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Vous venez de finir vos études ? Oubliez tout ce qui a fait de vous un bon élève, le monde du travail exige des qualités bien différentes

Réussir dans ses études ne signifie pas que l’on va réussir dans sa vie professionnelle. Le monde universitaire et la vie active sont deux univers gouvernés par des règles qui s’opposent et qui nécessitent de mobiliser des compétences différentes.

L’école est finie

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Vous venez de finir vos études ? Oubliez tout ce qui a fait de vous un bon élève, le monde du travail exige des qualités bien différentes

Atlantico : Comment expliquez-vous que réussir dans ses études ne signifie pas que l’on va réussir dans sa vie professionnelle? 

Didier J. Durandy : Tout est lié à l’environnement professionnel dans lequel on travaille. Une grosse structure ne fonctionne pas comme une PME, et une PMI ne fonctionne pas comme une société familiale… Chacun de nous est plutôt attiré ou formaté pour évoluer dans l’un ou l’autre milieu, que les deux indifféremment. Pour simplifier, disons qu’une société dirigée par un cadre nommé – ou élu – développe une culture différente de celle de l’entreprise dans laquelle le "patron" est en même temps propriétaire. Le degré de confort dans son poste du dirigeant n’est pas le même.

Et cette culture se décline de haut en bas de la hiérarchie. Si le jeune cadre dépend hiérarchiquement d’un N+1 sur la sellette, sa loyauté risque de se retrouver en porte-à-faux entre sa hiérarchie directe et celle de l’entreprise… Faut-il suivre les desideratas de son chef direct, ou ceux de son N+2 au cas où son N+1 serait muté, voire licencié ? Il s’agit là d’une problématique classique à laquelle l’étudiant brillant – ou non – n’est pas formé ou même sensibilisé.

Si être un bon élève ne sert à rien pour réussir professionnellement, à quoi servent encore les diplômes ?

Il n’y a pas de cause à effet "direct" entre la valeur des diplômes obtenus et la réussite professionnelle ; elle y contribue certes, mais l’art de survivre, puis progresser dans sa vie professionnelle tient autant à sa capacité à comprendre les enjeux humains, à savoir le conflit entre les stratégies personnelles et professionnelles de chaque collègue, superviseur et collaborateur d’une part, et les affinités et complicités intuitu personae d’autre part.

Est-ce à dire que le monde des études formerait plus des suiveurs que des leaders?

Le problème ne se pose pas exactement en ces termes. Tout d’abord, un suiveur sera toujours un suiveur et un leader sera toujours un leader ! Et la différence entre les deux types de personnalités s’exprime bien avant les études. Le problème est qu’un élève brillant-suiveur sera surexploité par sa hiérarchie au point de saturer sa charge de travail et de ne plus pouvoir évoluer puisqu’il est reconnu comme un bon exécutant. Alors qu’un exécutant moyen va chercher à changer de poste, à se faire promouvoir régulièrement pour ne pas avoir à rendre de comptes trop précis. De plus, il va s’appuyer au maximum sur les brillants-suiveurs, qui sont généralement corvéables à merci !

Comment alors transformer le potentiel des bons étudiants dans le monde de l’entreprise ?

Il faut les former non seulement à être d’excellents techniciens dans leurs domaines, mais également à comprendre le fonctionnement d’une organisation, qu’il s’agisse d’une administration, d’une association, d’une entreprise industrielle ou d’une société de services. Dans les cabinets d’audit par exemple, les techniciens les plus compétents doivent calculer leur risque : entre passer 150% de leur temps à traiter les missions qu’on leur confie aux quatre coins du monde, et chercher à évoluer rapidement pour prendre des postes à responsabilité leur permettant de superviser à leur tour des bons techniciens. Il s’agit alors de prendre en compte l’équilibre qu’ils veulent instaurer entre leur vie privée et leur carrière professionnelle. Et personne ne peut prédire a priori où il se situera, car il dépend autant du conjoint que de la vocation "carriériste" de chacun… Pour reprendre l’exemple des cabinets d’audit, ce sont naturellement les carriéristes qui vont progresser le plus rapidement au détriment de leur qualité de vie personnelle.

 
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  • Par Leucate - 22/02/2016 - 15:58 - Signaler un abus "Le savoir être"

    .. et le "savoir devenir". Ce sont deux termes clés dans la Formation initiale, celle que suivent les étudiants diplômés dans l'Ecole de Formation ("grande", moyenne, petite) dans laquelle ils sont rentrés le plus souvent par concours sélectif. La mission d'une Ecole de formation initiale est de recevoir de jeunes d'un certain niveau (bac, licence, master) qui n'ont qu'un niveau de connaissances théoriques et de leur inculquer les savoirs et savoir faire qui leur permettront de rentrer dans la vie active et leur milieu professionnel en tant que jeunes généralistes capables d'effectuer les taches courantes de leur niveau de responsabilité et de régler les problèmes simples qu'ils rencontreront. Le reste appartient à la Formation Continue et en particulier aux stages de spécialisation et de passation de grade. Durant la Formation Initiale, les élèves reçoivent de leur formateurs des éléments de "savoir être" - que fait leur entreprise, où se situe-t'elle dans l'organigramme, comment fonctionne-t'elle, sa hiérarchie, quelle sera leur place et qu'attend-on d'eux ? En fin de formation une autre connaissance intervient, le "savoir devenir", que sera la carrière du futur professionnel.

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Didier J. Durandy

Après un début de carrière à la Citibank de New York, puis dans le groupe Société Générale à Londres, Didier J. Durandy a créé le cabinet Grant Alexander à Londres, puis Paris, avant de se consacrer à la recherche, à la formation et au consulting en techniques de décision dans 18 pays pour le compte de plus de 150 entreprises. Il est l'auteur de deux ouvrages aux éditions Eyrolles : L'audace de réussir et Décider pour gagner. Plus d'informations sur www.deciderpourgagner.com

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