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Vers un “droit à la déconnexion” ? Le diagnostic mal ficelé du rapport rendu au gouvernement

Le rapport Mettling remis lundi 14 septembre à la ministre du Travail préconise de "compléter" le droit à la déconnexion par un "devoir de déconnexion" que les entreprises doivent "encourager". Un nouveau "devoir" qui infantilise encore un peu plus les salariés et traduit le malaise grandissant de la société face aux nouvelles formes d'organisation du travail.

Esclaves du smartphone pro

Publié le - Mis à jour le 18 Septembre 2015
Vers un “droit à la déconnexion” ? Le diagnostic mal ficelé du rapport rendu au gouvernement

Internet nous a fait passer de l’ère de la pénurie d’information à celle de son trop-plein. Crédit Reuters

Atlantico : Le rapport Mettling (du nom de son auteur, le DRH d'Orange) remis lundi à la ministre du Travail préconise une "régulation des usages des outils numériques dans le nécessaire équilibre vie privée-vie professionnelle", et notamment de "compléter" le droit à la déconnexion par un "devoir de déconnexion" que les entreprises doivent "encourager". Comment repérer l'hyperconnectivité ? A quel moment peut-on dire que l'on est hyperconnecté ?

Olivier Babeau : Internet, on le sait, nous a fait passer de l’ère de la pénurie d’information à celle de son trop-plein (les Québécois proposent l’amusant néologisme d’infobésité). L’enjeu n’est plus d’y accéder mais de la trier. Grâce aux nouveaux outils dont elle dispose, parmi lequel le courriel, la communication entre les individus a connu un basculement semblable : là où l’enjeu était de multiplier des occasions de contacts dont la rareté garantissait l’intensité, la quasi disparition de tous les obstacles (coût, accessibilité, horaires) à la communication a provoqué sa prolifération inouïe.

Si cela est vrai dans les rapports sociaux en général, c’est aussi tout à fait palpable dans les entreprises. Un véritable cercle vicieux de la sur-communication s’est mis en place, faisant de la production de courriels une preuve de travail, presque une fin en soi, leur traitement accaparant en retour une bonne partie des journées d’un cadre. La conséquence de cet éréthisme communicationnel est que,  dans beaucoup de cas, le fait d’être joignable en permanence, y compris le soir, le week-end et en vacances, est devenu une norme implicite de travail.

En quoi l'évolution de la technologie a-t-elle un impact sur notre rapport au travail ?

Le paradoxe de cette hyperconnectivité est d’abord qu’elle est particulièrement contre-productive. Elle favorise une communication brouillonne et superficielle, et réduit plus que jamais les plages de travail des cadres à des séquences courtes. L’économiste Carlson estimait que dans les années 50 un cadre au travail était dérangé toutes les 20 minutes en moyenne ; aujourd’hui, ce chiffre serait de 7 minutes. Selon d’autres estimations, il recevrait en moyenne une sollicitation d’attention (courriel en particulier) toutes les 30 secondes. La continuité de la réflexion et donc sa profondeur en pâtissent naturellement. C’est une nouvelle sorte de « travail en miettes » qui se développe ainsi, pour paraphraser l’expression de Georges Friedmann.

Plus problématique encore, cette hyperconnexion brouille profondément la frontière traditionnelle entre vie privée et vie professionnelle. Le bombardement ne s’arrête quasiment jamais, chaque jour de vacances se payant, en cas de déconnexion, par une avalanche de 500 messages à « vidanger » à son retour.

 
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  • Par Anouman - 16/09/2015 - 21:25 - Signaler un abus Déconnexion

    La déconnexion elle est dans la tête. Rien n'oblige un salarié à aller voir les messages qui tombent après l'heure de fin de travail (relatif pour les gens sans horaire mais c'est tout l'avantage de ne pas avoir d'horaire, c'est qu'on décide quand arrêter). Pareil pendant les congés, on éteint le portable et on n'est pas perturbé jusqu"à son retour. Si on passe outre, on a un problème, mais qui n'a rien à voir avec les outils modernes. C'est dans la tête, et il faut se soigner ou ne pas se plaindre.

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Olivier Babeau

Olivier Babeau est professeur de stratégie d’entreprise à l’université de Bordeaux, et également porte-parole de la Fondation Concorde. Il s'intéresse aux dynamiques concurrentielles liées au numérique. Parmi ses publications:  La transgression ordinaire (2011, Ed. Eska), Devenez stratège de votre vie (2012, éd. JC Lattès), Le management expliqué par l'art (2013, Ellipses), et La nouvelle ferme des animaux (éd. Les Belles Lettres, 2016). 

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