Zone franche
L’article sur les noirs dans Elle était-il vraiment plus caricatural que "La vérité si je mens"?
« La vérité si je mens » est plus rempli de préjugés et de clichés sur les juifs et à peine plus marrant qu’un passage télé de Dieudonné. Mais ça n'est pas grave.

"La vérité, si nous on n'est pas des super réservoirs à préjugés sur les juifs, qui alors ?" Crédit DR
Audrey Pulvar ― qu’un court papier bourré de clichés mais généralement anodin paru dans Elle sur la « black fashion » avait mise dans tous ses états ― n’a pas l’air de se formaliser du succès remporté par la troisième édition de « La vérité si je mens ».
Le film de Thomas Gilou, dont on sort informé de ce que les juifs sépharades sont essentiellement une joyeuse bande d’escrocs et de fraudeurs montant des coups foireux dans l’arrière-salle de leurs boutiques de fringues, fait pourtant bien davantage pour la consolidation des préjugés qu’une année entière du grand hebdo féminin.
C’est d’ailleurs étrange, parce que les deux précédentes livraisons ne m’avaient pas fait le même effet du tout. Ma foi, c’est peut-être que l’indigence abyssale du scénario et la lourdeur du cabotinage à accent pataouète des acteurs sont plus horripilants ce coup-ci.
A trop tirer sur la lanière de son sweat rose à capuche Naf-Naf, elle finit sans doute par céder.
Me glissant un instant dans la peau d’un redresseur de torts relativiste, du genre de ceux qui tombent dans tous les panneaux posés sur leur chemin par Claude Guéant, je me suis demandé s’il fallait appeler au boycott de ce navet, lancer une pétition, exiger la diffusion d’un film montrant d’honnêtes juifs orientaux profs de SVT ou agents des impôts en réparation du préjudice subi... Mais je me suis dit que je serais bien seul, face aux bientôt deux millions de spectateurs engrangés depuis sa sortie.
Et surtout, je me suis rendu de compte que je m’en fichais comme de la première montre reçue pour ma bar-mitzvah (une quinzaine au total, j’ai de la marge), de ce film indigent. Après tout, les gens avaient l’air de se marrer dans la salle et, si je peux me permettre un minimum de « racial profiling », les spectateurs juifs n’étaient pas les derniers à se taper sur les cuisses en observant José Garcia piquer le pognon de sa vieille mère et entourlouper son vieux beau-père frappé d’amnésie sur son lit de souffrance…
Éradiquer la connerie est-il d’ailleurs un objectif raisonnable ? Et peut-on imaginer de formater à ce point les gens qu’ils ne dévieront plus du discours 100% sans aspérité universalo-progressiste exigeant que l’on ne se moque jamais ni de rien ni de personne avec ou sans mauvais goût ? Oui, à la réflexion, on pourrait peut-être. Mais aux films et aux articles que générerait une société de ce genre ― la vérité si je mens ! ―, je préfère encore les nanars made in Sentier et les chroniques con-con dans Elle.
Pour Audrey Pulvar, je ne sais pas.
Hugues Serraf
Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.
Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).
- La Vérité si je ris : l'humour juif est un truc de juifs... pour tout le monde !
- Revendiquer sa volonté de voir une femme noire en Une de “Elle” est contre productif pour les noirs
- Coup de fièvre des molosses de l'anti-racisme contre des ennemis imaginaires
- Le billet d'Audrey Pulvar sur l'article de Elle concernant le "black fashion power" (France Inter, en vidéo)


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Insolent et poilant comme d'hab'..cependant il me semble que la Vérité est un film où les juifs se moquent des juifs là où AP et ses grosses lunettes s'indignait d'un papier fait par une blanche sur la beauté noire et ses clichés.Il semble d'ailleurs que bien des noirs s'estiment plus mal traités que les juifs, dixit Dieudonné.
Voila la salade russe...
elle s'indigne pour pas grand chose
Mais je regrette le temps où tout le monde pouvait se foutre de la gueule de tout le monde sans se prendre un procès pour mauvaise pensance par les bienpensants. J'ai suffisamment entendu des humoristes dire qu'il y a des choses qu'ils ne peuvent plus dire. Rendez-nous les Coluche, Desproges et autres, et surtout rendez-nous l'esprit de cette époque. Au moins, on se marrait.
Quand à Poulvardd, il existe des magazines pour femmes noires et arabes. Je daignerai me pencher sur ce qu'elle raconte le jour où elle le fera uniformément.
Pour @laurentso, il a plutôt l'air d'appartenir à l'autre côté de la barrière de ce site. Et ces raisonnement sont parfois, comment dire, bizarres.
Ces gens sont capables de se moquer d'eux mêmes, ou des travers, supposés ou réels de leur communauté, c'est bon signe, c'est assez rare à signaler aujourd'hui où beaucoup de soi disant « comiques » ont besoin de s'en prendre méchamment à d'autres qu'eux mêmes.
Le relativisme gocho va nous conduire tout droit dans le monde des bisounours totalitaires. C'est ça la conclusion de votre analyse socio-politico-médiatique? C'est pas un peu de la bienpensance de droite ça? Je n'ai ni lu Elle ni écouter Pullvarde mais j'ai quand même un avis sur votre "analyse". Vous mettez en parallèle un film avec une chronique de mode. Vous trouvez vraiment ça pertinent?
Laissez tomber, il manque un T à laurentso. -:)
... et dans l'absolu vous avez raison, les indignés sont usants. Le souci, c'est que ce sont toujours les mêmes râleurs qui sont du coup audibles et qui font exister leurs causes. A droite on ne manifeste jamais, donc seules les revendications défendues par la gauche ont une réalité puis une légitimité. La gauche en a aussi beaucoup joué avec l'anti sarkozysme. Le dénigrement n'a aucun mal à s'imposer face à une absence de mobilisation pour une politique.
Audrey Pulvar (...) n’a pas l’air de se formaliser du succès remporté par la troisième édition de « La vérité si je mens ». Effectivement, sans être tordu ni mal comprenant, on peut interpréter cette phrase comme une provocation, en vertu de l'adage évoqué implicitement, "qui ne dit mot consent". Mais vous avez raison, le non dit n'a pas forcément d'importance.
Cet article n'a pas d'autre objectif que celui de dire exactement ce qu'il dit.
Il faut d'ailleurs être un poil tordu pour en tirer votre remarque sur Audrey Pulvar (je le précise pour l'édification d'autres mal-comprenants éventuels).
Enfin, si un autre papier exprime une opinion différente sur le site, non je ne vais pas m'en prendre à la direction mais au contraire me féliciter de ce qu'Atlantico soit un endroit où des opinions diverses ou contradictoires sont présentées. Ça n'est pas si courant.
Dire que "La Vérité si je Mens" est bourré de clichés racistes, ou expliquer qu'Audrey Pulvar a les indignations sélectives et serait antisémite ? Rappelons que "La Vérité" est une comédie (ce qui n'est pas une excuse suffisante, bien sûr) qui joue aussi avec les stéréotypes attribués aux Chinois, tandis que l'article de Elle se voulait une étude plus ou moins sociologique sur les codes vestimentaires des Noirs Américains. La rédactrice en Chef de Elle a elle-même reconnu que l'article était maladroit.
D'autre part, prenez-vous en à la direction d'Atlantico qui a pondu un article la semaine passée pour expliquer que "La Vérité" était un bon exemple d'humour Juif...
M'en fous si je suis ringarde, je me suis bien marrée et aime beaucoup la bande de la vérité si je mens...
Une bande de potes juifs ou pas on s'en fout..
Par contre choisir sa bouffe sur pattes dans les cuisines de restaurant hongkongais...; très peu pour moi !!
La vérité, je me suis bien marrée.....
Excellent article !! On ne peut plus rien dire sans que des pseudos journalistes bobos remplis de haine vous insulte.