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Le véritable coût au quotidien de l'influence grandissante de la mafia en Europe

Un récent rapport de la Fedpol s'inquiète de l'activité croissante des mafias italiennes dans le blanchiment d'argent en Suisse, un fait qui rappelle la part de plus en plus importante jouée par les organisations criminelles dans les activités financières. Investissements compulsifs, fabrication des bulles, le rôle de l'argent sale dans le secteur bancaire n'est pas anodin...

Parrains et cols-blancs

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Le véritable coût au quotidien de l'influence grandissante de la mafia en Europe

L’activité de blanchiment d’argent prend effectivement des proportions de plus en plus étendues au sein du système bancaire. Crédit Reuters

Atlantico : Peut-on dire aujourd'hui que les mafias et autres organisations criminelles sont devenues de véritables acteurs à part entière du circuit financier ?

Eric Vernier : Cela dépend ce que l’on définit par « partie intégrante ». L’activité de blanchiment d’argent prend effectivement des proportions de plus en plus étendues au sein du système bancaire en dépit des multiples actions policières et judiciaires qui ont été tentées pour endiguer le phénomène. Les méthodes utilisées pour blanchir des fonds « sales » sont par ailleurs de plus en plus sophistiquées, ces dernières reposant sur des montages financiers de plus en plus complexes et de moins en moins traçables.

Stéphane Quéré : Les mafias sont depuis longtemps présents dans le "système financier international".

Pour les mafieux, le système financier est un outil, tout comme peut l’être le monde du sport ou de l’entertainment. Les mafias doivent faire circuler leur argent sale, le stocker à l'abri de la justice et le blanchir le plus efficacement possible. L'extrême sophistication des outils financiers sont autant d'outils permettant aux mafias de gérer leur argent comme elles le souhaitent.

Le système financier est aussi une source de profits. Les mafieux ont pris en main nombre d'acteurs de la finance pour les mettre à leur service, avec des méthodes typiquement mafieuses : corruption (argent, prostituées, cocaïne) et/ou intimidation (« on sait où tes enfants vont à l’école »). Déjà dans les années 1980 au début de la dérégulation financière (les années Reagan), on avait détecté la présence des clans mafieux italo-américains dans la crise des « Savings & Loan », les caisses d’épargne américaines dont la faillite est estimée à près de 400 milliards de dollars. En juin 2000, le FBI et la SEC (le « gendarme de la Bourse » américain) mènent l’opération "Mob on Wall Street" : 120 inculpations, dont une dizaine de membres ou d’associés des Familles mafieuses Colombo, Bonanno, Genovese, Lucchese et Gambino. Ils pratiquaient le "Pump and Dump" : ils faisaient gonfler artificiellement le cours de certaines actions (pump), puis réalisaient de belles plus-values en revendant leurs parts, avant de laisser retomber le cours de l’action (dump). Et toujours, les méthodes habituelles : cocaïne, argent, menaces et violences…

Peut-on estimer le poids de cet argent sale sur l’ensemble du secteur financier ?

Eric Vernier : Le blanchiment d’argent représenterait, d’après estimations, 5% du PIB mondial, bien que cette statistique englobe aussi les fraudeurs fiscaux et autres délinquants en col blanc qui ne sont pas associés aux réseaux criminels. Pour vous donner un ordre de grandeur, on juge que l’argent sale représente 7000 à 8000 milliards de dollars tandis que l’argent criminel représenterait lui 2000 milliards soit pratiquement l’équivalent du PIB du Royaume-Uni. Sur ces 2000 milliards, on estime que la moitié est blanchie pour intégrer le secteur financier.

 
Commentaires

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  • Par gliocyte - 03/07/2013 - 11:35 - Signaler un abus Moralité, donc

    Pour terrasser les mafias, il faudrait légaliser tout ce qui est illégal. On n'est pas sorti de l'auberge... Le problème est que plus l'illégalité permet un enrichissement rapide avec un rendement incroyable, plus le nombre de lois augmente, ce qui n'aboutit au final qu'à contraindre et restreindre la liberté individuelle de chacun, à savoir ceux qui sont "dans les clous." Si tous les pays avaient vraiment une volonté de mettre un terme aux méfias, ils s'en donneraient les moyens. Les mafieux dirigent le monde, donc, avec la bénédiction des banques qu'ils tiennent dans leurs mains, car le gain est la seule chose qui soit stimulante et parlante. La société est devenue asociale et les dirigeants sont tous des sociopathes. Qu'on ne vienne surtout plus me parler de moralisation après.

  • Par Le Lampiste - 03/07/2013 - 15:31 - Signaler un abus Deux petites questions

    Qui avait débarassé l'Italie de la Mafia et des autres organisations criminelles? Un certain Benito. Le même qui avait mobilisé son armée contre Hitler quand ce dernier a assassiné le Chancelier autrichien pour réaliser l'Anschluss, mais que des politiques très intelligents ont poussé à s'entendre avec ce dernier, pour raison de concurrence déloyale en matière de politique coloniale. Qui a laissé la Mafia se réimplanter, sous prétexte de se faire aider lors du débarquement en Sicile en 43, en traitant avec un certain Lucky Luciano, parrain de tous les parrains, chef mondial de tous les trafics de drogue, alors détenu aux USA ? L'individu est libéré plus de 20 ans avant la fin de sa condamnation et ira pourrir un peu plus le gouvernement de gangsters de Cuba, avant que Castro libère son pays de ce merdier. Devinez qui est donc directement responsable de la survie des mafias d'Europe, de la Sicile au Kosovo, en passant par Marseille avec un Pépé Guérini. C'est si beau, ce genre de démocratie, on en pleure d'émotion.

  • Par titine - 03/07/2013 - 21:52 - Signaler un abus eulement italienne ?

    Et autour de Barroso ?

  • Par jerem - 04/07/2013 - 00:40 - Signaler un abus mais quelle surprise

    c'est un peu comme si on se demandait qu'elle est la qualité de controle des frontieres assuré par l'etat grec avec toutes les coupes qui sont faites depuis 3 ans ...... on sent que Barroso est a mort sur le coup

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Stéphane Quéré et Eric Vernier

Stéphane Quéré est diplômé de l'Institut de Criminologie et d'Analyse en Menaces Criminelles Contemporaines à Paris II, Master II "Sécurité Intérieure" - Université de Nice. Animateur du site spécialisé crimorg.com. Derniers livres parus : "La 'Ndrangheta" et "Planète mafia" à La Manufacture de Livre / "La Peau de l'Ours" (avec Sylvain Auffret, sur le trafic d'animaux, aux Editions du Nouveau Monde.

Eric Vernier est chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste du blanchiment d’argent. Consultant international, Eric Vernier effectue des audits et des formations auprès des entreprises et des banques pour prévenir les risques de blanchiment.

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