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Verdun, symbole d’un patriotisme terrien et défensiste, pour lequel gagner est regagner ce que l’on a perdu

Du 21 février au 19 décembre 1916, les armées françaises et allemandes s’affrontent à Verdun. Écrite par deux grands historiens de la Grande Guerre, l’un allemand, l’autre français, cette histoire de la plus célèbre des batailles est la première à croiser les deux points de vue.Verdun a été la bataille la plus longue, la plus dévastatrice et la plus inhumaine de la Première Guerre mondiale. Extrait de "Verdun 1916" d'Antoine Prost et Gerd Krumeich, aux éditions Tallandier 1/2

Bonnes feuilles

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Ce bref résumé met en évidence un point capital : les batailles sont des faits historiques socialement construits. Leur délimitation dans le temps et dans l’espace résulte de choix que l’on peut interroger. Dans le temps, les deux adversaires ne se sont pas entretués à Verdun seulement en 1916. La ville a joué un rôle charnière dans la bataille de la Marne ; les combats se poursuivent en 1917, notamment pour reprendre 304 et le Mort-Homme, puis c’est en septembre 1918 la grande offensive américaine en direction de l’Argonne.

Dans l’espace, les Éparges au sud-est et Vauquois à l’ouest ne sont qu’à une vingtaine de kilomètres de Verdun, et les combats y ont fait rage pendant l’année 1915. Les Éparges faisaient en outre partie de la Région fortifiée de Verdun (RFV) dont le front ne s’arrêtait vers le sud qu’à quelques kilomètres de Saint-Mihiel. Pétain commandait l’ensemble de ce front.

Ces choix géographiques et chronologiques font ressortir le contraste entre les significations que Français et Allemands donnent à la bataille. Vue du côté allemand, cette bataille est une grande offensive comme il y en eut beaucoup, de part et d’autre : un engagement massif d’hommes et d’artillerie, un grand espoir de succès et celui de déboucher ainsi sur la paix, puis une rapide déception devant un enlisement qui se prolonge. C’est le scénario de l’offensive française de septembre 1915 en Champagne, ou celui de la Somme en 1916. Les Français, en revanche, construisent leur bataille de Verdun de telle sorte qu’elle se termine après la reconquête de Douaumont et de Vaux : elle devient ainsi une métaphore de toute la guerre, d’une guerre qui ne peut se terminer qu’après la reprise du terrain perdu en 1914 mais aussi en 1871. Verdun, symbole d’un patriotisme terrien et défensiste, pour lequel gagner est regagner ce que l’on a perdu.

Extrait de "Verdun 1916" d'Antoine Prost et Gerd Krumeich, publié aux éditions Tallandier, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
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Antoine Prost

Antoine Prost, président du conseil scientifique de la Mission du Centenaire et de celui du Mémorial de Verdun, est l’auteur de très nombreux ouvrages reconnus, dont Jean Zay, le ministre assassiné (Tallandier, 2015). 

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Gerd Krumeich

Gerd Krumeich, vice-président du comité directeur du Centre de recherche de l’Historial de Péronne, est l’auteur du Feu aux poudres. Qui a déclenché la guerre en 1914 ?,élu meilleur livre d’histoire 2014 par le magazine Lire.

 

 

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