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Vers un Brexit en solde ? Deux ans de perdus pour le Royaume-Uni ET pour cette Europe qui n’a rien fait pour se rendre à nouveau désirable

Alors que le gouvernement de Theresa May semble profondément affaibli suite à la série de démission du début de cette semaine, entre Boris Johnson et David Davis - ministre du Brexit - la situation du Royaume Uni face à l'Union européenne semble avoir stagné depuis ces deux dernières années.

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Vers un Brexit en solde ? Deux ans de perdus pour le Royaume-Uni ET pour cette Europe qui n’a rien fait pour se rendre à nouveau désirable

 Crédit Peter NICHOLLS / POOL / AFP

Atlantico : Alors que le gouvernement de Theresa May semble profondément affaibli suite à la série de démission du début de cette semaine, entre Boris Johnson et David Davis - ministre du Brexit - la situation du Royaume Uni face à l'Union européenne semble avoir stagné depuis ces deux dernières années. En effet de miroir, comment évaluer la position européenne depuis ces deux années, peut-on réellement dire que les leçons du Brexit ont été tirés par les dirigeants de l'UE ? 

Christophe Bouillaud : Pas vraiment.  En effet, si l’on admet que, au-delà des idiosyncrasies britanniques (comme le rôle de la presse tabloïd ou de l’insularité),  le vote du Brexit résulte avant tout des angoisses des classes populaires et moyennes face aux effets qu’ils perçoivent comme négatifs de la mondialisation – sur le plan économique et sur le plan identitaire -, le moins que l’on puisse dire, c’est que les dirigeants européens n’ont rien fait concrètement pour contrer ces effets.
On le voit avec le vote italien du 4 mars 2018 : les électeurs qui votent pour la Ligue du Nord ou pour le Mouvement 5 Etoiles ressemblent beaucoup dans leur conception négative du monde qui vient, d’un déclin annoncé, aux électeurs du « Leave » britannique. Partout en Europe,  le malaise des électorats des classes populaires et moyennes ne s’est pas affaibli, bien au contraire. Il leur fait rejeter de plus en plus nettement partout les anciens partis de gouvernement, ou tout au moins ceux qui n’ont pas su adapter leur discours. La résurgence d’une extrême droite en Allemagne aux élections de l’automne 2017,  ou la formation  d’un gouvernement entre ÖVP et FPÖ en Autriche, montrent bien en plus que les mécontents, que ce soit sur le plan économique ou identitaire, se situent aussi dans les pays centraux pour l’économie de l’UE, et pas seulement aux marges.
 
Les dirigeants européens ont beau avoir déclaré qu’ils prêteraient désormais plus d’attention à ces  perdants de la mondialisation – économique et culturelle - qui s’en prennent par désenchantement  à l’idée européenne, force est donc de constater qu’on ne voit rien venir. Emmanuel Macron lui-même avait annoncé lors de sa campagne électorale victorieuse qu’il se battrait pour « une Europe qui protège » (sic). Il prétend avoir commencé à aller dans cette direction avec la réforme de la Directive sur le travail détaché. Mais, en même temps, il continue imperturbablement à proposer en France même des réformes du « modèle social français » qui aboutissent à rendre encore plus mobiles, et donc incertaines, les situations des individus ordinaires. Lutter contre les grands rentiers, c’est bien du poids de la justice sociale, pour autant qu’avoir un simple CDI ne soit pas considéré comme une « rente » inadmissible, ce qui risque fort d’énerver la plupart des salariés. L’accentuation de la flexibilité et de la fluidité du marché du travail, tout comme la formation, restent proposés comme le remède principal au chômage de masse. Or il n’y a rien de mieux pour aigrir les classes populaires et les classes moyennes que de les mettre ainsi sous pression. Il faudrait déjà commencer à reconnaître que tout le monde n’adore pas les réformes, l’innovation, la disruption, le travail qui ne dure pas comme l’amour, le risque, l’incertitude, l’insécurité, etc. De même, il ne faut pas oublier que tout le monde n’est pas prêt à vivre dans des cadres culturels complètement chamboulés toutes les cinq minutes. Il suffit pour s’en convaincre de voir l’importance du cadre national pour les compétitions sportives, comme bien sûr la Coupe du monde de football.
 
A cela s’ajoute une incapacité à tenir un discours rassurant sur les migrations et sur l’intégration des immigrés. Comme on vient de le voir au récent Conseil européen du 28 juin, tous les dirigeants de tous les pays membres veulent se refiler le mistigri que représente - à les voir discuter entre eux  -les migrants. Il ne faut pas étonner ensuite si les classes populaires et moyennes s’angoissent à ce sujet, puisqu’aucun discours vraiment rassurant n’est tenu à ce sujet. La peur de la montée de l’extrême droite finit par paralyser presque tous ceux qui ne sont pas d’extrême droite. Ils ne savent plus que dire et que faire, sinon singer l’extrême-droite. 
 
 
Commentaires

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  • Par vangog - 11/07/2018 - 13:31 - Signaler un abus Theresa démissionnera, car elle est nulle!

    C’est une question de temps...

  • Par Olivier62 - 12/07/2018 - 10:51 - Signaler un abus l'UE, machine à dissoudre les peuples européens

    L'UE ne tient aucun compte des intérêts et des peurs des peuples européens pour la simple et bonne raison qu'elle a été dés le début comme une machine de guerre contre eux ! L'objectif n'est pas du tout de servir ces peuples mais de détruire leur identité dans le cadre du projet du mondialisme. Pourquoi croyez-vous qu'ils s'obstinent, Merkel en tête, à favoriser l'immigration de peuplement ? Les peuples européens, comme en Italie, semblent (ô combien tardivement et lentement) vouloir se réveiller et virer cette immonde clique !

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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