simple maintien du pouvoir d’achat. Les familles, comme à l’accoutumée, vont être au premier rang pour les sacrifices demandés : sacrifier l’avenir, c’est-à-dire la démographie (les naissances en France métropolitaine sont en chute assez rapide depuis 3 ans) fait partie des options préférées de nos gouvernants.
 
Bref, le trou de la sécu n’est pas derrière nous : il se situe juste en dessous de notre chère sécu, qui est suspendue à un fil fragile, rien à voir avec le solide « plancher des vaches » !
 

Quelles sont les causes de l’amélioration des comptes de la sécu ? 

 
Remarquons d’abord que l’amélioration, à ce jour, est voulue, prévue, mais non pas réalisée. Elle est proclamée à son de trompe pour redonner du moral aux troupes, car les rentrées d’argent dépendent prioritairement de l’activité économique, de la croissance et de l’emploi. Le PLFSS est un petit télégraphiste chargé d’apporter une bonne nouvelle en espérant que sa prophétie sera autoréalisatrice : si la population reprend espoir en des jours meilleurs, les entreprises embaucheront, les chômeurs auront davantage envie de faire des efforts pour retrouver un emploi, les consommateurs ouvriront davantage leur portefeuille.
 
C’est en tous cas ce qu’espère le gouvernement en présentant un PLFSS optimiste. Il aimerait bien aussi que cette bonne nouvelle contribue à stopper sa dégringolade dans les sondages, ainsi que celle du Président de la République.
 
 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 26/09/2018 - 09:05 - Signaler un abus Indécence continuelle,

    atteindre un objectif en augmentant continuellement les impôts; les taxes et les prélèvements, et en diminuant les prestations, faut vraiment être sorti de l'Ecole Nationale des Anes pour s'en glorifier.

  • Par tubixray - 26/09/2018 - 09:08 - Signaler un abus Ce cher Mitterrand

    Son rôle de fossoyeur de la France est ici mis en évidence par ses décisions idéologiques d'après 1981 ...

  • Par vangog - 26/09/2018 - 10:03 - Signaler un abus Oui, Macron-Rothschild est le petit-fils de Mitterrand...

    la plupart des khommeries socialistes remontent aux deux septennats Mitterrandiens, et personne n’a été capable, ensuite, de réparer ce qui a été cassé par la gauche...il faudra une alternative, une « vraie », pour réparer ce massacre programmé par des inversés!

  • Par J'accuse - 26/09/2018 - 10:34 - Signaler un abus Fausses réformes, vrais tripatouillages et fortes taxes

    Cette analyse du budget de la Sécu est révélateur de toutes les politiques mises en œuvre: on fait semblant de réformer sans toucher au fond; on manipule les comptes pour faire croire que ça s'améliore; on augmente les taxes encore et encore pour colmater les déficits. Et, touche finale, ils se félicitent d'être des gouvernants formidables qu'il faut réélire.

  • Par moneo - 26/09/2018 - 12:42 - Signaler un abus ?

    que se passe til si l'activité baisse et que les taux d'intérêts flambent? http://www.financespubliques.fr/articles/debats/actualites/sécurité-sociale-la-dette-va-t-elle-enfin-disparaître/

  • Par lasenorita - 26/09/2018 - 15:36 - Signaler un abus ''Le trou de la Sécurité Sociale''

    Pour ''boucher le trou de la SS'' il faudrait demander aux étrangers qui viennent,en France,de payer leurs soins(pharmacie,hôpital,etc),en commençant par le président algérien Bouteflika,ainsi que tous les ''clandestins'' qui non seulement ne PAIENT RIEN mais nous apportent des maladies qui avaient disparu,chez nous,depuis longtemps! Ce sont toujours les ''Français moyens'' non-musulmans qui ont cotisé toute leur vie et ont travaillé,en France,qui doivent payer pour les autres!

  • Par gilbert perrin - 26/09/2018 - 20:51 - Signaler un abus MENSONGE

    TRUCAGE des COMPTES, retards de remboursement aux prestataires et e aux patients ???? comptabilité à rejeter ….

  • Par gilbert perrin - 29/09/2018 - 10:35 - Signaler un abus et si on demandait à chaque administration l'équilibre ?

    On se trouverait dans la position des succursales de marques ou des magasins en franchise ??? au moins, cela aurait le mérite de responsabiliser les responsables, car chacun sait que de dans le public, il n'y a jamais de responsable...

  • Par gilbert perrin - 29/09/2018 - 10:39 - Signaler un abus explication de "mensonge ci-dessus"

    une entreprise déclare en fin d'exercice ses stocks et ses travaux en cours : c'est une variable d'ajustement !!! que les services fiscaux connaissent ??? Par contre l'état n'est controlé par personne, il peut donc agir à sa guise sur les "dus" aux médecins, hôpitaux, et même patients ???? sans que personne ne controle ????

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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